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Barachet, blessé mais pas coulé

04
oct.
Laurent Moisset raconte
La blessure est la hantise du joueur. Plus souvent qu’à son tour, Xavier Barachet en a été victime avant d’en limiter les tourments au fil du temps.

L’exemple le plus récent rattrape Kevynn Nyokas. Usé moralement, découragé, l’arrière droit international, alors sous contrat à Gummersbach, annonce au mois de juin sa décision d’arrêter le handball. « C’est de plus en plus difficile de pousser la machine. Je n’en ai, en tous cas, plus la force. »

Victime en 2007 et 2010 d’une rupture du tendon d’achille (les deux pieds) puis régulièrement perturbé dans son évolution par des problèmes au genou droit, l’ancien Parisien a, finalement, décidé de préserver sa santé. La blessure a été plus forte que son envie et sa volonté.

Xavier Barachet, passé de Paris à Saint-Raphaël l’été dernier, aurait pu engager le même processus. Les événements ne lui ont pas toujours été favorables depuis le début de sa carrière professionnelle à Chambéry en 2006 où il est, d’ailleurs, arrivé blessé (ligaments croisés du genou gauche) en provenance du Cavigal Nice.

Dès lors, son parcours sera émaillé de coups d’arrêt. Un pouce cassé, un ménisque, une lourde opération de l’épaule gauche en 2013 puis, de nouveau, les croisés en mars 2016 et, enfin, une luxation du poignet à l’aube de la saison en fin de préparation avec son nouveau club, Saint-Raphaël.

« Je me suis posé la question d’arrêter. »

Poisse, mauvais sort, puis mise au repos forcé, rééducation, oubli, le Niçois a vécu tous les traumatismes du champion, laissé un peu de sa santé, perdu du temps, manqué d’autres rendez-vous avec la gloire en équipe de France - il était absent aux J.O de Rio puis lors du Mondial en France en janvier dernier- mais, paradoxalement, il n’a jamais renoncé à continuer la pratique. « Quand tu es arrêté plus de six mois, évidemment le doute apparaît. Tu ne peux pas traverser ces périodes sans encombre. A plusieurs reprises, je me suis posé la question d’arrêter. C’était logique. » 

Depuis cinq ans, le phénomène aurait dû s’amplifier puisqu’il a rarement disputé une saison dans son intégralité. « J’ai eu très peur lorsque j’ai été opéré de mon épaule gauche. L’appréhension était terrible. J’étais conscient que je ne retrouverais peut-être plus jamais les mêmes aptitudes au tir. J’ai pensé à Wissem Hmam, mon partenaire aujourd’hui, si fort, si brillant lors du Mondial 2005 en Tunisie. Il était, alors, le meilleur arrière gauche au monde. Plus tard, à Montpellier, il a été opéré de son épaule et il n’a, malheureusement, plus retrouvé, au shoot, sa facilité et sa puissance. »

Etrangement, c’est d’abord moralement que le Niçois a trouvé les ressources. Malgré les protocoles, il a toujours su garder patience. « En fait, le temps, tu finis par l’apprivoiser. Au début tu te sens inutile, oublié. Tu disparais du groupe, tu te retrouves seul, c’est le plus dur mais on s’habitue aussi à tout. Tu compenses. Tu n’as pas le droit de te servir du haut du corps, alors tu travailles le bas. Quelque part, finalement, tu te consolides. Tu bosses sur des zones que tu avais, peut-être, un peu négligées. »

La solitude pèse mais elle reste un paramètre que Barachet a, également, été capable d’apprivoiser. La preuve : dans la même année, saison 2012-2013, il est opéré de l’épaule et son club, l’Atletico Madrid, dépose le bilan.

Inapte à la pratique, il n’a plus de club. Il rentre à Nice, chez son père. « Je travaillais seul dans le jardin avec un élastique pour faire progresser mon épaule. Là, je n’étais plus dans une structure et, donc, entouré. Tu te rends compte que l’être humain a plein de solutions, qu’il peut s’en sortir seul s’il en a la volonté. »

« Je n’ai jamais cherché à m’économiser. »

A-t-il vraiment redouté, à l’époque, de ne pas retrouver de club ? La question l’a à peine interpellé. Question de philosophie. Explication.

« Tout ce qui m’était arrivé jusque-là restait tellement improbable et inattendu dans mon esprit. Lorsque je jouais au Cavigal, je n’avais jamais envisagé de faire une carrière professionnelle. Je crois que j’ai gardé le même point de vue, dix ans plus tard. Ce qui m’intéresse c’est de m’amuser, de prendre du plaisir avec les copains. Et puis, je n’ai jamais trop fait de plans de carrière. Les choses se sont présentées, j’ai eu beaucoup de chance.»

Cette manière de positiver n’exclut pas la lucidité avec laquelle il s’explique, en parti, la répétition de ses blessures. « J’ai commencé tôt à Chambéry. A 18 ans, je jouais une heure par match, attaque et défense. J’ai également un jeu qui va au contact. Quand tu t’exposes, inévitablement, le risque est plus grand. Mais, bon, je n’ai jamais cherché à m’économiser ou à calculer. »

Rêve-t-il alors, à 28 ans, d’être, enfin, épargné ?  Envisage-t-il de changer son jeu afin de se protéger ? Ne craint-il pas d’avoir perdu de son niveau. Il en rigole franchement. « Daniel Narcisse a, lui aussi, été opéré des deux genoux, le trouvez-vous handicapé ? Moi, quand je le vois sauter, j’hallucine plutôt. »

Xavier Barachet ne changera rien, trop heureux d’avoir découvert à Saint-Raphaël un cadre favorable à son retour au plus haut niveau après une année où il a fait banquette à Paris. Jouer reste son moteur.

« Ici, je retrouvais la pêche, le goût du jeu avant cette luxation du poignet lors du dernier match de préparation contre Nîmes. Cette blessure est tellement banale. Combien de fois je me suis retrouvé dans cette situation : une chute mais on sait toujours se rétablir. Là, c’est vraiment la poisse. J’attendais tellement de reprendre le cours normal d’une grande aventure. »

Ce sera l’année prochaine pour la deuxième partie de saison. Et, promis, juré, la blessure n’aura toujours pas eu raison de sa passion.

L.M.
Crédit photos S.Pillaud / LNH

LNH.fr
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