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Saran, la tête bien faite

05
déc.
Laurent Moisset raconte
En très peu de temps, le club du Loiret a dû s’adapter aux règles du professionnalisme. Il y parvient sans, pour autant, renier ses valeurs.

Duarte Da Costa, le président, a dirigé Fabien Courtial, l’entraîneur et ce n’est, évidemment, pas courant. A l’époque le club de la banlieue d’Orléans naviguait entre la N3 et la N1 et son profil autorisait toutes sortes de filiations.

La preuve quand le premier a passé la main en 2010, c’est naturellement le second qui a repris le rôle.L’un comme l’autre ont porté le maillot, Duarte Da Costa, le premier, lorsqu’il est arrivé en 1994 à Saran en tant qu’éducateur. Joueur longtemps puis, fatalement, entraîneur avec la particularité d’avoir dirigé toutes les équipes du club, des tout petits jusqu’à la première. C’est dire s’il s’est pris au jeu. Au point que la balle a rebondi pour le propulser jusqu’aux plus hautes responsabilités lorsque son président et ami, Nicolas Goujon, décida de se retirer en juin 2013.

Les statuts changent mais les hommes ne passent pas à Saran puisque l’un, dans l’opérationnel, l’autre, dans le décisionnaire, continuent de faire grandir leur club. « J’ai joué avec Nicolas et la condition pour reprendre était qu’il reste à mes côtés. » Les amitiés perdurent dans la petite ville du Loiret (15000 habitants). Elles sont le ciment d’une réussite réellement exceptionnelle « parce qu’on pensait bien atteindre le haut niveau du handball mais jamais l’élite ».

Le succès a, surtout, obligé les instigateurs à évoluer, à se démultiplier dans un monde désormais professionnel. « Cela a pris une ampleur qui a même pu nous dépasser. » Depuis l’accession en Proligue il y a trois ans, le budget, chaque année, a pratiquement été multiplié par deux. De six salariés on est passé à vingt et quand on sait que le budget de l’entité ne profite que de 23% d’aides publiques, on mesure mieux les trésors d’imagination qu’il a fallu déployer pour trouver l’équilibre.

Avec le Bill Gates du lait…

Ce n’est pas pour rien que l’on évoque une histoire de famille quand 220 entrepreneurs de la région se sont investis pour créer « Cash », le club affaires. A sa tête, on retrouve Emmanuel Vasseneix, le Bill Gates du lait, originaire d’Orléans, personnage influent et, d’une certaine manière, cheville ouvrière du club.

« C’est un vrai club business, souligne le président, ultra dynamique. Son action explique l’engouement qui nous entoure. »  Voilà comment malgré la concurrence du basket et du football, Saran a été capable de se différencier. « La qualité de l’accueil, la joie d’être ensemble, main dans la main, ça compte tellement dans le sport. »

Malgré un modèle exemplaire, les dirigeants n’ont pas réglé toutes les problématiques. Sportivement, Saran s’est sauvé lors de la dernière journée la saison dernière et l’exercice en cours va encore habiter quelques nuits blanches chez les décideurs. La stabilité est une course sans fin quand il s’agit d’anticiper les événements.

Une course usante qui n’épargne pas Duarte Da Costa. « On rentre dans une gestion d’entreprise et, parfois, on subit les événements. Depuis quatre ans, on a la tête dans le guidon et on a, peut-être, pas toujours su relancer la machine. »

Bâtir, structurer, un labeur, là aussi, sans fin quand les moyens ne sont pas extensibles, quand l’exigence du plus haut niveau demande d’investir encore et encore alors que le club génère déjà 1,3 millions d’euros de partenariat privé. « On réfléchit à passer en société afin de déployer de nouveaux capitaux à travers des actionnaires. »

Mais entrer dans une nouvelle ère sans renier ses principes, ses valeurs et rester à dimension humaine reste un défi compliqué. Jusque-là l’alchimie s’est faite autour de cinq personnes mais pourra-t-elle produire les mêmes effets dans un nouveau cadre ?

S’accordera-t-elle d’une nouvelle mentalité quand le président tient plus que jamais à une certaine éthique. Et il le répète souvent. « Mon premier métier, celui d’éducateur ne m’a jamais quitté. Je l’aime toujours autant aujourd’hui et je sais qu’une fois arrivé à la retraite, je reprendrai une équipe de jeunes. L’éducation à travers le sport, les valeurs véhiculées comme le respect notamment, sont indispensables. Je reste très vigilant aujourd’hui autour de ce thème. »

« ...l’édification d’une nouvelle salle de 8000 places en 2020 où il pourra se délocaliser... »

Saran, pour résumer, est un club à la tête bien faite. Et si la perspective d’un rapprochement avec la Métropole, l’édification d’une nouvelle salle de 8000 places en 2020 où il pourra se délocaliser donne du sens à un projet de développement, pas question de couper, définitivement, le cordon avec la salle-mère du Bois Joly. « Avec nos 1400 places, la jauge est suffisante dans une région où le basket et le football drainent du monde. »  Duarte Da Costa a les pieds sur terre, le sens de la mesure et des réalités.

« Rien ne détruira les liens d’amitié et de confiance que l’on a tissé dans ce club ces dernières années. C’est le socle, en tous cas, pour conserver une place et un rôle dans le handball. »

C’est, surtout, un atout…

L.M

Crédit photos Fabien Thouvenin

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