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FINAL4 | Istres, le souvenir américain

09
mars
Laurent Moisset raconte
Héros de Miami en 2009, le leader de la Proligue n’a rien oublié d’une épopée magnifique. L’invité surprise à Metz pourrait-il encore étonner ?

Dans le salon de la maison qu’il possède à Nîmes, le billet d’avion taille XXL collé au mur est un trophée qui n’échappe pas au regard. Comme un rappel de l’histoire, d’une aventure qui le prend encore aux tripes près de dix ans plus tard. En 2009, Christophe Mazel était l’entraîneur d’Istres et futur grand maître d’une cérémonie américaine  qui voyait le handball français et sa Coupe de la Ligue se transporter outre-Atlantique à Miami dans la célèbre salle du Heat, l’American Airlines Arena. Oui, Christophe Mazel se souvient… « On s’était qualifié à Cannes face à Toulouse et on avait des étoiles plein les yeux. Aller aux Etats-Unis avec Paris, Montpellier et Chambéry était un rêve. Je crois que ce jour-là, à l’issue des quarts de finale toutes les équipes étaient sur un nuage. J’ai été l’un des derniers à quitter le théâtre et notre vestiaire. Il y avait ce billet cartonné géant qui traînait et que chaque équipe participante s’était vu remettre. Je l’ai ramassé. Depuis il est dans mon salon… »

Il a fatalement gardé des images beaucoup plus fortes une fois sur place. De ce jeu dans la grandiose arène US qui a fait tourner la tête de ses minots et de ses adversaires. De cet incroyable scénario devenu un classique dans la filmographie du handball français. Paris essoré en demi-finale, Montpellier déplumé en finale. Le petit qui gagne mais en grande équipe. L’Europe au bout du premier combat, invitée surprise dans l’histoire du club provençal. Un titre, l’unique, au terme de la compétition qui fait dire, plein de dérision, au maître tacticien. « Je n’ai joué qu’une finale dans ma carrière d’entraîneur et je l’ai gagnée. »

Bastien Cimondo et Sassi Boultif (aujourd'hui à Tremblay) faisaient partis de l'effectif Istréen en 2009

Une histoire de vie

Cette histoire a une vie qui ne s’est toujours pas éteinte avec le temps. Sûrement parce qu’elle a du sens dans un monde où l’accélérateur de performance est activé par le montant des investissements, où la part de mystère et d’incertitude chassée par l’implacable réalité des budgets. Istres a détourné la loi en s’alignant sur les principes mêmes du sport collectif qui font appel aux vertus de courage et de solidarité. Ce supplément d’âme incarné par Bastien Cismondo, sur une jambe et un seul genou et Mickaël Keller, pommette fracturée après la demi-finale contre Paris, reste le point d’appui de l’exploit réalisé par Istres. Cette capacité à accepter les accidents de parcours, les impondérables sans jamais refuser l’obstacle.

« Après notre victoire en demi, rappelle Mazel, tous les signaux appelaient à la célébration. On était européen pour la première fois. On était à Miami dans un cadre de rêve. Il n’y avait plus qu’à profiter. On s’est posé sur une terrasse, on a pris une bière. Et puis, les gars se sont levés à mon grand étonnement. Et direction l’hôtel. Ce moment, pour un entraîneur, est unique. Leur démarche était naturelle. Comme s’il fallait trouver encore quelque chose pour bien jouer cette finale contre l’ogre, Montpellier. Là, j’ai compris qu’ils voulaient la gagner et, surtout, qu’ils en étaient capables.»

Nul besoin d’agir sur le levier de la motivation, les joueurs déjà s’étaient emparés de l’événement. D’ailleurs, Christophe Mazel, dans sa courte allocution d’avant-match, suivra le fil des convictions de ses joueurs. « Daniel Costantini, notre maître à tous, avait souvent dit lors des premiers succès de l’équipe de France qu’une finale ne se jouait pas mais se gagnait. J’ai pris le truc à l’envers en leur disant que pour la gagner il fallait la jouer. »

Toujours vivant, toujours debout

Malgré le manque d’essence et une carrosserie bien abîmée, Mazel fait le choix d’une 3-2-1 pourtant très exigeante physiquement. Comme un suicide consenti… « Je me souviens, dit Louis Moralès, président à l’époque, qu’on a mené dès le début de la rencontre. J’étais aux côtés de l’adjoint aux sports de la ville d’Istres et je lui ai dit : « Au moins on aura mené deux minutes dans ce match. » Mais Istres maintient sa pression, Jordan François Marie, prêté par Montpellier traverse un jour de lumière et Vincent Gérard, recalé quelques mois plus tôt en Hérault, affole les statistiques avec vingt-cinq arrêts. « Plus on avançait dans la partie, reprend Moralès, plus je me pinçais. » Plus il pensait à ce pari et à cette déambulation en string promise en cas de victoire de ses joueurs. « Son pari semblait fou, ajoute Mazel mais je crois qu’au fond de lui il l’estimait tout à fait réalisable. »

« C’est un peu vrai, sourit le dirigeant. On avait de très bons joueurs de ballon, un groupe soudé mais quand même… » Quand même oui, une victoire 22-20, un trophée qui trône au club et une légende qui perdure. Revenu au club dans un rôle de vice-président aux côtés d’Alain Felzen, Louis Moralès ne cache pas qu’aujourd’hui encore la trace n’est toujours pas effacée. « C’est un sujet qui revient régulièrement. Incontestablement un événement marquant, toujours présent dans les mémoires mais également et régulièrement dans les conversations. »

Un sujet, envahissant, qui remonte quand Istres revient neuf ans plus tard auFinal4 avec la même étiquette, ces mêmes vertus de combativité qui l’ont vu battre trois clubs de l’élite, Chambéry, Nîmes et Aix avant de retrouver Toulouse. Toujours vivant, toujours debout alors que des difficultés financières ont, un temps, menacé sa raison d’être. Premier club de Proligue dont il est le leader à atteindre le dernier carré de la Coupe de la Ligue by Lidl mais surtout pas le dernier à vouloir écrire l’histoire. Louis Moralès ira-t-il pour autant jusqu’à engager un nouveau pari insensé ?

L.M
Crédit Photo S.Pillaud/Sportissimo

Le Final4 aura lieu à Metz les 17 & 18 mars 2018
LNH.fr
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