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L’autre vie de Cyril Dumoulin

16 nov.
Laurent Moisset raconte
Curieux et multi cartes, le gardien nantais offre un profil original dans un milieu où la performance sportive reste la référence.

S’il n’avait pas décidé d’aller explorer d’un peu plus près le haut niveau sportif, Cyril Dumoulin ne se serait pas interrogé longtemps sur le sens à donner à sa vie. Très tôt la curiosité a été son compagnon de route et le moteur d’une ambition qui ne se résumait pas à saisir un ballon en plein vol. Avant de poser, par exemple, ses certitudes de devenir un joueur professionnel, le gardien nantais a longtemps planché sur les conditions requises afin d’atteindre l’objectif. « Quand tu n’as pas de talent, le travail est la seule voie à suivre. On se construit au fil du temps si l’on se dégage de l’impatience. Je n’ai donc pas été précoce, disons assidu et déterminé. »

« Mon premier arrêt face à Bertrand Gille, une légende, ça marque… »

Dans ces conditions, les plaisirs sont rares, seulement fugaces mais tellement intenses. « Oui. Je me souviens de mon premier arrêt à l’entraînement avec les pros de Chambéry, c’était face à Bertrand Gille, une légende. Ca marque. » Mais ça n’emballe pas la machine à rêves quand le parcours s’accompagne de paliers franchis, de détails réglés et d’efforts récompensés pour établir le diagnostic d’un accomplissement à venir.

Cyril Dumoulin a toujours gardé suffisamment de hauteur par rapport à l’activité, s’intégrant, si l’on ose dire, dans un monde parallèle pour ne pas subir une routine dont le fil rouge serait rythmé par l’incontournable entraînement-dodo-déplacement-match. Chaque minute a compté et on le revoit, inconfortablement calé dans son siège d’avion, lors des escapades européennes de Chambéry, crayon de papier à la main, cahier posé sur la tablette, l’imagination galopant jusqu’à s’inventer un monde fantastique.

Ecrire alors qu’il a très peu lu. Ecrire inlassablement. « J’ai, très tôt, été captivé par les romans fantastiques et la science-fiction. Au cours de ces voyages et pendant des années, j’ai traité le sujet, essayé de construire une histoire. Et si je n’ai pas publié, je garde toujours précieusement les documents. »  Malgré la difficulté, il s’est accroché. « Poser ses idées, ses pensées avec des mots est un exercice périlleux, difficile. On sait ce que l’on veut dire mais on ne trouve pas forcément la meilleure formulation. »

Cyril sous les couleurs de Chambéry lors de la saison 2008-2009

Au bout de la concentration et de l’effort, il sort en 2012 ses « Billets de match », le récit intime d’une saison avec Chambéry. Un projet fort qu’il a monté de A à Z avec, en fin de course, le concours des dirigeants savoyards pour la publication. « En changeant de registre, je tenais un cahier sur lequel je faisais part de mes sensations, de la vie du groupe. Ma femme est tombée dessus. Elle me connaît bien et pourtant elle a appris plein de choses. Elle m’a, alors, encouragé à aller plus loin. »

Suivront un deuxième opus puis « le journal d’un expert » qui retrace, vu de l’intérieur, l’épopée des Bleus lors du Mondial 2015 au Qatar. Que voulait-il prouver ? Rien, si ce n’est satisfaire un plaisir personnel, dépeindre un milieu où il affirme, aujourd’hui, avoir tissé des liens forts d’amitié et, surtout « raconter, au plus proche de la réalité, le fonctionnement d’un groupe sous son aspect le plus humain. »

Clairement, Cyril Dumoulin a davantage été marqué par la démarche collective dans son sport plutôt que par une réussite personnelle. La convivialité, la chaleur humaine, le partage sont toujours restés ses cœurs de cible et de vie. Il croyait, d’ailleurs, les avoir abandonnés quand, après quatorze années passées en Savoie, il a dû se résoudre à quitter Chambéry. « Un déchirement, se souvient-il. Ce ne sont pas les atermoiements du club qui ne savait pas comment se séparer de moi qui m’ont dérangé mais j’avais, en revanche, la certitude que jamais plus je ne retrouverai ailleurs les mêmes complicités, la même ambiance. Je m’étais trompé parce qu’à Nantes, depuis deux ans, je baigne dans ce même climat idéal. »

Cyril, ici en compagnie d'Arnaud Siffert, a remporté le Trophée des Champions 2017 avec Nantes

« J’ai eu l’image de l’espoir éternel mais c’est quand même un beau parcours. »

Il ne peut, évidemment, exister la moindre trace d’un regret quand sa carrière personnelle n’a peut-être pas eu le brillant que l’on imaginait pour lui. Dans son parcours, seuls Flensburg et Montpellier se sont manifestés pour lui offrir un destin plus prestigieux. Ce n’était pas le moment. De la même manière, son parcours en équipe de France a, longtemps, été chaotique avant de s’installer, depuis la retraite de Thierry Omeyer, avec Vincent Gérard. « J’ai eu l’image de l’espoir éternel mais c’est quand même un beau parcours. »

Lucide, philosophe, l’homme n’a vu que les bons côtés de la profession et lorsqu’il évoque son rôle spécifique de gardien de buts, le constat est resplendissant. « La question humaine toujours. Avec Arnaud Siffert, je suis incapable de parler de concurrence. On forme un binôme, un tout. Je n’ai jamais connu une telle relation, une connivence aussi forte. Avec lui, je suis même bien sur le banc.»

Vingt ans, donc, après être entré au sport-études de Chambéry, la passion n’a pas perdu une flamme et les évolutions marquées de la discipline n’ont pas davantage éteint les braises de son investissement. « Tout a changé parce que tout va plus vite. La course à la performance, l’intensité des matches, les moyens, les enjeux financiers, les temps d’attente réduits pour les jeunes qui émergent, c’est, évidemment, un nouveau monde. Il n’est ni mieux, ni pire que celui que j’ai connu il y a deux décennies. Même s’il paraît un peu plus impitoyable, on y trouve encore beaucoup de plaisir. »

Et pourtant, Cyril Dumoulin avoue se sentir, parfois, un peu décalé dans le milieu. « Je ne joue pas à la console, je ne fais pas la sieste -enfin seulement le jour des matches-. Quand je dors avant minuit c’est exceptionnel. Il faut que ça bouge. Je vis de cette manière depuis que j’ai quatorze ans. » Entre les stages qu’il organise, sa boutique sur internet et deux ou trois autres projets en cours, Cyril Dumoulin ne chôme pas. Un homme de son temps. Normal, même s’il avoue que le handball continue de rythmer et de rassembler toutes ses envies. « Il n’y a, dans mon esprit, aucune limite. Je veux jouer le plus longtemps possible. »

L.M.
Crédits Photos S.Pillaud/Sportissimo

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