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Dans la famille Anquetil, Arthur…

29
déc.
Laurent Moisset raconte
Formé à Montpellier le jeune ailier gauche est parti s’aguerrir à Sélestat, en Proligue. Le joueur s’est révélé, l’homme s'est émancipé.

Les mots disent tout du lien indéfectible qui le relie au handball. « Je n’étais pas né depuis dix jours que j’étais déjà dans la voiture de mon père pour aller à l’entraînement à Bougnol. » Frédéric, le père, mais aussi Grégory, l’oncle, les ailiers de Montpellier, joueurs majeurs, fédérateurs et « ambianceurs » dont la vie s’accommode si bien des effets capricieux de la petite balle ronde.

Chez les Anquetil, le jeu est un art de vivre, une obsession au quotidien, une maladie transmissible pour laquelle l’entourage n’est pas immunisé. « Effectivement, j’ai baigné là-dedans dès que j’ai vu le jour. » N’est-ce pas d’ailleurs cette forme de surmenage intellectuel qui incite Arthur à prendre, tout môme, ses distances avec l’activité ? La réputation, la notoriété de ses aînés sont, d’autre part, si bien établies en Languedoc qu’il existe des risques à s’aventurer sur les mêmes parquets.

Il n’y posera les pieds qu’à douze ans, le virus n’ayant, finalement, pas été éradiqué. Il y connaîtra, aussi, très vite, un bonheur tourmenté.

« C’est le fils de, le neveu de et cela lui a posé un problème de conscience. »

« C’est le fils de, le neveu de, explique son père, et cela lui a posé comme un problème de conscience. Il a compris le jeu des comparaisons  et il s’est mis une pression de fou. » Comme s’il devait faire toujours plus et mieux que les autres. Comme s’il lui fallait évacuer la rumeur puante de l’espoir protégé et pistonné. Sentiment d’autant plus renforcé dans son esprit que Frédéric est, également, le responsable du centre de formation. « Son petit, résume tendrement le paternel, on le connaît par cœur. Nous n’étions évidemment pas sourds à tous ces bruits. J’ai donc été plus exigeant avec lui, plus direct aussi et cela a parfois crée des points de tension. A la maison certains soirs, à table on ne se disait pas grand-chose. »

« C’est vrai, sourit Arthur, que j’étais frustré. Je ne comprenais pas toujours son comportement. Jeune, on n’est pas toujours lucide mais je me rends compte, aujourd’hui, des bienfaits de la méthode. » Le petit a appris le goût de l’effort et du travail, du sens qu’il faut donner à l’investissement même si cela lui a, souvent au début, joué des mauvais tours. « Il était tellement stressé qu’il a contracté de nombreuses blessures, qu’il lui arrivait malgré un fort engagement de faire les choses à l’envers sur le terrain. »

« J’avais le sentiment que l’on m’attendait au tournant. »

Le temps, pourtant, a fait son œuvre, effaçant, progressivement, tous les handicaps. « Ça oui, je me prenais la tête. J’avais le sentiment que l’on m’attendait au tournant mais je gardais la banane. Dans mon esprit, je voulais être Arthur, pas Anquetil. Je crois que, petit à petit, c’est entré dans la tête de tout le monde. Aujourd’hui, Anquetil est un nom qui ne parle plus aux jeunes. J’y ai probablement gagné un peu d’indépendance et beaucoup de quiétude. » Grégory, l’oncle, se souvient de cette époque. « L’héritage, en quelque sorte, n’était pas facile à porter et c’est la raison pour laquelle je lui ai peu parlé. J’avais le sentiment que si je le faisais, ça allait le polluer davantage. Je me cachais presque pour le regarder jouer. »

Son nom, la belle lignée,  en tous cas n’ont jamais été un passe-droit à Montpellier où Patrice Canayer l’appelle, très jeune, régulièrement chez les pros. Devant lui, il y a le monument Michaël Guigou et un numéro deux. « J’étais là quand il y avait des blessés. » Il y sera souvent parcourant l’Europe avec le groupe en Ligue des Champions, faisant des passages éphémères sur le terrain tout en grignotant un temps de jeu famélique. Il y apprendra le haut niveau mais, surtout, la difficulté de gagner la confiance des autres et, tout simplement, une place plus importante.

Arthur, avec le maillot montpelliérain, lors de la saison 2013-2014

« C’était grisant, admet-il, et enrichissant bien entendu mais l’exigence que j’avais envers moi-même me disait aussi que ce n’était pas suffisant et surtout pas une fin en soi. »

Arthur veut jouer, être lui-même, connaître ses capacités et quand se présente l’opportunité de rejoindre Sélestat en Proligue sous la forme d’un prêt l’été dernier alors qu’il vient de signer son premier contrat professionnel avec Montpellier, il n’hésite pas. « Fallait-il que je continue à parcourir des milliers de kilomètres pour un temps de jeu aussi bref ou n’était-il pas préférable que je tente ma chance avec une réelle possibilité de jouer ? »

L’équation est simple quand le gamin a envie de s’exprimer. A Sélestat dès le mois de septembre, Arthur est intégré dans le projet de jeu et il met souvent l’étincelle. « On le connaissait, souffle Christian Omeyer, le manager général du club alsacien. C’est un joueur de caractère, de talent, grand manieur de ballon, rapide et il l’a, d’entrée, démontré. » Il tourne à six buts de moyenne, a été désigné joueur du mois de Proligue en novembre dernier. Une vraie et grande révélation. « Ca me conforte dans l’idée que j’ai un truc à jouer. » Sans aucun doute avait-il besoin de sortir de son cocon, de ses habitudes, de rompre avec la routine. A Sélestat, il s’est découvert un rôle, des responsabilités sans cesse accrues. « Il est fédérateur, un homme déjà très important dans le vestiaire et le public en fait l’un de ses chouchous », confirme Omeyer.

L’horizon s’est éclairci et Arthur s’est fait un nom. Si ce n’est pas une grande victoire…

L.M.
Crédits photos Lemai / Pillaud / LNH

PROLIGUE.fr
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