close


Ding, Dang… ONG !

03
nov.
Laurent Moisset raconte
Derrière les stars, la Ligue danse aussi avec ses jeunes. Fidèles à leurs couleurs, ils ne rêvent pas d’ailleurs. Matthieu Ong, à Aix, est l’un d’entre eux.

Faudrait-il donc, à l’heure où la mobilité devient un art de vivre, se délocaliser ou s’expatrier pour devenir quelqu’un et réussir sa vie ? Plus qu’ailleurs encore, la question se pose dans le monde du sport où la valeur du contrat devient secondaire. Un peu moins peut-être dans le handball où la formation, point d’appui des politiques de club, garde un sens et offre, par la volonté de ses dirigeants,  à ses jeunes une place et un destin dans la structure. On n’y pense pas suffisamment au moment d’expliquer le rayonnement dont jouit la Lidl Starligue en Europe, un championnat souvent cité en exemple pour sa qualité.

On n’y croit pas plus quand il s’agit d’identifier la valeur humaine d’un groupe, rafraîchi par la volonté, l’enthousiasme et les savoir-faire de tous ces jeunes, tenus en général à l’ombre mais acteurs déterminants de la vie quotidienne. Les exemples sont nombreux à Chambéry, Montpellier, Nîmes, Ivry, Dunkerque ou encore Massy. À Aix-en-Provence, Matthieu Ong tient ce rôle, vingt ans après avoir arpenté pour la première fois le célèbre cour Mirabeau. « J’ai grandi en même temps que le club. » Une fierté évidemment pour le gamin de 25 ans qui n’a rien oublié de ses pas initiaux à Louison Bobet pendant ses classes.

« L’endroit servait pour garer les bus de la ville et il n’y avait qu’une tribune. Il y faisait tellement frais l’hiver qu’on s’y entraînait en doudoune. » Malgré son jeune âge, Matthieu est déjà la mémoire du club. Louison Bobet, le Val de l’Arc et maintenant l’Arena. Une évolution XXL dont il a suivi toutes les étapes. Au pôle espoirs à Istres avec Eric Quintin, au club avec le frangin, Yann ses deux premiers entraîneurs. L’histoire d’une passion sans limite pour le jeu et le sport. Hyperactif, pratiquant au judo et au tennis, pas une journée n’a passé depuis sa tendre enfance sans qu’il ne foule un tatami, un court ou un parquet. « Je n’ai jamais eu d’autre prétention, souligne-t-il toujours aujourd’hui, que de m’amuser et de jouer. »

Pas du genre à s’inventer de folles cavalcades sur les chemins de la gloire

Gamin de son temps, se refusant à voir plus loin que le lendemain, à s’inventer une carrière et de folles cavalcades sur les chemins de la gloire. Matthieu Ong a longtemps transpiré pendant les heures supplémentaires qu’il s’infligeait pour essayer d’être au niveau. Vaincre son physique pour forger, à grands coups de musculation, un corps peu prédisposé au combat et l’exigence du plus haut niveau. Convaincre de son utilité lors d’interminables séances de tirs de pénalties au bout de l’entraînement. « Je me suis toujours dit qu’il fallait pousser pour connaître ses limites. Cela ne m’a pas dérangé car si j’ai une qualité c’est bien celle d’avoir le cœur à l’ouvrage. »

Tous les efforts n’arrivent pas à chasser le doute quand sur la route de l’apprentissage se dressent, inévitablement, d’insoupçonnables obstacles. Parti à 18 ans au centre de formation de Nantes afin d’y parfaire son éducation handballistique il en reviendra muni d’un BTS de management. Pas de l’engagement espéré. Heureusement Aix monte en puissance et le récupère mais le cantonne, très vite, dans le rôle du tireur de pénalty au temps de jeu famélique. Une frustration ? Même pas…

« Quand on connaît sa fonction dans l’équipe, tout est plus clair. En tous cas, j’ai assumé sans me prendre la tête. J’étais tout de même un maillon de la chaîne. » Solide malgré les coups de moins bien et la honte qui colle à ses basques lors de son premier match en pro contre… Nantes. « Ma première titularisation parce que nos deux ailiers étaient blessés. J’ai été nul, en dessous de tout. Le pire souvenir de ma carrière et la plus grosse fessée reçue par le club avec un débours de dix-sept buts au coup de sifflet final. »

De gauche à droite, Matthieu en 2013, en 2017 et en 2010

De l’enfer à l’épanouissement

Sentiments mêlés quand la honte atteint l’orgueil, quand le constat pourrait amener au renoncement. L’apprentissage est un long périple. Il n’en est qu’au début lorsque débarque Noka Serdarusic il y a quatre ans. Le coach est un dur, à la méthode ferme. Intransigeant, intraitable. « Il m’a demandé de ne plus faire ce que je savais faire. A 22 ans, je ne comprenais pas qu’il fallait tout réapprendre. C’était tout simplement repartir de zéro. » L’épisode est douloureux puisqu’ il perd tous ses repères et qu’il ne joue plus. « C’était l’enfer et je n’avais pas le choix. Il m’a fallu beaucoup de temps pour digérer. Surtout, je n’avais plus aucune confiance en moi. »

Le gamin est fort. Positif surtout lorsqu’il entrevoit dans la douloureuse expérience les prémices d’une naissance. Il défend mieux, se montre plus efficace sur son aile gauche. « Peut-être fallait-il que je passe par là. J’ai ramassé mais c’était probablement pour mon bien. » Lorsque Jérôme Fernandez décide de lui faire confiance  la saison dernière, il ne lui reste plus qu’une marche à gravir. Probablement la plus difficile parce qu’elle lui rappelle qu’étant le fils de l’agent le plus influent du handball français, Bakhti Ong, il a pu profiter de certains passe droits. « Je me suis fait découper sur les réseaux sociaux. Cela m’a révolté mais c’est vite passé. J’ai mesuré combien j’avais bossé dur pour y arriver. J’ai compris que j’avais des mérites tout de même dans ce cheminement. »

Le jeune adulte a déjà tout oublié. Promu vice capitaine dans son club de cœur, il continue sur une route désormais étoilée. « Jérôme Fernandez te laisse créer sur un terrain. Il t’offre la liberté, comme une ouverture sur ton épanouissement. Je vais bien voir où tout cela va nous mener. »

Preuve que les temps ont changé Matthieu Ong n’est plus le premier tireur de pénalties dans son équipe et il partage le temps de jeu avec l’International slovène Darko Cingesar. Joueur à part entière…

L.M
Crédits photos Sylvain Sauvage / Stéphane Pillaud / LNH

À lire aussi...
LNH.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques, commerciaux et de partage via les boutons de réseaux sociaux.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies