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La Lidl Starligue, nouvelle terre promise des Vikings

20 sept.
Laurent Moisset raconte
Les Scandinaves, après les Espagnols, sont devenus les cibles privilégiées des clubs français. Explication d’un phénomène.

Les modes passent avec le temps. Hier, les joueurs de l’ex-Yougoslavie remplissaient les carnets de commande des clubs français. Mobiles, taillés pour l’aventure ils n’hésitaient pas à quitter leur pays et on les retrouvait en nombre dans la division française. Ils sont moins en cour ces dernières années, supplantés par les Espagnols touchés par une forte crise financière et venus chercher leur El Dorado sous les bannières de Lidl Starligue ou de Proligue. La France du handball a, elle aussi, connu ses flux de migration. On se souvient encore qu’Ivry, il y a quelques décennies, avait ouvert ses portes aux meilleurs joueurs russes, Lavrov et Koudinov, avant que les Cubains ne trouvent également refuge dans le club du Val de Marne.

Mikkel Hansen, premier de cordée

L’histoire de la France du handball s’est, évidemment, enrichie de ces différents métissages. Le mélange des hommes et des genres a largement contribué à la progression de l’activité jusqu’à lui permettre, au fil des années, de s’affirmer sur la scène internationale et d’y imposer son hégémonie depuis plus de vingt ans par le biais de l’équipe de France. Jusque-là, les Scandinaves n’avaient pratiquement pas fait partie de l’aventure. L’ailier international suédois, Martin Frandesjo, était considéré au moment de signer son contrat à Montpellier en 2000 comme l’exception qui confirme la règle, le premier de cordée mais la montagne était trop haute et son passage en Hérault marqué par un échec.

Il a fallu attendre douze ans et l’arrivée du Danois Mikkel Hansen au PSG en 2012 pour que l’on jette un regard curieux sur l’expérience. Culturellement, le joueur scandinave se tournait plus volontiers vers la Bundesliga. Les passerelles étaient favorisées, d’abord, par la proximité entre l’Allemagne et le Danemark, Flensburg, Kiel et Hambourg, postés au plus proche de la frontière, constituant un exil confortable pour ceux qui espéraient évoluer, alors, dans le plus grand Championnat du monde. Leur désir de goûter aux saveurs de la vie française était, en outre, refréné par la réputation d’un Championnat où les défenses menaient la vie dure aux attaquants.

Le pivot danois Morten Bjornshauge, sous ses nouvelles couleurs du PAUC. En fond et de dos, son coéquipier suédois Philip Stenmaln

Bruno Martini : « Comme ils n’aimaient pas prendre des tartes, les Scandinaves ne voulaient probablement pas entendre parler de la France. »

« C’est vrai, se souvient Bruno Martini, le manager général du PSG, que la caricature a longtemps tenu. Les Scandinaves étaient formatés pour la défense de zone alors que chez nous les systèmes étaient plus complexes avec des défenses étagées, des joueurs qui sortaient avec beaucoup d’agressivité. Comme ils n’aimaient pas prendre des tartes, les Scandinaves ne voulaient probablement pas entendre parler de la France. » La capacité de Mikkel Hansen, meilleur joueur du monde alors, à effacer l’étiquette a, rapidement, donné une autre image de la Lidl Starligue à l’extérieur.

« Sérieux, complets, tranquilles… »

« Mikkel, souscrit Jérôme Fernandez, l’entraîneur d’Aix-en-Provence, a été un détonateur. Ses compatriotes ont porté un œil nouveau sur notre compétition. »  Paris et Aix comptent, aujourd’hui, chacun quatre joueurs d’origine scandinave dans leur effectif et neuf des quatorze clubs de la Lidl Starligue pointent la présence d’au moins un élément venu d’Europe du Nord. Le rapprochement semblait inéluctable avec la montée en puissance des clubs français. Economiquement et sportivement, ils offrent, désormais, de solides garanties et la perspective de progresser dans le meilleur championnat du monde a levé toutes les barrières.

« L’attrait de la France, souligne Martini, pour eux, c’est effectivement la certitude de disputer une compétition de haut niveau. » Jérôme Fernandez dont les quatre seules recrues de l’intersaison sont les Danois Martin Larsen, Anders Lynge et Morten Bjornshauge, le Suédois Philip Stenmalm remarque aussi « qu’ils se sont rendus compte que la vie en France n’était pas moins agréable qu’en Allemagne. » Et ce paramètre-là compte au moment de l’intégration. « Ils ont, poursuit le technicien provençal, cette capacité à absorber très vite notre langue, donc à s’investir pour être opérationnels dans un laps de temps raisonnable. »

 A Paris, les exemples de Mikkel Hansen, puis de Sander Sagosen, la saison dernière, laissent, évidemment, penser que les temps d’adaptation se sont clairement raccourcis. « Tout se mondialise, répond Bruno Martini, et la mobilité n’est plus un problème. Je prends l’exemple de Henrik Toft Hansen arrivé fin juillet chez nous. On lui a demandé de jouer d’une autre façon, ça ne l’a gêné en aucune façon. »

Les clubs français sont bien payés en retour puisqu’ils accueillent des joueurs « bien formés et à la technique individuelle très sûre, » selon Bruno Martini.

« Ils sont attentifs, complets, sérieux, tranquilles, reprend Fernandez, et dans la vie d’un groupe c’est très important. » Pour l’évolution, la progression d’une équipe et de son niveau de jeu leur apport devient intéressant. Comme le signe avant-coureur, finalement, que la Lidl Starligue devrait encore prendre une dimension supérieure cette saison.

L.M
Crédits photos S.Pillaud/Sportissimo

LIDLSTARLIGUE
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