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Lidl Starligue | Pourquoi l'Europe leur réussit ?

04
avril
Laurent Moisset raconte
La présence historique de cinq clubs en quarts de finale européens dit tout des progrès et de la place nouvelle occupée par le handball français sur la scène internationale. Explications…

« On a mis le temps mais on y est arrivé. » Thierry Anti, l’entraîneur du « H » pouvait chasser toutes ses frustrations à l’issue de la qualification de son équipe face au Meshkov Brest. Trente ans qu’il attendait ça et une bonne vingtaine qu’il cherchait à comprendre comment dans le sillage d’une équipe de France rayonnante et dominatrice, nos clubs -si ce n’est l’OM Vitrolles en 1993 et Montpellier en 2003 vainqueurs des deux seules Coupes d’Europe détenues par des clubs français-restaient à l’ombre au niveau continental.

Au relais de Montpellier dans les années 2000, le PSG tient, aujourd’hui, le rôle de locomotive et influe considérablement sur le comportement et le développement de ses principaux concurrents. « Je ne dis pas qu’on a voulu s’inspirer, explique Cyril Dumoulin, le gardien international du « H », de cet exemple mais je crois que le monde du hand, et également à l’extérieur, a porté un nouveau regard sur notre activité. Le PSG symbolise la conquête, la réussite et, indirectement, les autres clubs ont bénéficié de certaines retombées. On voit bien que les partenaires n’hésitent plus à s’engager. Paris a donc eu un effet entraînant qu’on ne peut pas nier. »

Les clubs ont travaillé pour en arriver là...

La machine cependant avait été mise en route en amont. Avec les clubs, un cadre nouveau en matière de communication, de marketing, de relation aux partenaires, un mouvement de fond a été impulsé au milieu des années 2000 au sein de la LNH. « Le nerf de la guerre est financier, souscrit Dumoulin, et la Ligue a tenu un rôle majeur en installant les règles, des process intelligents afin de favoriser le développement. C’est un travail de longue haleine, entrepris depuis presque quinze ans maintenant, dont on peut mesurer toute l’importance au travers de nos résultats. »

« Les efforts, reconnaît Thierry Anti, ont été soutenus et durables et les clubs ont suivi la même voie. Dans notre réussite actuelle, il ne faut surtout pas l’oublier. »

Une Lidl Starligue forte, exigeante et rude…

Un Championnat s’est construit : fort financièrement et sportivement, parfaitement relayé sur les antennes de beIN SPORTS à raison de deux matches en direct par semaine pour une exposition très privilégiée désormais. L'un des plus rudes, des plus disputés au monde, aujourd’hui, et qui ne met à l’abri aucun de ses acteurs une fois sur le parquet.

 « On parle beaucoup de la Ligue des Champions mais nos succès se sont d’abord bâtis sur la scène nationale, développe Anti. Chaque journée offre un vrai combat, oblige à un investissement athlétique et mental. Cela forge le caractère de nos équipes et les prépare, d’une certaine manière, aux plus âpres confrontations européennes. » Même Paris, actuel dauphin de Montpellier, n’en est pas sorti indemne, victime d’Aix ou encore de Nîmes cette saison. « Chaque match est une remise en cause, explique régulièrement Luc Abalo, l’ailier parisien. Même pour le PSG. »

C’est à leur organisation, leur capacité, désormais, à réunir des budgets conséquents que les clubs sont, désormais, en mesure de rivaliser avec les plus grands clubs européens. Grâce, enfin, à une spécificité bien française, la formation puisque les clubs de l’élite se reposent systématiquement et durablement sur les jeunes passés dans leurs centres.

La formation, le plus…

« C’est le plus, souligne Dumoulin. On travaille très tôt et on a notre chance très vite. Contrairement à l’Allemagne et, auparavant, à l’Espagne, nous n’avions pas les moyens, il y a dix ans, d’engager des grandes stars étrangères. Nous sommes donc allés chercher nos ressources dans la formation. Aujourd’hui, alors que les moyens sont supérieurs, on continue de s’appuyer sur la jeunesse du pays. On ne tombe jamais dans l’excès. »

Indirectement pourtant, les clubs français ont profité de la crise en Espagne. Nantes, par exemple, a toujours fait bonne pioche, hier avec Rivera, Maqueda et Entrerrios, aujourd’hui avec Balaguer, Gurbindo, mais également Saint Raphaël avec Sarmiento ou Paris avec Corralès. Un phénomène qui s’explique encore par la qualité d’accueil des clubs. En Lidl Starligue, ils trouvent les meilleures conditions à leur épanouissement dans un cadre sportif et financier idéalement réglé. Mais si leur apport est loin d’être négligeable, les clubs français gardent leur identité avec des effectifs à dominante nationale, grâce encore une fois à une formation particulièrement productive.

« Un autre phénomène pèse considérablement, note Dumoulin, c’est la capacité que nous avons, maintenant, de conserver nos meilleurs joueurs. Dans les années 2000 ils étaient tous en Allemagne ou en Espagne. Les frères Gille, Narcisse, Omeyer, Dinart, Fernandez, Richardson, Abati ou encore Kervadec. Ils sont tous revenus. Cela a été le début d’une nouvelle ère parce que le Championnat a pris une autre dimension avec des joueurs reconnus mais qui ont également servi d’exemples à leurs partenaires. »

Des techniciens fortement investis…

La réussite de nos cinq représentants engagés cette saison dans les Coupes d’Europe, Paris, Montpellier, Nantes en Ligue des Champions, Chambéry et Saint-Raphaël en EHF, tient beaucoup à tous ces phénomènes, à cette patience à construire doucement mais sûrement. Elle le doit, enfin, à des techniciens qui ont montré beaucoup d’assiduité dans leur action et leur rôle. A l’image d’un Patrice Canayer qui n’a eu de cesse de rebâtir, d’un Thierry Anti qui au fil du temps a rongé son frein pour mieux appréhender sa fonction.

« Un entraîneur a tendance à vouloir montrer beaucoup d’autorité, à s’entêter pour faire passer ses idées mais il n’est rien sans ses joueurs et il se doit, finalement, de leur rendre beaucoup de liberté dans le jeu. J’ai appris ça avec le temps. Et à prendre de la distance par rapport aux événements. Comme l’a fait Patrice à Barcelone lors d’un temps mort alors que Montpellier était en grand danger et, alors, éliminé. Quelques mots seulement sans élever la voix, cela montre la sérénité du personnage. Et c’est forcément communicatif. »

Cette même justesse qu’il faudra à nos cinq techniciens afin d’emmener leurs joueurs jusqu’à des Final4, on l’espère, historiques…

L.M

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