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Vieilles canailles…

25
sept.
Histoires d'hommes
Patrice Canayer et Thierry Anti entraînent depuis trente ans. Forts caractères, fins stratèges, roublards, leurs combats et leurs passions animent le jeu et le championnat dans des étincelles de passion.

Sont-ils, finalement, aussi différents que l’histoire a bien voulu le raconter ? Evidemment, elle rappelle que Thierry Anti, de souche italienne, est capable de tomber dans l’excès comme ce jour où, le long de son banc de touche, il a baissé son pantalon pour contester les décisions d’un arbitre alors qu’elle souligne le flegme dont fait preuve, en toutes circonstances, Patrice Canayer.

Ils soufflent le chaud et le froid sans jamais s’arranger d’un climat tempéré quand leur passion exige toujours un débat enflammé. Normal, ils sont tombés très tôt dans la marmite, quelques mois seulement après leur majorité.

En 1978, Thierry Anti s’occupait de l’école de handball à Saint-Maur. Il a vu naître François-Xavier Houlet, aujourd’hui commentateur vedette de beIN Sports, et Stéphane Plantin, entraîneur à Nancy. « Ils n’avaient pas encore dix ans », s’amuse-t-il.

Patrice Canayer, tout aussi précoce, dirigeait les espoirs d’Asnières alors qu’il jouait en équipe première. Les choses sérieuses ont commencé en 1988 quand ils sont arrivés à la direction technique de Créteil (Anti) et de Paris Asnières (Canayer).

Un tracé limpide pour ces assoiffés de hand devenus, dans le même temps, professeurs d’éducation physique. « On entraînait, se souvient le Montpelliérain, parce que l’on gagnait, à l’époque un peu plus qu’en restant enseignant. En tous cas, cela m’a permis de payer mes études. »

Autant qu’ils s’en souviennent, le jeu dévorait leur esprit, les interpellait, les poussait davantage encore dans la recherche. « Oui, c’était une sorte d’obsession, décrypte Canayer. Mon mémoire de fin d’études, par exemple, je l’ai consacré à la construction et l’animation d’un club de handball. C’est dire si cela me tenait à coeur. »

Saison 1990-1991, Patrice Canayer entrainait le Paris Asnière Handball | Source www.lafinancieredusport.fr

Canayer : « La relation avec un joueur existe (ou pas) quand on se quitte »

Joueurs, profs, entraîneurs, les parcours se ressemblent puis se confondent quand la compétition, très vite, les confronte.

Vingt ans plus tard, Thierry Anti n’a pas oublié l’épisode de la saison 1997-1998. « C’est le deuxième titre de Montpellier. Moi, je viens de perdre Kervadec, Abati et Houlet, mon ossature. Cette saison-là, avec eux, Créteil aurait été champion. » Ca l’amuse, évidemment, Thierry Anti, de refaire l’histoire, de ressasser les douloureux souvenirs au temps de l’hégémonie héraultaise. «J’ai perdu deux ou trois finales de Coupe de la Ligue contre Patrice, j’ai toujours du mal à m’en remettre. »

Mais l’histoire récente adoucit les déceptions du passé. « Bon, je ne devrais pas dire ça mais le match de Championnat à la Trocardière la saison dernière ne m’intéressait pas trop. On se fait des films, les entraîneurs, et je pensais davantage à cette finale de Coupe de France quelques semaines plus tard contre Montpellier. On a nos trucs alors je me suis dit : si on perd le match de Championnat, ce n’est pas grave. Montpellier sera plus en confiance mais je connais mes gars aussi : je savais qu’ils seraient plus que revanchards. »

Patrice Canayer et Thierry Anti ont souvent joué au chat et à la souris tout en marchant, finalement, main dans la main quand il s’est agi de faire avancer le handball et la profession d’entraîneur. Grands artisans de la création du syndicat des entraîneurs au début des années 2000, ils ont donné beaucoup de leur temps. « Disons que l’on a fait partie des précurseurs, que l’on a participé à toutes les avancées, essayé d’installer un cadre. »

