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« Papy » fait de la résistance

14
sept.
Histoires d'hommes
Protecteur, rassembleur, Patrice Annonay, le gardien vétéran de Tremblay, continue de défendre la dimension collective du handball. Exemple à méditer et à suivre.

Les mots sonnent tellement juste aujourd’hui encore. Comme un avertissement, ils décrivent la courbe dangereuse sur laquelle le sport s’est, inexorablement, engagé sans qu’il soit capable, désormais tête à l’envers, de retrouver tous ses esprits. Ces mots, quelques jours avant le premier Final Four à Cologne du PSG au printemps 2016, sont de Patrice Annonay. « C’est vrai qu’il y a une forme de robotisation dans notre métier et que la relation humaine n’y occupe plus un rôle majeur. C’est, malheureusement, une évolution à laquelle personne n’échappe. On est dans une sorte de broyeur. »

Avec l’accélération des cadences, l’exposition nouvelle, la mise en perspective des stars et de l’événement, les préoccupations humaines sont souvent basculées dans le fossé de l’oubli. La nouvelle donne a, surtout, débouché sur une individualisation à outrance dans le sport collectif. Patrice Annonay ne dénonçait rien d’autre quand il s’est permis cette réflexion. Elle n’avait rien d’anodine, quitte à apparaître comme un débateur d’arrière-garde ou un ancien combattant quand il continue de croire que le bonheur et la réussite d’une carrière passe par le plaisir de jouer et d’être ensemble. A Paris où il a vécu onze saisons, traversé toutes les tempêtes, de la D1 à la D2, puis goûté au riche banquet qatari, il n’a jamais cessé de se nourrir des bienfaits de l’échange et du partage. Comme une évidence, il a compris très tôt que pour bien jouer et s’épanouir, il fallait être plusieurs et, surtout, prendre en compte tous les éléments extérieurs afin de créer la plus saine émulation.

« Notre meilleur moyen de transport est le collectif »

« Quand j’ai débarqué d’Angers à Paris, Cédric Sorhaindo et Olivier Girault m’ont beaucoup aidé en me guidant dans les rues de Paris. Nous partions souvent en bande passer des moments ensemble. » Jouer mais pas seulement. Apprendre à se connaître, la clé pour créer un lien. Le gardien martiniquais s’est très vite engagé dans cette voie, devenant, au fil du temps, le papa des plus jeunes comme Nicolas Claire, Olivier Nyokas ou encore Jeffrey M’Tima. Papa oui mais relais également avec les nouveaux arrivants. Mikkel Hansen, la star danoise, a longtemps suivi son hôte dans de grandes balades dans les rues de Paris profitant des pauses café à une terrasse pour mieux se découvrir. « Les gens ne voient que le sportif mais nous avons aussi besoin de vivre. Et puis cette attention que tu portes à ton voisin, devient un atout sur le terrain. Il y a davantage de soutien, de solidarité soudainement. »

A Paris, pendant onze ans, Patrice Annonay était le dernier à quitter Coubertin après l’entraînement passant de l’un à l’autre, prenant des nouvelles. Le pouls de l’équipe tout simplement. « S’intéresser aux gens, c’est dans ma nature. Dans le sport, je considère aujourd’hui encore que c’est un contributeur à la performance. » Lorsqu’il est arrivé en juillet 2016 à Tremblay -alors en Proligue- il a repris ce rôle. Son entraîneur, David Christmann, l’a nommé capitaine, et son rôle s’est démultiplié. « J’ai davantage un rôle de guide. Cela implique une grande vigilance. Sur le visage d’un gars, tu vois s’il est bien ou pas. Il s’agit simplement d’y prêter attention et il faut parfois faire la démarche d’aller le voir afin d’ouvrir un dialogue. » Si Tremblay a vécu une année de rêve avant de décrocher le titre de champion de Proligue c’est aussi parce qu’Annonay a su installer un climat de confiance et de convivialité.

« Les enjeux de carrière risquent de brouiller l’image »

 « Je dis souvent que notre meilleur moyen de transport c’est le collectif. Alors, je veille, oui, à ne laisser personne derrière. » Paternaliste, protecteur, rassembleur, son jeune coéquipier croate Luka Sebetic, fraîchement débarqué, l’a déjà surnommé « papy ». Un papy qui fait de la résistance, à 38 ans, afin de maintenir la belle image du handball. « C’est vrai qu’avec les réseaux sociaux, aujourd’hui, c’est la politique du « moi ». On se met en avant, on développe une image beaucoup plus individualiste. Les enjeux de carrière, financiers sont devenus tellement forts qu’ils risquent, évidemment, de brouiller l’image. Les joueurs sont tellement dans un cocon qu’ils sont tout le temps en protection. Rien ne devient naturel. On en oublie l’amour des autres, d’où l’on est parti pour arriver. Cela m’inquiète un peu. »

Il voit, cependant, des signes d’encouragement et cite volontiers l’exemple de Nantes. « Il y a des grands joueurs là-bas mais lorsque je vais sur les réseaux sociaux, aucun d’entre eux ne se met en avant. Ils avancent en rangs serrés, côte à côte. » Il s’accommode, heureusement, d’un contexte préservé à Tremblay où la notion de groupe et l’esprit de famille font bon ménage. Avec, en toile de fond, cette idée que c’est à la source du collectif que l’on s’abreuve des plus grands plaisirs.

L.M.

Crédits Photo TFHB & Stéphane Pillaud
LNH.fr
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