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Karabatic est né à Pampelune

23
mai
Laurent Moisset raconte
Le 26 avril 2003, un gamin de 19 ans inscrivait 11 buts à Pampelune en finale aller de la Ligue des Champions. Il se révélait au monde du Handball.

L’image tourne en boucle depuis quinze ans maintenant. Celle d’un môme qui met la tête là où personne n’oserait poser le pied. Elle renvoie sur Mateo Garralda et Juancho Perez, les bouchers de service, acharnés à dépecer la viande fraîche. « L’un m’a cueilli au foie, l’autre au visage, je n’ai jamais oublié ces coups de poing. » C’était à Bougnol lors d’une finale retour historique, d’une « remontada » fantastique au cours de laquelle Montpellier effaça ses huit de retard de l’aller (19-27) avant de décrocher la seule Ligue des Champions d’un club français. « Mais ils vont me le tuer », avait alors hurlé Radmila, sa maman en tribune, atterrée par la violence des défenseurs espagnols. Cette image tourne toujours dans la tête de Nikola Karabatic, quinze ans après mais les impacts et les maltraitances n’ont en rien fait reculer ses convictions quand il part au combat.

Richardson, Garralda, Iakimovitch, des montagnes à franchir…

Huit jours auparavant, le 26 avril 2003, lâché dans l’arène pour sa première grande finale, il n’a que 19 ans incarné dans la peau de l’apprenti champion. En début d’année, il a bien été retenu par Claude Onesta pour le Mondial au Portugal mais il a suivi les matches de l’équipe de France en tribunes. Il est l’espoir du Handball français, façonné par son père Branko qui lui interdisait à l’entraînement de se servir de sa main droite pour lui rendre, chaque jour, la tâche plus difficile et l’empêcher de tomber dans la facilité.

 Il est l’espoir sans grande référence encore au plus haut niveau. Là, face à Richardson, Garralda, Iakimovicth, ce sont des montagnes à franchir quand la comparaison va, naturellement, s’installer. « Je me souviens du décor, de cette salle à l’allure universitaire. Je n’avais que 19 ans et en face je retrouvais Jackson Richardson que j’avais découvert quelques mois plus tôt en équipe de France. Il y avait de quoi planer et s’endormir parce que j’étais vraiment dans un rêve. »

Mais il ne va pas oublier le match, poussé probablement par cette ambition, très tôt affirmée de vouloir s’élever au niveau des plus grands. Alors quand la galère montpelliéraine se brise sur l’écueil espagnol, c’est lui qui écope. Quand le score prend de l’ampleur, il est encore là pour limiter l’écart porté, malgré la surveillance qui se resserre autour de lui, par cette volonté sans faille qui lui vaudra plus tard le surnom d’indestructible. Aujourd’hui, il n’est toujours pas capable de poser une explication sur sa performance hors normes.

Nikola Karabatic contre Dunkerque, quelques mois avant qu'il ne soulève la Ligue des Champions

Une bête, un super héros

 « C’est le jeu qui te prend. A cet âge-là, bien sûr que tu ressens l’importance du moment mais, depuis tout gamin, je rêvais de disputer des finales, d’être aussi un super héros. Ce jour-là, je voulais seulement montrer mon potentiel et démontrer que j’avais ma place dans un contexte aussi relevé. »

Onze buts accompagnent sa performance mais on remarque que son engagement, son appétit, au-delà de toutes ses qualités physiques et techniques, constituent la plus sûre armure dans la carrière qui s’annonce. « C’est, évidemment, le match qui m’a révélé, fait comprendre, aussi, que j’étais prêt pour ce niveau, fait pour ces combats. » C’est un match qu’il refuse, aujourd’hui encore, de considérer comme son plus précieux souvenir.

« Il m’arrive d’aller sur internet, de revoir quelques images. C’était il y a quinze ans et je comprends surtout que je suis vieux maintenant. Des proches, parfois, évoquent ce moment et les images remontent inévitablement. Mais, en vérité, je suis incapable de dire si ce match m’a libéré. Je crois, ayant très jeune, fait du hand ma priorité, que j’ai toujours été prêt, raison pour laquelle je ne me suis jamais pris la tête. »

Nikola Karabatic est né à Pampelune ce 26 avril 2003 et il le sait quand il remonte un peu plus loin dans ses souvenirs. « C’est une évidence. Après, tout le monde m’attendait et je n’ai plus jamais bénéficié de l’effet de surprise. On savait que je pouvais mettre dix buts, l’adversaire s’adaptait en conséquence. » Il l’ignorait encore mais il était déjà devenu le capitaine de route de toutes les équipes qu’il allait intégrer. Montpellier, Kiel, Barcelone. Paris, enfin, avec qui il projette de partager une douce soirée au pied de sa quatrième Ligue des Champions dimanche à Cologne. Un rêve qu’il a rendu si souvent accessible…

L.M.
Crédit photos S.Pillaud

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