Ces dernières années, Patrice Canayer a pris du recul. Comme si le temps, les événements avaient élimé le fil de sa passion et de son engagement. « Beaucoup de choses m’ont agacé. On a souvent dit que je défendais d’abord l’intérêt particulier de Montpellier mais je me rends compte aujourd’hui que les problématiques de calendrier et financières de notre activité sont toujours les mêmes et qu’elles n’ont pas été résolues. »

Thierry Anti, finale de Coupe de la Ligue 2003, remportée avec Créteil face au Montpellier de Patrice Canayer

Anti : « Je n’oublie pas que c’est Patrice qui a soufflé mon nom aux dirigeants nantais »

Ce renoncement n’est-il pas la trace d’une lassitude, d’une usure après trente ans d’exercice ? « Je me retrouve, sourit-il, dans l’alternance des rôles, entre entraîneur et manager. Cela ouvre de nouveaux horizons et implique des responsabilités plus importantes. » Cette forme d’isolement volontaire ne marque-t-elle pas, finalement, une vraie rupture avec la dimension humaine de l’activité ?

« La relation avec un joueur existe (ou pas) quand on se quitte. J’ai conscience de mon rôle d’accompagnateur. Ma volonté, parce que c’est également inscrit dans mon rôle d’éducateur, reste de faire grandir le joueur et l’homme. Mais ça on le vérifie plus tard quand  ils sont devenus des gens respectables, épanouis dans leur vie personnelle. A ce moment-là, je me dis que j’ai, peut-être, fait du bon boulot. »

Thierry Anti a longtemps ressemblé à son cadet quand il se montrait dur et directif avec ses joueurs. « Ma philosophie a changé sur le sujet. L’affectif a toujours été au fond de moi mais je ne voulais pas le laisser apparaître. Je me rends compte maintenant que le joueur a besoin de liberté pour faire parler sa créativité. J’aime bien prendre l’exemple de Nicolas Claire. Pour qu’il s’émancipe, il a fallu le laisser faire. Même s’il m’a agacé, le résultat est là. »

Doux, dur et dingue, ainsi sont Thierry Anti et Patrice Canayer, plus que jamais prêts à se mesurer chacun dans leur coin du ring. « J’ai du respect pour Thierry, assure Canayer. S’il y a bien un fil qui nous relie, c’est la passion. Et on ne s’en prive jamais. On a bien eu des accrochages sur des recrutements mais cela n’a jamais altéré nos relations.» « Je crois que l’on voit le jeu de la même façon. On a les mêmes idées également sur l’entraînement et le développement de nos clubs. Et puis, connait-on vraiment Patrice? Moi, je n’oublie pas que c’est lui qui a soufflé mon nom aux dirigeants nantais quand ils cherchaient un entraîneur. »

Nantes - Montpellier mercredi 4 octobre à 20h45 en direct sur beIN SPORTS

Leurs retrouvailles à la Trocardière lors de cette 4e journée vont sentir bon le défi, le combat. Un mano à mano entre deux personnalités fortes, deux personnages rares à l’égo désormais étanché. « Le besoin de reconnaissance est moins présent aujourd’hui, confirme le technicien sudiste. J’ai compris depuis longtemps qu’on ne faisait pas ce métier pour être aimé. Je ne me reconnais pas dans les choses sont sans aspérités. Et je suis, surtout, convaincu qu’un entraîneur doit être dérangeant. »

« Je vais encore me demander ce qu’il me prépare, s’interroge Anti. Mais je sais qu’il doit se trouver dans la même posture. Oui, je crois, que ce qui est lisse ne nous intéresse pas vraiment. »

Pour ne l’avoir jamais été, on comprend mieux, désormais, la longévité de ces vieilles canailles.

L.M.

Crédit Photos S.Pillaud

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