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Cologne, sur la piste des étoiles

25
mai
Laurent Moisset raconte
En fin de carrière, ils éclairent toujours le jeu de leurs lumières. Ce week-end Cologne sera, évidemment, un théâtre à leur mesure.

Leurs noms se posent, déjà, dans la grande encyclopédie du handball pourtant si riche de stars vénérées. Thierry Omeyer, Daniel Narcisse (Paris), Kiril Lazarov, Dominik Klein (Nantes), Michaël Guigou, Vid Kavticnik (Montpellier) sont aux portes de la postérité, brillants acteurs depuis si longtemps dans leur discipline. Kiril Lazarov (38 ans), le gaucher nantais, accumule 23 années d’activité, talent précoce qui disputa avec Borec Veles son premier match de Coupe d’Europe à 15 ans et 4 mois seulement et qui détient toujours le record de buts (92 en 9 matches) lors d’un Championnat du monde.

Dominik Klein (34), son partenaire sur l’aile gauche, affiche 10 saisons à Kiel et 3 Ligues des Champions et il a choisi le cadre prestigieux de Cologne pour tirer sa révérence. Daniel Narcisse, à 38 ans, rêve d’apothéose et d’un troisième titre avant son coucher de soleil. Thierry Omeyer (41) le vétéran projette de tenir un rôle majeur avant d’être couronné une cinquième fois. Michaël Guigou (36 ans), le funambule et Vid Kavticnik (34) imaginent renaître définitivement avec Montpellier en accrochant une deuxième récompense.

Cologne, évidemment, ne pourra pas ne pas les voir même si leur temps de jeu, désormais, s’est réduit, même si leur rôle a dû évoluer au fil des années semblant annoncer le crépuscule. Le temps et son usure n’ont, pour autant, pas altéré leur énergie, leur volonté et leur enthousiasme.

A l’ombre aussi ils sont éblouissants

L’exemple de Kiril Lazarov a quelque chose de stupéfiant. Toujours considéré dans son pays, la Macédoine, comme un héros, élu à sept reprises sportif de l’année, son histoire raconte un dévouement total à son sport, avec une attention particulière pour la préparation physique et l’hygiène de vie qui l’ont préservé de graves blessures. Quand elle dérape sur une utilisation parfois réduite de ses compétences, Kiril Lazarov redevient une gâchette d’exception, parfaitement indiquée pour rétablir les équilibres du match. Nantes en a fait un joker de luxe. Tout comme Paris avec Daniel Narcisse.

Le roi du un contre un a été cantonné aux basses besognes tout au long de sa dernière saison. Arrière, demi centre mais pivot souvent, une fonction dans laquelle on va le retrouver à Cologne pour pallier l’absence de Luka Karabatic. Comme tous les anciens, le Réunionnais a, parfaitement, intégré la dimension collective d’une équipe dont il est le capitaine. Vid Kavticnik, le Slovène, a, dû, laisser la place à Porte et Richardson mais son expérience n’a pas de prix quand il s’agit de lever une incertitude ou de débloquer une situation délicate. Il en est de même pour Michaël Guigou, plus que jamais capable d’endosser toutes les responsabilités afin de faire avancer l’équipe. Probablement ont-ils depuis longtemps compris qu’un statut n’était pas acquis, qu’il restait, surtout, flexible quand il s’agissait de servir l’intérêt commun. Sinon, comment expliquer que même dans l’ombre ils sont éblouissants ?

Le plaisir, la grande cause

Les années, les matches, les grandes conquêtes leur ont apporté savoir-faire et expérience, l’âge suffisamment de lucidité et de recul pour s’appuyer sur le seul levier qui déclenche leur désir, toujours, d’exister : le plaisir. Il y a quelques années, Michaël Guigou avait tout résumé de ce qu’il est et de l’idée qu’il a de son activité. « Moi, le hand c’était les potes et la fête. Je me serai contenté d’une victoire en Coupe en 8e contre Ajaccio avant d’arriver à Montpellier. Si je n’ai pas ça, je crois bien que je serai malheureux. » L’ailier de Montpellier a gardé ça en lui depuis le début d’une carrière qui s’étire, désormais, sur vingt ans.

La version Omeyer est un peu moins apaisée dans sa quête de titres, de records, de statistiques, mais elle lui assure, à 41 ans, une stature hors norme tout en maintenant un niveau d’exigence envers lui-même hors du commun. Daniel Narcisse, par sa seule prestance, symbolise les convictions de Michaël Guigou. C’est leur côté artiste, celui qui fait appel à l’invention, au geste rare et unique. Plaisir d’offrir en quelque sorte… « Joue-t-on pour soi ? s’interrogeait, hier, le Réunionnais. Non, on joue avec les autres, c’est-à-dire ensemble. Gagner seul n’aurait aucun sens, avec qui partagerait-on ce plaisir ? »  Kiril Lazarov, qui va pourtant disputer un quatrième Final Four avec un quatrième club, est dans le même tempo, beaucoup moins attentif à la récompense individuelle et davantage tourné vers le message et l’héritage à transmettre à ses plus jeunes partenaires. Son coéquipier, Dominik Klein, dans son tour d’honneur chez lui, sera fatalement dépositaire de l’envie, de la grinta des Nantais.

Plus qu’une victoire qui s’adressera, probablement -si Skopje, le tenant, le veut bien- à deux heureux privilégiés c’est une trace unique qu’ils vont laisser sur le parquet de la Köln Arena. La marque de grands champions, exemplaires tout au long de leur carrière.

L.M.
Crédit Photos S.Pillaud/Sportissimo

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