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Un toit pour la vie

27
mai
Laurent Moisset raconte
Le triomphe des clubs français à Cologne met en lumière des savoir faire engagés depuis quinze ans en parfaite harmonie entre les clubs et la Ligue.

L’historique procession de Nantes, Montpellier et Paris à Cologne va faire, pour un temps, oublier l’équipe de France et ses glorieuses conquêtes.

Elle va éveiller les consciences, rappeler que derrière la scintillante vitrine bleue blanc rouge, l’arrière-boutique est animée par les clubs et la volonté de construire de leurs dirigeants. La Ligue n’était pas née en 2003 quand Montpellier devint le premier vainqueur de la plus grande Coupe d’Europe mais dès ses premiers pas, l’année suivante, elle s’acharna, avec peu de moyens, à prêcher la bonne parole, à inventer le cadre de l’institution et à professionnaliser son activité.

On ne bâtit jamais une maison à la va-vite au risque de voir son toit s’effondrer. On se concentre sur chaque détail même si quelques mal façons viennent, parfois, perturber le calendrier des travaux. On n’a pu s’empêcher, devant l’embellie, d’y repenser ce week end à Cologne en retrouvant Jean Di-Méo, président de la CNACG, le contrôleur de gestion des clubs de Lidl Starligue et de Proligue.

« Le dernier dépôt de bilan remonte à plus de cinq ans avec Aurillac. Depuis, pour avoir suivi les dossiers, je suis épaté par le sérieux et la solidité des projets qui nous sont présentés. Les clubs ont trouvé leur modèle, un fonctionnement stable, rassurant et innovant. » L’écueil économique a été franchi puis dépassé quand, en pleine conscience, les clubs, soutenus par le format installé par la LNH, ont cessé de spéculer pour s’arrêter à la réalité des chiffres. On fait avec ce qu’on a. On ne fera plus avec ce que l’on espère avoir. Bien sûr, le combat pour défricher de nouveaux territoires, développer le marketing est rude mais, là encore, les clubs ont su s’adapter, se montrer imaginatifs afin de créer des ressources nouvelles. 

En créant leurs équilibres financiers, les clubs n’ont pas oublié d’installer une chaîne sportive solide et saine. L’obligation faite aux acteurs de la Lidl Starligue de créer leur propre centre de formation n’est, surtout, pas anodine. La formation, l’apprentissage, les passerelles posées jusqu’à l’équipe première ont assuré un succès appelé à durer. Quel plaisir de voir en finale de la Ligue des Champions les Nantais Tournat et Lagarde, les Montpelliérains Richardson, Fabregas donner le tempo à leur équipe ? C’est la richesse de nos clubs mais elle a été voulue, préparée, organisée. Elle est venue démontrer qu’on ne pouvait et ne devait pas programmer la plus grande conquête qu’à la mesure des statuts et de la couverture financière, sinon comment expliquer que les quatre plus gros budgets de la planète, Paris, Veszprem, Skopje et Kielce n’aient pas été invités en finale ? Le président de Kielce, interrogé à ce sujet, n’a d’ailleurs pas éludé le problème pendant ce Final Four.

« C’est la victoire du jeu parce que les Français ont montré de l’habileté, de l’engagement, de la fraicheur et de la variété. C’est une leçon, évidemment, parce qu’ils sont particulièrement innovateurs dans leur formation et la construction de leurs équipes et de leur modèle. »

Les clubs français n’ont pas retrouvé que le succès à Cologne, ils ont gagné le respect de tous leurs adversaires. On les regarde de nouveau tout en s’émerveillant encore de la qualité de leurs techniciens. Patrice Canayer, Thierry Anti, des monstres de passion, des férus de stratégie capables au fil des années de rétablir la relation humaine avec leurs hommes. Porte-paroles de tous leurs collègues, ils n’ont jamais cessé de porter les convictions d’une profession qui donne, plus que jamais aujourd’hui, l’impulsion à tous les projets.

La Ligue a gagné elle aussi. Elle a longtemps prêché dans le désert son envie et sa détermination de devenir le premier championnat du Monde et si la difficulté, désormais, va être de maintenir ce même niveau d’exigence et de résultats, elle a remporté son pari. Elle mesure le chemin parcouru depuis ses débuts discrets dans quelques mètres carrés à Pontault-Combault. Elle a pignon sur rue, désormais, à Paris mais elle ne se voilera pas la face en cueillant ses premiers lauriers. Elle a tant d’autres versants à escalader pour assurer ses fondations que, dès aujourd’hui, le travail a repris.

L.M.
Crédits photos LNH / S.Pillaud

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