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Le fil vert de l'USAM

27
oct.
Les clubs inside
Plus que nulle part ailleurs, Nîmes entretient une relation particulière avec l’esprit et la tradition. C’est ce qui peut le rendre invincible et fait peur à tous les visiteurs du Parnasse.

D’où leur vient donc cette foi ? Où trouvent-ils la force ? Comment ces petits lutins verts, taillés pour le goujon plutôt que pour les travaux d’Hercule, font-ils pour renverser des montagnes ? Depuis plus de cinquante ans, ces questions restent sans réponse. Comme si l’USAM était une anomalie ou une exception de la nature. Sa légende, creusée à la pioche et à la sueur, sur la pente du Mont Duplan, perdure, interpelle.

Jérôme Chauvet -34e licence cette saison- joueur, entraîneur, aujourd’hui directeur du centre de formation, n’a jamais cessé de l’alimenter, porteur du message, garant d’une histoire qu’il ne manque jamais de rappeler à ses jeunes ouailles. Il a passé sa jeunesse au collège du Mont Duplan, là même où en 1960, les profs d’éducation physique ont crée le club. Il a grandi dans cette belle idée de la solidarité, quand, pour continuer à exister, il faut combattre et lutter.

La marque de fabrique de l’USAM. Avec cet aveu qui explique tout de l’essence même d’un jeu collectif, à sept, à onze ou à quinze. « Pourquoi cela a marché ? Parce que dans toutes ces équipes qui se sont succédé, chacun d’entre nous, faisant abstraction de la carte de visite, a accepté d’être un maillon de la chaîne. C’est important, essentiel, que chacun soit capable de s’astreindre et d’assumer un rôle, glorieux ou pas du tout, bien précis. »

Chauvet-Martini, guerre et paix

Les traces sont profondes et le temps impuissant à les effacer. Bruno Martini, aujourd’hui manager général de Paris, résume parfaitement le sentiment général quand il affirme qu’on « arrive jamais tranquillement à Nîmes. » Avec Jérôme Chauvet, il a écrit en 1993, l’une des pages les plus violentes du handball français, lors d’un OM Vitrolles-Nîmes en Championnat. Un derby du Sud forcément engagé, à une époque où tous les coups étaient permis, supervisé par des arbitres, généralement d’anciens joueurs, qui laissaient faire.

Le dérapage était inévitable quand après un début de bagarre, Martini s’en est pris directement à Chauvet. « J’ai cru, se souvient le Parisien, qu’il voulait agresser Richardson alors je l’ai attrapé et retourné. » Triple fracture du plancher orbital pour le Nîmois, six matches de suspension pour le Marseillais et une ombre qui a longtemps recouvert le Championnat de France. « J’étais complètement fada, reconnaît Martini. En fait, bien dans l’esprit nîmois… » Longtemps Jérôme Chauvet, nourri au sentiment légitime de la colère et de la haine, en a voulu à son collègue mais pas au point de refuser sa venue dans le Gard entre 2005 et 2007.

« Parce qu’il faut aussi avoir le courage de se regarder dans la glace. Comme Bruno, j’étais dur. Des coups j’en ai donné et j’ai peut-être fait pire que lui. Quand on se bat pour ses couleurs, son identité, on perd parfois la tête. Bruno était comme moi, il n’était, en réalité, que mon reflet. »

L’abcès crevé, les deux hommes ont fait cause commune et Bruno Martini avoue avoir vécu dans le Gard les deux plus belles années de sa carrière. Il y a découvert un autre monde, plus proche de sa sensibilité, plus en rapport avec ses convictions. « Ce qui m’a le plus marqué ? Les avant matches ! Enfin, plus précisément, le moment où les gars enfilaient le maillot vert. Il y avait là toute une génération de jeunes formés au club, les Basneville, Balmossière, Haon, Detrez, Vielzeuf. Une fois qu’ils étaient habillés de leurs couleurs, ce n’étaient plus les mêmes hommes. La transformation était impressionnante et j’en avais des frissons. »

Jérôme Chauvet, alors sur le banc de l'USAM lors de la saison 2014-2015

« A la fin de son speech, des larmes coulaient sur son visage… »

