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Melvyn & Nedim, les héritiers

14 déc.
Laurent Moisset raconte
Melvyn Richardson et Nedim Remili se sont inspirés de leurs pères avant de suivre leur trace à Montpellier et à Paris. Témoins de leur progression, les paternels témoignent.

L’image, déjà, donnait un aperçu de l’obsession animant les gamins. Dans la campagne de Pampelune, on ne voyait que le petit but vide et un gosse ballon de hand dans la main gauche martyrisant les fragiles filets. Les Richardson n’étaient pas vraiment embêtés quand il fallait occuper  Melvyn, leur garçon.

Kamel Remili, l’ancien solide pivot de Créteil devenu directeur du club, n’était pas davantage inquiet au palais des sports Robert Oubron les jours de match quand le fiston déambulait dans les travées, ou s’installait sur le parquet pour y décocher des flèches une fois le coup de sifflet final donné. Tout mômes, ils avaient le jeu dans le sang.

Faute de combattants, pourtant, Melvyn s’était essayé au tennis. « Il n’y avait pas d’équipes de jeunes à Pampelune, se souvient Jackson, donc il a suivi ses potes et la petite balle jaune. C’est à la maison qu’il s’amusait seul au hand. » Pour Nedim, ce fut d’abord le foot avant de s’embrouiller à 11 ans avec son entraîneur, de raccrocher et d’aller vers sa destinée handballistique. Mais, point commun, l’un comme l’autre, très vite, n’ont eu que les parquets pour seul horizon.

« Quand on a gagné la ligue des Champions en 2001, rappelle le recordman de sélections (317), Melvyn avait 4 ans et posait avec la Coupe. La photo l’a suivi jusque dans sa chambre et y est restée depuis. » La chambre, espace privé et interdit, où s’échafaudent alors les plus grands rêves, les plus beaux projets. « Nedim s’y enfermait pour regarder les matches de Ligue des Champions, témoigne Kamel. Ils connaissaient tous les joueurs, s’intéressaient aux systèmes de jeu, regardaient tous les gestes. Il suivait  Montpellier, Ciudad Real mais il était surtout dingue de Kiel et de Karabatic. »

Kamel Remili : « La règle c’était : tu joues, tu prends du plaisir. » C’est tout ce que l’on souhaite pour ses enfants. »

La culture hand déjà sans que les parents aient dû intervenir. Une passion naturelle mais une obsession parfois difficile à contenir et à maîtriser pour les papas. « Quand il était petit, le week-end on rentrait en France sur Biarritz ou Saint-Jean de Luz. J’étais évidemment sollicité dans la rue pour des photos ou des dédicaces. On n’était pas trop tranquilles quoi. Melvyn ne comprenait pas que l’on s’accapare son père mais il a vite pigé le truc. A 7 ans, un soir à la maison, il m’a scotché. « Papa, ton métier c’est de t’entraîner, de jouer pour gagner ta vie. Moi, je vais à l’école. Donc j’arrête l’école et je vais au handball. Je lui ai répondu : « Tu sais quoi, tu vas arrêter de penser au handball et travailler à l’école. » Il a parlementé ensuite en me disant : « Je peux faire les deux, non ? » L’année suivante je pars terminer ma carrière à Chambéry et, bien entendu, la première chose qu’il me demande est de prendre une licence. »

« C’était pareil pour Nedim, enchaîne Kamel. L’école, il pouvait très bien travailler mais quand ça l’arrangeait. Il y faisait d’ailleurs ses devoirs en quatrième vitesse pour qu’une fois rentré à la maison, il puisse aller sur un terrain. A 17 ans, l’année de son bac, il a tout arrêté pour se consacrer définitivement au handball. On s’est engueulé, pris la tête. »

Pour autant Kamel et Jackson n’ont jamais interféré dans le parcours de leurs enfants, jamais montré une présence excessive. Jackson se planquait presque lorsqu’il allait voir jouer son fils à Chambéry et il s’en explique. « Je pensais que cela devait être assez compliqué comme ça pour Melvyn. Quelque part, il était le fils de… Si j’apparaissais dans le paysage, malheureusement les regards se tournaient vers moi. Il fallait tenir compte de ce paramètre mais j’ai vite compris aussi que Melvyn créait sa propre histoire, prenait ses repères. Il était un joueur comme les autres et ne s’est jamais caché derrière le statut de son père. »

De la même manière Kamel Remili a été capable de prendre le même recul. « Directeur à Créteil, on me voyait avec les pleins pouvoirs. Jamais, je ne suis allé voir un de ses entraîneurs, lui imposer mon point de vue ou mon autorité. La règle et Nedim la connaissait c’était : « Tu joues, tu t’amuses, tu prends du plaisir. » C’est tout ce que l’on souhaite, je crois, pour ses enfants ».

Les deux mômes ont grandi dans les bonnes distances, sans, surtout, à leurs côtés, un père trop protecteur.  Tous deux étaient d’ailleurs convaincus qu’il ne fallait pas en rajouter alors que leurs gamins devenus ados conquérants, puis espoirs du handball français, commençaient à susciter toutes les convoitises.

Jackson Richardson : « Celui qui va aller au charbon décide de son avenir. »

« Il y a eu des moments de complicité, ne cache pas Jackson, quand j’étais adjoint à Chambéry et que Melvyn venait s’entraîner avec nous. Mais on lui répétait trop qu’il était bon, alors je prenais le contre-pied. «Non, tu n’es pas le meilleur et loin de là ». C’était le mettre en difficulté mais, surtout, lui donner l’envie de faire plus, toujours plus. »  

Ils ont progressé en parfaite et totale indépendance. Entourés mais jamais de ouate. Attentifs à leur entourage, demandeurs, parfois, de quelques conseils mais suffisamment libres pour exprimer une envie, un avis et s’assumer tout simplement. La preuve quand les plus grands clubs d’Europe et de France s’attachèrent à leurs basques, ce sont bien eux, et eux seuls, qui ont pris la décision.

« Je me souviens de ce Noël à la Réunion avec toute la famille, les frères, les sœurs, les tontons, les tantes, les cousins et les cousines.  Eh bien ce soir-là, Melvyn nous annonce qu’il a signé à Montpellier. Bon, je m’en doutais un peu et je crois qu’il en avait parlé avec sa mère. Mais, bon, c’est son choix et je le respecte. Pour résumer, celui qui va aller au charbon décide de son avenir. » « Pareil pour Nedim. On a dîné en famille et il nous a expliqué pourquoi il avait choisi Paris. C’est à lui de décider de sa vie. » Heureux héritiers entourés de bienveillance, il reste, aujourd’hui, les liens du sang qui ne sont jamais, mais jamais, distendus.

Avant chaque match de Paris à Coubertin, Nedim Remili déjeune avec son père. Melvyn, lui, appelle son père dans un réflexe automatique. « Il tient bien de moi, sourit Jackson. Quand je jouais à l’OM-Vitrolles, je passais un coup de fil avant chaque match à ma mère. » Comme quoi, de père en fils, la tradition se perpétue.

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