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Les 3 vies d'Arnaud Siffert

13 avril
Laurent Moisset raconte
Il présente la particularité d’avoir porté le maillot des trois clubs encore qualifiés en Ligue des Champions et partagé la cage avec les trois derniers gardiens de l’équipe de France. Découverte…

Le gamin de Saint-Michel-sur-Orge, en Essonne, garde toujours les yeux rivés sur son poste de télévision. Il y a 26 ans maintenant, alors qu’il n’en affichait que 13, et le moment reste figé sur la folle sarabande des « Barjots », celle qui continue de faire danser sa passion. « C’est en les voyant jouer à Barcelone, pendant les Jeux Olympiques, que je me suis dit : « Je veux faire comme eux ». Le temps a étiré sa carrière tout en exauçant son vœu le plus cher. La saison prochaine sera sa 20e dans un club de l’élite, à Nantes où il vient de prolonger, et sa dernière mais ce compte rond n’est, surtout, pas sa principale fierté. « En vieillissant, sourit-il, on se retourne toujours un peu vers le passé  et je me dis que j’ai, surtout, été un contemporain de la grande aventure du handball français. Je me souviens qu’on n’était pas grand-chose au début, que notre Championnat vivotait dans l’anonymat et quand on voit, aujourd’hui, ce qu’il est devenu… »

Arnaud Siffert, désormais l’un des doyens de la Lidl Starligue et qui fêtera ses quarante ans en fin d’année, en a été un acteur fidèle et fiable quand on constate, par exemple, qu’il a porté les couleurs des trois clubs français qui s’apprêtent, en un moment historique, à disputer les quarts de finale de la Ligue des Champions. Tout avait commencé à Paris…

« A Paris, on formait la paire la plus jeune avec Stéphane Clemençon ! »

« C’est Gérard Picard, emblématique dirigeant à Paris, qui m’avait découvert à Massy et fait venir. C’était en 2000, à l’époque du PSG avec Canal et Charles Biétry. Je ne sortais pas d’une filière classique. Pas de pôle, pas de centre de formation mais à Massy où j’ai disputé mon premier match en D1 en 1997, je m’entraînais tous les jours tout en poursuivant mes études STAPS. Le hand, j’avais ça dans la peau mais je n’ai jamais été sûr d’y poursuivre une carrière. Je me souviens avoir, de moi-même, envoyé une lettre de motivation et un C.V à chaque club de D1, sauf à Montpellier et Chambéry, par humilité, qui, alors, étaient les cadors de l’élite. J’avais peur qu’on ne me connaisse pas et ma démarche était peut-être un moyen de faire savoir qui j’étais.

Mais Gérard Picard, à qui rien n’échappait dans la banlieue parisienne, m’avait repéré. A mes débuts et à mon grand étonnement d’ailleurs, je partageais le but avec Stéphane Clémençon. On avait 21 et 22 ans et on formait la paire la plus jeune du Championnat. Au PSG, tu te rends compte ! Le club n’est plus le même aujourd’hui. Il ne reste que Bruno Martini, mon premier mentor quand il arrive en 2004. Je l’ai beaucoup regardé, il m’a beaucoup aidé et fait progresser. Sa présence, c’était juste parfait pour un jeune qui souhaitait grandir. A Paris, j’ai vu débuter Nicolas Claire qui mène désormais le jeu à Nantes, travaillé aussi avec Thierry Anti qui avait essayé, auparavant, de me faire venir à Créteil. Avec Thierry c’est une longue histoire… »

« A Nantes, tout est allé si vite… »

« Je le retrouve à Nantes, après cinq années magnifiques à Dunkerque. Avec Thierry on a toujours eu une relation comme un père avec son fils. On se fait confiance mais nos caractères nous amènent aussi à de sérieuses confrontations. On râle, on gueule, on se dit les choses, ça fait des étincelles mais ça fonctionne. Mon premier passage, entre 2011 et 2013, ne se termine pas bien. En janvier 2013, j’apprends que le club engage Gorazd Skof et que je dois partir. Avec Marouène Maggaiez on n’a pas été très bons mais le gardien tunisien se blesse et je fais seul la deuxième partie de saison. Peut-être la meilleure de ma carrière et on va même jusqu’en finale de la Coupe EHF.

Quand je pars, dans un coin de ma tête je me dis que cela ne peut pas se finir comme ça. Je reviens trois ans plus tard et ça n’est plus le même club. A ses débuts le « H » avait copié Montpellier. Là, il a trouvé son propre fonctionnement. Quand je vois le nombre de bénévoles, que l’on est déjà à guichets fermés pour Tremblay et Massy en fin de saison, je mesure la dimension prise par le club. Après chaque match, je rencontre des gens venus pour la première fois. Ils sont emballés par notre état d’esprit, la proximité, la qualité du spectacle. Le monde appelle le monde. Et je me dis que lorsque l’on va retrouver le Palais des Sports de Beaulieu en septembre prochain avec plus de 6000 places on sera encore trop juste. A Nantes tout est allé si vite… »

« A Montpellier, le club est insubmersible. »

« J’arrive à Montpellier pour remplacer Mickaël Robin qui s’est blessé. Mon intérim doit durer trois mois. Je suis, bien entendu, sur la pointe des pieds, d’autant que l’affaire des paris a fait des dégâts. Mais ce club est incroyable avec un capitaine droit dans ses bottes, dur et qui ne fait pas dans le sentimental. Son équipe est chamboulée mais on travaille comme des chiens et ça fonctionne toujours.  Ce club est insubmersible.

Signe du destin, Thierry Omeyer se blesse et je suis investi de nouvelles responsabilités. Je vais rester trois saisons à Montpellier avec Thierry puis après avec Vincent Gérard. Entre gardiens les relations sont toujours bonnes. C’est un monde à part mais qui se concerte. Je me dis que j’ai eu de la chance parce qu’en vérité j’ai joué avec les quatre derniers gardiens de l’équipe de France, Bruno Martini, Thierry Omeyer, Vincent Gérard et, aujourd’hui, Cyril Dumoulin. Tout cela en vingt ans. Ca n’était pas imaginable au départ puisque j’ai, également, joué, chaque saison, une Coupe d’Europe. La Ligue des Champions avec Paris, Montpellier, Nantes. Et je me dis que ce n’est pas fini, que cette année sera  peut-être historique. C’est un rêve pour l’instant mais j’ai déjà eu tellement de chance… »

LNH
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