close


[Massy] Courage, fuyons...

30
sept.
Les clubs inside
À Massy, plus petit budget de l’élite, vertus morales et dimension humaine éclaircissent un paysage que le professionnalisme pourrait parfois mettre au second plan.

Doit-on mesurer la richesse d’un club au poids de son euro ? Faudrait-il donc que la donnée économique ne soit que l’unique marqueur de sa bonne santé ?

Le sport n’échappe pas à cette question, le handball pas davantage qui a vu, en moyenne, le budget de ses clubs multiplié par trois en douze années seulement.

On ne saurait, dans une activité et une compétition collectives, s’en contenter même si nos meilleurs clubs disputent désormais régulièrement les final four européens.

Le public a aussi besoin d’un autre carburant pour activer le moteur de ses sensations. Il se reconnaît le plus souvent dans le portait de celui qui souffre et transpire pour réussir. Il se retrouve, surtout, dans l’aventure humaine et collective, celle qui s’appuie sur la force morale pour raconter une histoire qui a du fond et du sens.

Olivier Girault, capitaine de l’équipe de France championne olympique pour la première fois à Pékin en 2008, s’est abreuvé à cette source lorsqu’il est arrivé, en 1995, à Massy. Etudiant, après un transfert raté à Paris, il a rejoint ses potes de fac dans l’Essonne. « Le hand, pour moi, c’était jouer. Peu importait le niveau. On n’était pas bien talentueux mais il y avait un esprit. La philosophie était : on se bat et on voit. » 

Olivier Girault : « La marque de fabrique du club ? Le courage et l’envie »

A cette époque, le jeune Guadeloupéen a forgé son caractère, appris à ne jamais rien lâcher, est devenu ce guerrier impitoyable, toujours cité en exemple, plus tard, lors des folles chevauchées de l’équipe de France. « La marque de fabrique du club ? Le courage et l’envie. Nous n’étions pas des victimes et lorsque les adversaires débarquaient chez nous, ils savaient qu’ils allaient vivre des moments pénibles. »

Olivier Girault a été, indéniablement, marqué par cette période. « Ce que j’ai appris là-bas est resté pendant toute ma carrière. La volonté, la conscience qu’il n’y a pas de mission impossible à condition d’y mettre son cœur et ses tripes. Se battre toujours… »

Plus de vingt ans ont passé et il ne s’est pas écoulé une saison sans qu’il ne fasse au moins une apparition au centre Omnisports Pierre de Coubertin. « La même salle, les mêmes bénévoles et dirigeants, souligne-t-il. Une grande et belle famille au sein de laquelle j’aime tant me ressourcer. Au début de la saison, le président a réuni tous les anciens pour le premier match contre Nantes. On n’a pas eu assez de la nuit pour évoquer, ensemble, tous nos souvenirs. »

Le président, Gilles Desgrolard, 32 ans de présidence. Le patriarche, protecteur et garant de l’esprit-maison. Joueur, avant, bien sûr, entraîneur aussi « mais des filles du club parce que je jouais avec les hommes. » En N2 et même barragiste pour essayer de monter en D1. 

Un parcours rare, tout de fidélité. Une fierté, une seule : celle d’avoir formé les Médard, Tristant, Dole, Zuzo, Girault, tous devenus internationaux. Celle, probablement, d’être monté la saison dernière avec dix joueurs issus du club. Président tous terrains mais qui ne se gratte pas le ventre, couché sur le lit de l’auto satisfaction.

Quand Massy monte en Lidl Starligue début juin à la surprise générale, qu’il faut passer le budget de 950 000 euros à 1,6 millions, recruter, « professionnaliser », la question s’est, évidemment, posée de savoir si tout cela était bien raisonnable.

Gilles Desgrolard : « Au C.A, il se dégageait même une majorité pour refuser la montée. »

« Il y a, ces dernières années, une inflation des chiffres. Quand on a accédé à la D2 il y a sept ans on avait mis sur pied un budget de 350 000 euros. Alors, bien sûr, il y a eu débat au sein du conseil d’administration et il se dégageait même une majorité pour refuser la montée. Beaucoup de gens pensaient qu’on allait se tuer. »

Un vrai casse-tête, tant il remet en cause les valeurs défendues depuis des décennies par Gilles Desgrolard ? Recruter, d’abord, et se renier un peu quand la formation est au centre du projet. « Oui, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était, reconnaît Gilles Desgrolard. On aborde là un autre sujet. Il faut tout revoir. Probablement, faudra-t-il déjà délocaliser le secteur professionnel de la section amateurs. On a un gymnase de campagne dans lequel Bein Sports ne pourra jamais filmer. On est quand même assis sur des bancs. Il y a bien eu des promesses de la Mairie… Tant que l’on n’aura pas un outil fonctionnel… Alors, oui, on pleure parce que l’on ne peut rien faire d’autre.»

Massy est-il donc voué à un simple rôle d’intermittent ou peut-il profiter de son passage parmi l’élite pour poser les bases d’une nouvelle politique ? « Il y a de gros sièges sociaux ici à Massy. Maintenant sans les aides et les efforts des collectivités, sans une volonté générale, on n’y arrivera pas. Le défi est simplement de savoir si on veut ancrer le club dans le professionnalisme. »

Il reste, heureusement, le jeu, le meilleur terrain d’expression afin de faire passer le message. « Normalement, on n’est pas invité, plaisante le président. Mais, bon, notre Championnat va débuter le 4 octobre face à Cesson. » Avec cette promesse de l’ancien, Olivier Girault : « Va quand même falloir se bouger pour leur mettre la tête sous l’eau. Il y a du cœur ici… » 

L.M.
Crédit photos Panoramic/LNH
     

LNH.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques, commerciaux et de partage via les boutons de réseaux sociaux.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies