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On vous a tant aimés... (3)

09
mai
Laurent Moisset raconte
La Lidl Starligue et la Proligue vont perdre, en fin de saison, quelques-uns de leurs plus fidèles acteurs. Ils rêvent tous d’une sortie digne de leur carrière.

Daniel Narcisse, Benjamin Gille et Grégoire Detrez ont en commun d’avoir porté les mêmes couleurs, celles de Chambéry lors de la saison 2008-2009. Tous les trois ont même signé un long bail avec le club savoyard. Benjamin Gille, cadet d’une prestigieuse lignée, y a fait toute sa carrière. Daniel Narcisse y a débarqué en 1998 de sa Réunion natale pour un premier séjour jusqu’en 2004 avant de remettre le couvert entre 2007 et 2009. Grégoire Detrez, formé à Nîmes,  y est arrivé en 2008 avant de partir en 2017 pour Chartres et la Proligue. Tous trois y ont gardé de profondes racines, de solides amitiés.

« C’est un clin d’œil, sourit Narcisse, le capitaine parisien, mais mon dernier match se disputera contre Chambéry le 31 mai à Coubertin. Je ne pouvais pas rêver de plus beau départ.» « Et moi, enchaîne Benjamin Gille, c’est une fierté d’avoir, pour une dernière fois, à affronter Daniel. » Chambéry a été le berceau de leur passion et de leurs ambitions. Benjamin n’a sûrement pas oublié ses premiers pas à Jean-Jaurès avant que ne brille le Phare dans l’ombre de ses glorieux ainés, Guillaume et Bertrand, et l’apothéose du seul titre de champion savoyard en 2001. « J’étais un gamin mais c’est sûr qu’au moment de remplir mon livre de souvenirs, cette image ne jaunira jamais. »

La Fac après le ballon

Pourtant, le défenseur aux 329 matches de Lidl Starligue avoue ne s’être jamais retourné sur ces 18 saisons qui l’ont vu, au fil du temps, s’inscrire comme un exemple de fidélité mais, surtout, comme une référence. « Les bilans, j’aurai bien le temps plus tard. » Probablement parce que l’avenir dessine, déjà, un autre projet et qu’il continue d’affirmer la volonté d’un personnage n’ayant jamais attendu son crépuscule avant de réagir. « J’ai entamé il y a un moment déjà un cursus pour devenir kiné. A la rentrée prochaine, je vais retourner à la fac et prendre cette nouvelle direction. » Loin de ce ballon qui roule, proche d’un nouveau destin.

Daniel Narcisse ne se voyait probablement pas quitter le milieu. L’enfant de Saint-Leu à la Réunion a, finalement, toujours eu un ballon entre les mains. Il s’est, très jeune, réfugié sur les terrains bitumés de Saint-Denis pour s’exercer au dunk, rêvant, un jour, d’égaler Michaël Jordan, son idole. Il y est parvenu avec une balle un peu plus petite et dans une discipline où son style aérien lui a notamment valu d’être surnommé, pendant ses années de Bundesliga, Air France. Il a réussi parce qu’il n’a ressemblé à aucun autre. Là où les plus grands sont passés par la force, lui s’est reposé sur sa science de l’évitement, sa motricité, sa détente pour répondre à toutes les subtilités de son sport.

Il est devenu le Michaël Jordan du handball. Un modèle que partenaires et adversaires regrettent déjà. Et si son aisance naturelle, longtemps cataloguée comme de la nonchalance, lui a valu d’être un joker en équipe de France lors de ses plus jeunes années, il est, par la suite, devenu incontournable et, le plus souvent, le dynamiteur lors des grandes finales disputées par les Experts. Personnage à part dont Daniel Costantini, le premier à l’avoir lancé en sélection, dira : « J’avais vraiment l’impression de voir Bambi jeté en pâture au milieu d’une chasse à courre. » Taiseux, secret, discret, même si son rôle de capitaine du PSG l’a obligé au fil du temps à se découvrir, il avait, une fois, expliqué son attitude. « Parler mais pourquoi ? Les autres le feront beaucoup mieux que moi. » En un temps, finalement, où il lui fallait vaincre ses complexes. Cette époque est révolue au moment où il va entamer sa deuxième vie au PSG dans un rôle d’encadrant.

Pouvait-il en être autrement quand on a tant à transmettre ?

Passions, convictions transpiraient si fort…

Dans un registre différent Grégoire Detrez pourrait, lui aussi, poser la juste réflexion sur un milieu qu’il a fréquenté si longtemps à partir de 2001. D’abord avec ses lutins nîmois, combattant infatigable dans son rôle de pivot, pendant sept saisons puis à Chambéry où son opiniâtreté s’est exprimée huit ans durant. Un joueur de devoir, un homme de savoir quand la lecture, très tôt, le porta sur les rivages de la relativité dont la première mesure s’exprima le 15 mai 2013 à l’annonce de sa retraite internationale. « Je me suis rendu compte, souligna-t-il alors, que mon implication et mon investissement n’étaient plus en adéquation avec le plaisir que j’y trouvais. »

Grégoire Detrez n’a jamais trompé sur la marchandise ajoutant ce jour-là : « Il m’est arrivé de débuter un stage en équipe de France plein de confiance et d’en repartir en me disant que j’étais le plus mauvais pivot du monde. Il n’était plus la peine, honnêtement, que je m’inflige tout ça. » Honnête, le mot est tellement adapté dans sa bouche pour justifier, après quelques mois à Chartres en Proligue, la décision de mettre définitivement un terme à sa carrière. Après 306 matches en Lidl Starligue et tant de discussions pendant lesquelles transpiraient si fort ses passions et ses convictions…

L.M.
Crédits Photos S.Pillaud / Lombard

LIDLSTARLIGUE.fr
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