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Ibou suspend son vol

03 janv.
Laurent Moisset raconte
Serviteur du jeu, bienfaiteur des jeunes, Ibrahima Diaw quitte la scène en seigneur. Comme les figures d’exception, il va beaucoup manquer.

La qualité d’un champion ne se mesure pas seulement à sa force physique, la nature de ses performances et ses aptitudes techniques ; elle se révèle aussi dans la relation humaine, la justesse du comportement, l’écoute du voisin surtout lorsque l’on pratique un sport collectif. Nicolas Claire et Kevynn Nyokas, alors jeunes pousses de Paris, n’oublieront évidemment pas ces journées d’entraînement et de travail à Coubertin régulièrement achevées au domicile d’Ibrahima Diaw, le grand frère transformé en chef cuisinier. Jeffrey M’Tima, Cédric Sorhaindo ont, eux aussi, goûté à ce plaisir et tant d’autres, souvent les plus jeunes, en gardent un souvenir de débuts privilégiés dans le métier.

A Paris, Ibrahima Diaw a cotoyé Nicolas Claire, Cédric Sorhaindo et tant d'autres jeunes à l'écoute de ses conseils.

« Soit tu tombais dans la délinquance, soit tu trouvais dans le sport une échappatoire. »

« Ibou, se souvient Patrice Annonay, autre grand ancien de Paris, a toujours été soucieux du bien-être des autres. Son truc, c’était les jeunes. Il tenait à leur montrer le chemin. Il ne les lâchait jamais. » Parce qu’Ibrahima Diaw a été jeune et ne l’a jamais oublié. Aux Mureaux où son quotidien à la fin du vingtième siècle souvent incertain et parfois périlleux semblait indiquer une voie sans issue, le jeune homme s’est réfugié dans les gymnases, sous un panneau de basket d’abord puis face à un but de handball. « Les perspectives en banlieue étaient claires : soit tu tombais dans la délinquance, soit tu trouvais dans le sport une échappatoire. Au club, je me sentais investi mais protégé surtout. »

Il y tracera un destin atypique jusqu’à ses 21 ans, avant que son président n’adresse un courrier au PSG afin de lui permettre de participer à une journée de détection. Ibrahima est convaincant et Boro Golic, alors entraîneur du PSG, le place dans un premier temps à Saint-Ouen l’Aumône en N1. Il terminera meilleur buteur de la division en 2000-2001 et s’illustrera encore avec 17 buts marqués lors d’une victoire contre Le Chesnay (D2) en Coupe de France.

« Mais j’ai attendu un an de plus, sourit-il, parce que je n’étais pas sûr d’avoir le niveau aux étages supérieurs et j’ai, de nouveau, été meilleur buteur de N1. » Il se laisse guider jusqu’au PSG où Boro Golic sera son guide. « Pour mon premier match contre Toulouse, lors de la saison 2002-2003, je ne suis pas resté très longtemps sur le parquet. J’ai tenté une passe, Boro m’a sorti en m’expliquant : « Je ne t’ai pas pris pour ça mais pour ton un contre un. » Boro m’a formé. Il a été un guide à tous les niveaux : pour devenir pro et il m’a, également, ramené dans le droit chemin quand je m’en écartais. C’est drôle, tout au long de ma carrière, il m’a suivi. Je l’ai croisé à Istres puis à Montpellier. »

Borislav Golic, deuxième en partant de la droite, a accompagné Ibrahima Diaw tout au long de sa carrière.

Boro Golic, Thierry Anti, ses guides…

De cette époque, il garde ce lien indéfectible avec son prochain. Parce qu’on l’a aidé, il aidera. « J’ai  vu trop de jeunes livrés à eux-mêmes et j’ai compris que l’on ne réussit pas tout seul. » A Istres, lors d’une parenthèse de deux saisons et demi, il veillera sur Théo Derot, le jeune espoir provençal. A Saran, ces deux dernières années, il tiendra ce même rôle de grand frère tout en participant régulièrement aux entraînements de l’équipe des moins de 18 ans. Mais c’est à Paris, alors que s’éteint sa carrière, qu’il a laissé son cœur et son âme.

Il y a joué dix saisons sur deux épisodes… « Cela reste mon club. Je venais du 78, mon avenir ne pouvait passer que par Paris. J’y ai tissé des liens très forts, notamment avec Thierry Anti pour lequel je garde une énorme affection. J’ai connu toutes les directions, le PSG, le Paris de Nicollin, d’Onillon et celui des Qatari, c’est un sacré bout d’histoire. Et puis il y a tous ces gamins que j’ai vus grandir. Je me disais, à l’orée de cette saison, qu’on pourrait reconstituer une équipe de compet, lors d’un match de gala, avec les Nyokas, Claire, Sorhaindo, Ortega, M’Tima, Annonay, tous encore en activité. »

Ibrahima Diaw a quitté les parquets le 21 décembre dernier face à Saint Marcel Vernon après quinze saisons riches et pleines mais sans regret, déjà tourné, à 39 ans, vers un avenir où il espère bien, très vite, retrouver le lien avec la jeunesse. Il va s’engager dans une formation d’agents mais dans un but très spécifique.

« L’objectif est de travailler avec les jeunes exclusivement. Les conseiller juridiquement et sportivement. Pour les avoir vécues, je connais leurs inquiétudes et leurs difficultés. » Aider toujours comme il continue de le faire au travers de son association AFRIKAN ID, avec Sébastien Mongin et Ibrahima Sall en créant au Sénégal un centre de formation. Ibou a suspendu son vol mais il n’a pas perdu ses ailes. Le handball aura toujours besoin de champions comme lui.

L.M.
Crédits Photos S.Pillaud

LNH
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