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Merci, Monsieur le Professeur

29
nov.
Laurent Moisset raconte
François-Xavier Chapon mettra fin à sa carrière en juin prochain après dix-sept années passées à Ivry. Exemple de fidélité, il incarne une valeur forte du sport collectif.

Partir pour gagner plus, voir du pays, nourrir de plus grandes ambitions, le cursus est bien connu. Partir pour devenir quelqu’un, le modèle se répand à l’infini dans le sport de haut niveau. Comme si l’ambition et l’accomplissement de soi devaient, inexorablement, s’accompagner du changement. Un leurre, évidemment, quand tant d’exemples viennent contredire la (supposée) vérité du moment. François-Xavier Chapon n’a jamais vraiment prêté attention à ce discours. Il a choisi une vie plutôt qu’un plan de carrière.

Dans la famille Chapon, le père et le fils…

Tout là-bas à Saint-Lô dans la Manche, dont il est originaire, il ne se voyait pas, bâton de pèlerin à la main, sillonner la France des gymnases chaque week-end. Il n’envisageait pas davantage  monter sur un podium ou encore susciter quelques cris hystériques quand il réussissait une parade. Non, non… Disons que son bâton de Maréchal, il l’a décroché à l’aube des années 2000 en N3 lorsqu’il a partagé la cage avec son père, Thierry, toute une saison.

Le père et le fils ensemble sur le terrain, une histoire rare comme un symbole d’un parcours rectiligne, façonné autour de l’amour et de l’amitié. « Il y a ce souvenir, effectivement, et l’émotion qu’il continue d’entretenir. Il y a aussi tous ces rendez-vous du dimanche soir dans le train entre Saint-Lô et Evreux pour me rendre au sport-études, ces arrêts à Carentan, Caen, Lisieux et mes potes qui, petit à petit, montaient. Oui, c’était un peu à l’ancienne mais c’était le sport. »

Dans son monde intérieur, FX s’est toujours nourri de ces sentiments pour faire battre son cœur et sa passion. Mais étaient-ils aussi clairs quand on lui proposa, à 15 ans, de venir se poster dans le but alors qu’il évoluait comme demi-centre ou arrière ? A l’époque, la Fédération française avait orienté sa détection sur des joueurs grands et le Normand avait le profil du haut de son 1,93m. « Oh, ça m’a amusé. C’est vrai qu’à cette époque, les clubs français avaient surtout des étrangers titulaires dans les buts et ils cherchaient la parade. Je me suis dit pourquoi pas, on verra bien. » C’est tout François-Xavier Chapon.

Timide, discret, dans son monde toujours où on ne s’encombre pas de mauvaises pensées. C’est logiquement, alors, qu’il quitte Cesson pour le centre de formation d’Ivry. « Ayant commencé tard dans les buts, je n’étais pas très perfectionné. Il fallait bosser, apprendre, se familiariser. Ivry c’était une vraie chance pour moi qui n’avais jamais envisagé de faire une carrière.» Et puis, il retrouvait, surtout, un cadre de fraternité et de convivialité indispensables à son bien vivre. « Quand on est Champions de France en 2007, on forme une bande pote avec tous ces mecs passés par le centre et qui réalisent ensemble un rêve incroyable. »

L’équilibre d’un club se retrouve dans la sagesse de ses cadres

Voilà la raison pour laquelle, aussi, il ne s’est jamais emballé. Fataliste toujours quand on évoque avec lui, ces dix-sept années passées sans bouger, sans des démangeaisons d’ailleurs. « Encore, avoue-t-il plein d’autodérision, aurait-il fallu que j’en ai l’opportunité. » Comme si on ne l’avait pas regardé, jugé sur sa juste valeur. Probablement parce qu’il n’a pas élevé le ton, parce qu’il savait ce qu’il avait trouvé à Ivry. « La confiance », résume-t-il. « L’épanouissement, ajoute Pascal Léandri, son partenaire, son entraîneur puis son directeur aujourd’hui. F-X, il n’a jamais été facile de lui mettre des pénos à la fin de nos séances. En fait, il a toujours été bon, intelligent. Il connaît tout le monde dans le Championnat. Il a tout mémorisé. »

La carrière n’appelle pas souvent à la reconnaissance et à la notoriété. Elle ne soigne pas forcément l’égo mais la sienne a répondu à toutes ses aspirations. N’y a-t-il pas une certaine fierté à rester fidèle ? « De toute façon, je n’ai jamais aimé déménager. » N’y a-t-il pas davantage de saveur quand, bon an, mal an, l’équilibre d’un club se retrouve dans la sagesse de ses cadres ? « Il reste pas mal d’exemples de joueurs qui, dans la difficulté, ont toujours voulu tirer leur équipe dans le bon sens. Je ne suis pas un cas à part. Benjamin Gille à Chambéry, Rémi Calvel à Toulouse, Bastien Lamon et Mickaël Grocaut à Dunkerque et j’en oublie. On a pu le faire parce que nos clubs ont compté sur nous. »

Capitaine depuis sept ans maintenant, François-Xavier Chapon est allé bien au-delà de son cap d’espérance. Joueur d’un seul club, l’homme a porté un regard décalé sur un milieu où l’enjeu financier, souvent, prend le pas sur l’intérêt général et collectif. Son parcours aurait pu lui valoir une reconversion. Par défi, il a choisi une autre voie quand il a suivi une formation de professeur des écoles. Joueur toujours… « Mohamed Mokrani avait passé le diplôme alors j’ai voulu quelques temps après lui montrer que moi aussi j’en étais capable. »

Cette nouvelle vie dans l’enseignement l’attend à la rentrée prochaine après dix ans de disponibilité. Il n’a pas d’états d’âme. « Je m’amuse toujours autant dans mes buts, sourit-il, mais, bon, je n’ai pas envie de faire l’année de trop. D’autres mômes m’attendent… »

Sa deuxième vie à laquelle il a déjà juré fidélité…

L.M.
Crédit Photos S.pillaud / LNH​​​​​​​

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