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Jamais sans Michaël

21
mai
Laurent Moisset raconte
Inusable et génial à 36 ans, Michaël Guigou, l’ailier de Montpellier, n’a pas pris une ride et rayonne sur le terrain. Il sera le maillon fort du MHB au Final4 de la Ligue des Champions ce week-end à Cologne.

Quelques mots traduisent l’émotion et l’admiration à l’évocation du nom de Michaël Guigou. Ceux d’Olivier Girault, son double en équipe de France sur le poste d’ailier gauche entre 2004 et 2008 aujourd’hui président de la LNH. « Profitez-en, regardez-le bien car bientôt il ne sera plus là… »

Chaque apparition du capitaine de Montpellier est un moment de délectation. Un rappel à la classe éternelle du natif d’Apt, à l’harmonie entre le geste et l’efficacité, à l’art et la manière quand le jeu est à ce point sublimé par la nature du personnage. « L’artiste est incontrôlable, poursuit Girault, et il surprend toujours. Alors, la fin de carrière d’un Guigou, il faut bien la raconter car on ne se rend pas compte du vide qu’il va laisser. »

Jérôme Fernandez : « Fluet, pas grand mais balle en main tu te dis, il y a un génie… »

Ah ! La carrière débutée il y a dix-huit ans et dont le souvenir ne s’est jamais altéré dans la mémoire de Didier Dinart. « C’était un match contre Pontault-Combault et Patrice Canayer avait décidé de le lancer. Ce jour-là, le gamin a inscrit neuf buts. Il était déjà incroyable. » Michaël Guigou n’avait pas attendu cette première pour frapper les esprits et interpeller la curiosité de ses partenaires montpelliérains.

Jérôme Fernandez en a pris plein les mirettes très vite … « L’image qui me reste est celle d’un môme tout fluet, pas très grand qui arrive à l’entraînement. Rien d’impressionnant mais une fois avec les baskets aux pieds et le ballon en main, ouh là là là. Tu avais compris qu’il n’y avait rien à lui apprendre. Il savait marquer, faire marquer et avec çà une vision du jeu… Là, tu te dis, il y a un génie. »

Rien d’étonnant que Montpellier remporte la Ligue des Champions en 2003 grâce à dix buts, lors du match retour contre Pampelune, de son phénomène, alors âgé de 21 ans. Il n’a pas le gabarit, la puissance d’un Karabatic, il répond  par l’adresse, la vivacité et une irritante capacité (pour l’adversaire) à se sortir de tous les pièges. « On n’a jamais eu besoin de lui expliquer le jeu, il savait tout naturellement, par instinct. La preuve, malgré de nombreux pépins physiques dans la première partie de sa carrière, il n’avait pas besoin de 50 entraînements pour revenir à niveau. Tu le mettais sur le terrain et hop c’était comme si rien ne lui était arrivé auparavant. Pour moi c’est un génie et il a toujours été le meilleur joueur français dans le champ. »

Jérôme Fernandez se souvient, surtout, d’étranges sensations, d’un mauvais feeling  en équipe de France quand « Mika » n’était pas là. « Avec lui tu avais une sorte d’assurance tous risques. Tu savais qu’en demi ou en finale d’un grand tournoi, il allait mettre un paquet de buts mais que si jamais ce n’était pas le cas tu t’en sortirais par son jeu parce que c’est un accélérateur de particules. Quand il était là, en revanche, tu partais presque tranquille à la guerre. »

Didier Dinart : «Tant qu’il marchera, je le ferai jouer. »

Décisif, déterminant, valeur ajoutée, Olivier Girault a, également, pu juger de l’impact du bonhomme. « J’ai ce souvenir de la finale olympique de Pékin… J’avais disputé la première période et Onesta me demande d’attaquer en deuxième. Dans ma tête ça a fait tilt et je me suis dit : « Si tu veux être champion olympique, tu auras plus de chances avec Michaël Guigou sur le terrain. » Je suis allé le voir, on a changé et on est devenu champions olympiques. Mika est tellement inventif, différent, moi je n’étais qu’un besogneux. »

Est-il si étonnant qu’il ait tant pesé dans les conquêtes de l’équipe de France et de Montpellier ? S’il compte, aujourd’hui à son palmarès 10 titres de Champion, 10 Coupes de la Ligue et 11 Coupes de France, n’allez pas chipoter pour connaître le rôle qu’il a tenu pendant toutes ces années. La surprise ne concerne, évidemment, pas sa fonction d’acteur principal de la conquête mais plutôt dans sa capacité à tenir l’affiche aussi longtemps.

« C’est vrai qu’à une époque, témoigne Fernandez, Mika choisissait ses matches, se reposait, peut-être aussi, sur ses dons. Il était dans la gestion de ses efforts mais la pubalgie qui l’a tracassé durant plusieurs saisons puis la naissance de sa fille lui ont permis de mieux appréhender le haut niveau. Son investissement, sa rigueur sont montés de plusieurs crans. »

Olivier Girault : « Profitez-en, bientôt il ne sera plus là. »

« Quand je vous dis qu’il n’est pas fait comme les autres, s’amuse Olivier Girault. Normalement en prenant de l’âge, on se blesse davantage, on récupère moins bien. Eh bien, lui, non, c’est tout le contraire. Pour tout dire, il est monté à l’envers. »

« Il est comme le bon vin, il vieillit bien », reconnaît Dinart. Le sélectionneur national ne s’est, d’ailleurs, jamais interrogé sur la présence de Guigou en équipe de France. « Tant qu’il marchera, je le ferai jouer, résume-t-il. Je le trouve plus rayonnant que jamais, stable dans son jeu, toujours pertinent dans tout ce qu’il fait. Franchement, comment pourrait-on se priver d’un tel joueur ? »

La question, en tous cas, ne se pose ni chez Didier Dinart, ni chez Patrice Canayer, son entraîneur depuis dix-huit ans. Il est capitaine, porteur d’âme, symbole tout à la fois du MHB et un atout maître dans la quête d’un 15e titre qui se concrétiserait un peu plus encore en cas de victoire à Paris le jeudi 1er mars (en direct et en exclusivité à 20h45 sur beIN SPORTS). Une nouvelle étape mais certainement pas la dernière dans la carrière de Michaël. Il a déjà fait savoir qu’il souhaitait aller jusqu’aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. « Il n’existe aucune contre-indication, clame Fernandez. L’équipe de France a besoin de lui et que je sache, il reste le meilleur ailier du monde. »

Olivier Girault, quant à lui, reprend avec beaucoup de nostalgie le même refrain. « Profitez-en, regardez-le bien, bientôt il ne sera plus là. » Comme s’il voulait que ce jour n’arrive jamais…

L.M
Crédit photo S.Pillaud / Sportissimo

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