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Ô Toulouse

12
nov.
Laurent Moisset raconte
Invité surprise à la table des grands, le Fénix rappelle, aujourd’hui, combien l’aventure humaine compte dans la réussite.

Calme ta joie. Le slogan est à la mode ces temps derniers à Toulouse.

La situation, pourtant, inciterait à l’euphorie un club dont le meilleur classement final dans son histoire est une cinquième place et qui parade, aujourd’hui, en quatrième position après 6 victoires en 8 matches. La perspective d’un improbable sommet jeudi face à Nîmes (2e du classement) pourrait même l’amener, en cas de nouvelle victoire, sur un plus haut sommet. Calme ta joie, c’est, en tous cas, le parti pris par Philippe Gardent, manager-entraîneur, toujours très pragmatique face aux situations extrêmes. « Tout va rentrer dans l’ordre quand les gros du Championnat auront retrouvé leur rythme. »

L’incident est clos. Comme si l’avantageuse position n’avait été ni voulue, ni même convoitée. Comme si, surtout, elle ne répondait pas au véritable statut du club haut-garonnais, habituellement parqué à l’ombre d’une Lidl Starligue illuminée par les fulgurances de Paris, Nantes ou Montpellier. Philippe Gardent, habitué aux honneurs depuis le début de sa carrière en 1996 à Chambéry, pourrait évidemment profiter de l’aubaine pour (re)montrer ses pectoraux et regonfler un moral probablement altéré par une aventure parisienne (entre 2012 et 2015) terminée en eau de boudin. Quelques mots ressurgissent seulement - « Il m’a juste manqué un peu temps  là-bas»- d’autres, plus forts disent tout de ses convictions nouvelles, de l’évolution, surtout, d’une pensée qui le ramène sur le vrai terrain de l’aventure et des valeurs.

« Ce début de compétition met d’abord en lumière les hommes. Tous ceux qui m’entourent, président, joueurs, staff sportif et administratif. Ce résultat qui n’est d’ailleurs que ponctuel démontre combien l’investissement des uns et des autres apporte au projet. » C’est, évidemment, un rappel aux fondamentaux pour tous ceux qui imaginent qu’un club est une entreprise en des temps où l’excessive ambition sportive et le pouvoir financier tendent à jeter dans l’oubli l’aventure humaine. Elle reste la clé d’une réussite, la base du bien vivre dans une structure sportive dont Philippe Gardent mesure d’ailleurs tous les effets depuis son arrivée dans la ville rose.

L’homme a changé depuis Paris où il lui avait fallu affronter l’impatience de ses fortunés patrons, les égos d’une armée de stars. Une expérience, bien sûr, quand le résultat n’est plus que le simple indicateur de sa propre compétence. A Toulouse où il porte la double casquette d’entraîneur-manager général -comme Patrice Canayer à Montpellier- il apprécie le retour à la normale. Structurer, bâtir, organiser, dynamiser, la palette est large, la tâche considérable mais ce rôle de chef de chantier répond au caractère du personnage.

« Souvent l’entraîneur se bat contre le manager »

« Avec le temps, avec l’âge, défend-il, la vision est différente. Probablement  discerne-t-on mieux la réalité, les nécessités et les besoins. Humainement, également, on a une autre approche. La reconnaissance n’est plus un but en soi. A Toulouse, je ne travaille pas seul. J’ai autour de moi des équipes formidables. Alors, je n’hésite pas à déléguer, à laisser de la liberté, à faire confiance. C’est dans l’échange, aussi, que l’on va trouver des solutions. »

Ce qui ne l’empêche pas de découvrir de nouvelles difficultés, d’affronter des problématiques qu’il ne soupçonnait pas lorsqu’il n’était qu’un entraîneur en chef. « Il y a plein de petites choses. L’entraîneur voudrait plus de moyens, de joueurs mais le manager qui connait bien la situation du club doit parfois s’y opposer. Souvent, alors, l’entraîneur se bat contre manager. Quand tu perds un partenaire, tu te grattes la tête parce que tout ton édifice est en danger. C’est une gymnastique difficile mais intéressante. Il faut, alors, compartimenter tous les domaines. Mais c’est tellement passionnant. »

« La formation ne vas pas aussi vite que le dépouillage »

Il faut, surtout, s’adapter dans un environnement où le rugby est roi, le football historiquement placé. Comprendre, alors, que le Fénix n’est pas là pour rivaliser mais s’installer comme le premier sport de salle. Se servir, peut-être, de la réussite actuelle pour mieux exposer le travail entrepris, la sagesse d’une direction capable de s’adapter aux changements de climat. « La formation, répète Gardent, ne vas pas aussi vite que le dépouillage. On a perdu nos meilleurs joueurs ces dernières saisons et, afin de réussir la transition, on s’est davantage tourné vers l’étranger. On a pris des risques sur des choix avec des moyens limités. On fait avec ce que l’on a. » Avec la satisfaction, surtout, d’avoir maintenu un état d’esprit, une volonté, une solidarité qui expliquent, sans le moindre doute, le début de championnat tonitruant.

« On s’appuie sur des joueurs qui bossent, écoutent, respectent les plans de jeu et qui vivent vraiment bien ensemble. C’est notre socle aujourd’hui. » Celui qu’a voulu Philippe Gardent, engagé jusqu’en juin 2021 dans l’aventure aux côtés de Philippe Dallard, son président, le seul à être propriétaire de son club. Un projet à dimension humaine dont le seul but, à terme, est d’ancrer solidement le Fénix dans le paysage toulousain. Tout simplement d’écrire une belle page d’histoire.

L.M.

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