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Rock Feliho, le cœur du « H »

25 sept.
Laurent Moisset raconte
Au-delà de son rôle majeur sur le terrain, le défenseur nantais est, surtout, un leader moral et un porteur d’âme. Une arme toujours fatale dans le handball moderne.

Pourquoi joue-t-il au fond ? Ne serait-ce, finalement, que la quête ultime vers la victoire et la reconnaissance ? Fut un temps, peut-être et, probablement sent-il, parfois, remonter à l’intérieur ce souffle d’auto satisfaction quand on lui rappelle qu’il a été élu quatre fois depuis 2012 meilleur défenseur de la Lidl Starligue. Mais il faut aller chercher ailleurs les raisons de jouer de Rock Feliho. Au cœur de ces quelques mots qui claquent comme une profession de foi :

« Le public de Nantes nous suit parce qu’il aime ce que l’on dégage. Il sait que l’on ne gagnera pas tous nos matches mais qu’avant de nous mettre à terre, l’adversaire aura dû sérieusement et férocement batailler. Nos attitudes, nos comportements, notre volonté et notre solidarité, c’est ça qui lui plait. C’est ça que j’aime aussi parce que cela reflète exactement l’idée que je me fais d’un sport collectif. »

Une victoire n’a aucun sens sans cette communion, sa fierté aucun éclat sans ce partage. Aussi loin qu’il remonte le temps, Rock Feliho se souvient de cette obsession qui, très tôt, l’a amené à prendre des décisions radicales. En 2006, il quitte la France pour Munster en D2 allemande -où il se distinguera en terminant 3e meilleur buteur de la saison !- avant de rallier pour trois saisons Balingen à l’étage supérieur. Un choix fatalement risqué à 24 ans alors qu’un avenir international se découvre… « Je ne sais pas pourquoi mais j’avais en moi toutes ces images du handball allemand, de cette ferveur dans les salles. Alors, j’y suis allé sans me poser de questions et je n’ai pas été déçu. L’ambiance, je l’ai eue, la passion aussi. Comment, alors, ne pas te dépouiller pour tous ces amoureux.

« Finalement, ce sont eux qui te font avancer et tu te dois d’être à la hauteur de leur investissement. C’est ça, ne jamais renoncer, toujours te battre… »

C’est encore pour répondre à cette attente qu’il décide il y a neuf ans de rejoindre Nantes et, surtout, Thierry Anti qui lui courait après depuis quelques années déjà. « Je ne voulais pas perdre ce contact avec le public et je m’étais renseigné. Le « H » était, alors, un club en devenir avec derrière lui tout un courant et un environnement favorables. » 

Rock Feliho contre Saint-Raphaël lors de la saison 2011-2012

« Probablement y avait-il la peur d’être ridicule… »

Un « H » très vite en mouvement et qui va se façonner autour de l’axe Anti-Feliho lors de débuts agités lorsque le technicien a dans l’idée de faire de son joueur la poutre centrale de son système défensif. « Au début, rappelle Rock, on n’était pas trop en phase. Je crois que ne me voyais pas vraiment dans le rôle et, probablement, y avait-il aussi la peur d’être ridicule. » Pourtant, la ténacité de Thierry Anti va renforcer les notions de service de Rock Feliho quand les premiers résultats arrivent et qu’il est nommé pour la première fois en 2012 meilleur défenseur de la Lidl Starligue.

 « Ca m’a encouragé et, inconsciemment, j’ai rongé mon frein, accepté la mission. Malgré tout, il y avait la confiance que m’accordait Thierry, toutes ces responsabilités qu’il me confiait. Ce devoir, aussi, dans mon esprit de rassembler les énergies, de resserrer le groupe. Je sais, aujourd’hui, que je n’aurais pas réussi la même carrière sans ce changement de direction. »

Il s’est transformé. Moins spectaculaire mais plus en vue quand le modèle défensif nantais est devenu une marque de fabrique réputée. Il y a trouvé ses marques, puis le plaisir. « Je me souviens d’une 3-2-1 que l’on sortait régulièrement. Une véritable machine à laver. Je n’aurais pas voulu être à la place de nos adversaires. »

Rock Feliho et Michaël Guigou, meilleurs amis dans la vie et adversaires sur le terrain, comme ici lors de la saison 2014-2015

« Le hand, c’est une histoire d’entraide »

Il en a tiré une philosophie au plus proche de ses convictions, un rôle à sa mesure, et la certitude d’avoir une tradition à perpétuer. « Le hand, sourit-il, c’est une histoire d’entraide. J’aime bien prendre l’exemple de Nicolas Tournat. Il a appris, lui aussi, à défendre mais je n’ai jamais été là pour l’engueuler. Dans cette fonction, il ne faut pas avoir peur de commettre des fautes. Quand il l’a compris, il a trouvé de la confiance, voire même de la prestance dans cette partie du jeu. »

Aider, comprendre, l’action du capitaine nantais s’exprime tout en finesse, tout en discrétion à partir du moment où l’on a mis un mouchoir sur son orgueil. Il rêvait d’exploser les filets adverses, il tente de les préserver dorénavant. Il rêvait d’un avenir en bleu, il s’inscrit en violet alors qu’il entame sa 9e saison au « H ». « La jalousie, l’ambition exacerbée sont, fatalement, dans la nature humaine quand les résultats et les preuves de ta compétence sont là. Je me voyais bien équipe de France quand j’essayais de me comparer aux Internationaux. Mais, quand dans ton club, tu te sens serein, heureux, il n’y a plus de place pour les regrets. »

Rock Feliho s’est transformé en leader, en porteur d’âme. L’image forte véhiculée à chaque match de Nantes quand il appelle le soutien du public ou exhorte, pendant les temps morts, ses partenaires à davantage d’investissement. Il est devenu un monument au « H » aux abords de son 300e match sous le maillot nantais, toutes compétitions confondues dans les quinze jours qui viennent. Fidèle à ses couleurs, à ses partenaires, à ses amis qu’il n’oublie jamais. « Ceux du début comme Michaël Guigou qui ne sera pas avec Montpellier jeudi à Beaulieu. Mika est le parrain de mon fils, on se connait depuis les stages en équipe de France jeunes, on avait seize ans. Après la finale de la Ligue des Champions, on a suivi la tradition et on est partis ensemble en vacances. La vie, la vraie quoi quand l’amitié et le sport parviennent à cohabiter malgré les intérêts divergents. »

La vie qui a fait de Rock Feliho, aujourd’hui, le cœur du « H ». 

L.M
Crédits photos S.Pillaud/Sportissimo et Michel

LIDLSTARLIGUE
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