Les séquences émotions, justement, n’ont jamais manqué quand, notamment, Jérôme Chauvet prenait la parole une dizaine de minutes avant le début du match. « Le vestiaire était une cathédrale. Jérôme était tellement imprégné, habité… A la fin de son speech des larmes coulaient sur son visage. Là, tu savais que les mecs n’allaient pas tricher sur le terrain. A chaque fois au Parnasse, le rituel était le même, l’attention la même, l’émotion toujours aussi forte. Je n’ai connu ça nulle part ailleurs. »

Jérôme Chauvet a exploré tous les ressorts de cette mise en condition. Il en a conclu qu’elle était naturelle, tellement logique tant les Nîmois s’identifient à leur équipe. « J’ai connu Pablo Neruda, son étroit couloir avant le terrain, cette chaleur suffocante qui y régnait et cette explosion lorsque tu entrais sur le parquet. Puis, j’ai découvert le Parnasse, d’une contenance de 3800 places mais bondé jusqu’à 6000 personnes lors du match de Coupe d’Europe contre Zagreb. On avait réduit les espaces entre les tribunes et le terrain. Et ce public en transes… » Confirmé par Martini. « L’impact du club dans la ville est énorme. C’est plus fort qu’à Montpellier. Tout le monde se reconnaît dans ces valeurs de combat. » Comme une manière de sublimer le sport, de théâtraliser le spectacle. Ca, bien sûr, c’est aussi dans les gênes de Jérôme Chauvet.

« Ce que tu arrives à faire naître dans le vestiaire est unique et déterminant. Notre terreau, c’est ça, l’émotion, les vibrations, l’union. Amener les gens dans un état de transes, c’est comme ça aussi que tu t’élèves. Pour moi, c’était facile parce que j’avais été éduqué comme ça. Je ne faisais que transmettre ce que les Chagnard, Volle, Courbier m’avaient enseigné. »

Bruno Martini, en haut à gauche, lors de la saison 2006-2007

« L’école c’est l’affrontement d’homme à homme à l’entraînement. »

L’esprit, l’âme qui ont toujours porté l’USAM, l’ont aussi amené à surprendre, à séduire même ses adversaires. A obtenir, sans aucun doute, la reconnaissance et le respect. Comme lors de ce match de Coupe de France, alors en D2, contre le grand Montpellier de Karabatic. « On en a beaucoup parlé parce que j’avais eu des mots exagérés ce jour-là. J’avais dit aux joueurs : « si on doit perdre ce match, ce sera dans le sang. » Ce n’était qu’une image. N’empêche ce soir-là, les Montpelliérains n’ont jamais respiré. Pendant soixante minutes, ils ont eu en permanence un ou deux Nîmois sur le dos dès qu’ils avaient le ballon en main. » L’esprit perdure aujourd’hui mais sous une forme différente quand la mobilité appelle les groupes à se désunir rapidement, quand le niveau de jeu, aussi, réduit considérablement les effets d’une bonne préparation mentale. Jérôme Chauvet le sait mais il a conscience, encore, que ses dirigeants ont choisi la bonne voie.

« L’esprit se diffuse différemment mais le fil vert est palpable. Un club doit être en phase avec l’évolution de nos sociétés. Les effectifs se transforment et on se trouve obligés de changer nos orientations. Dans le recrutement, on prête énormément attention à la valeur de l’homme. En fait, on fait venir des usamistes. » 

Il reste une politique sur laquelle Jérôme Chauvet porte un œil très attentif. Sur les neuf stagiaires du centre de formation, six sont issus de Nîmes et ses environs et le club garde toujours l’ambition d’alimenter l’équipe professionnelle à hauteur de 50% de ses effectifs. Il reste, oui, cette école de vie qui repose sur une stratégie à laquelle on ne déroge pas.

« L’école c’est l’affrontement d’homme à homme à l’entraînement. Cette notion du duel que l’on inculque et qui fait des guerriers. » Un état d’esprit qui confère aux prochaines retrouvailles entre Nîmes et Paris un parfum exaltant. « Je sais ce qui attend mes joueurs, affirme Martini. L’an dernier on était mené de neuf buts à 25 minutes de la fin du match. On a réussi l’exploit en s’imposant. Mais on ne fait pas deux fois le coup aux Nîmois. »

Sûr, en tous cas, jusqu’au Mont Duplan, ce match-là va encore faire du bruit.

L.M.

LNH.fr
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