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Entraîneur, un métier qui évolue

05 nov.
Laurent Moisset raconte
Que ce soit en Lidl Starligue ou en Proligue, le métier sollicite de nouvelles ressources chez les techniciens. Ceux-ci ont su s’adapter mais la mue est loin d’être terminée.

En d’autres temps, l’entraîneur incarnait l’autorité absolue. Thierry Anti, le plus ancien entraîneur de la Lidl Starligue avec Patrice Canayer, se souvient d’une époque où les états d’âme et la réflexion n’embarrassaient pas l’esprit du décisionnaire. « Les joueurs écoutaient, exécutaient. Ils marchaient à la baguette et c’était la règle. » Les budgets des clubs étaient, alors, resserrés, leurs structures simplifiées, le partenariat inexistant. Ces nouveaux paramètres ont, donc, considérablement changé la donne, obligeant, petit à petit, les entraîneurs à faire évoluer leur rôle et leur management. Peut-être même à exercer un autre métier.

« Un entraîneur, note le Nantais, n’a, aujourd’hui, pas qu’un rôle technique ou tactique. Il lui faut gérer les relations avec les joueurs, les dirigeants, les partenaires et les médias. Celui qui ne maîtrise pas cette réalité n’existe plus. »

La profession a, en effet, dû élever son niveau de compétences sous l’impulsion d’une organisation qui, elle aussi, a considérablement augmenté ses effectifs. Désormais, les clubs s’animent derrière des stratégies de développement où les secteurs marketing et communication tiennent un rôle majeur. Sous leur houlette, les techniciens ont donc ajusté leur fonctionnement afin de s’adapter à ces nouvelles conditions de travail. Comme il leur a été nécessaire avec le renforcement des staffs technique et médicaux d’élargir leur rayon de connaissances.

Stabilité de l’emploi, la meilleure des assurances

Il leur a fallu se renouveler, montrer davantage de curiosité, explorer de nouveaux territoires, consacrer tout leur temps à un métier de plus en plus énergivore. Benjamin Braux, passé à 27 ans aux affaires à Massy en Proligue, dorénavant, responsable en chef à Tremblay-en-France, a, évidemment, suivi ce cursus. « C’est du non stop, assure-t-il. Avec une pression qui a énormément augmenté compte tenu des investissements opérés par les clubs. Le match est à peine terminé que tu es dans l’analyse et la perspective du suivant. Mais il y a tout le reste. Je dirai, cette forme d’obligation à enrichir ton expérience. Pendant la coupure, la semaine dernière, j’ai pris ma voiture pour aller suivre pendant trois jours à un stage de l’équipe nationale des Pays-Bas. Parce qu’il faut comprendre, s’ouvrir, surtout, vers d’autres horizons. »

Si la charge est désormais beaucoup plus lourde, les entraîneurs ont, dans l’ensemble, l’avantage de travailler en toute sécurité et dans la sérénité. Le milieu n’est, en effet, pas rattrapé par l’obligation de résultats immédiats ou l’impatience des présidents. « Il y a encore des valeurs fortes dans notre sport, souscrit Anti, le président du syndicat des entraîneurs. Bien sûr, notre économie n’est pas encore assez forte pour remercier un entraîneur au premier accroc mais nos dirigeants ont, également, compris, qu’avec le temps, de l’opiniâtreté et de l’investissement, les choses finissent toujours par s’arranger. C’est, évidemment, une forme d’assurance et de confort pour notre corporation. »

Les licenciements se font rares et les contrats vont, en général, à leur terme. Cette stabilité n’empêche pas pour autant le paysage de s’enrichir de nouveaux visages. Après les Canayer, Anti, Gardent, Cazal, Gaudin, Derot en poste depuis longtemps, de nouvelles personnalités émergent. Erik Mathé à Chambéry, Benjamin Braux à Tremblay, Sébastien Quintallet à Ivry,  Joël Da Silva à Saint-Raphaël, Franck Maurice à Nîmes entre autres.  

Thierry Anti est président de  7Master, le groupement des entraîneurs et des professionnels de la formation de Handball

La Proligue favorise l’émergence de nouveaux profils

La mue est de plus en plus visible à l’étage inférieur en Proligue. Le plus souvent, les clubs encouragent l’éclosion de nouveaux entraîneurs, souvent formés à l’intérieur de leurs propres murs. Et si la réalité économique indique que ce passage est indispensable, voire vital, le technicien apprend vite dans un contexte qui, lui aussi, évolue à grande vitesse.

« En Proligue, la priorité des clubs est de se structurer, souligne Braux. C’est de plus en plus professionnel. Il n’y a pas moins de travail à cet étage. » L’étoffement des staff, technique et médical pose l’entraîneur dans de nouvelles problématiques mais, surtout, accélère sa formation. Cette mise à niveau favorise, sans aucun doute, le développement de ses capacités et le prépare à intégrer le plus haut niveau.

Ancien joueur professionnel et international français, Stéphane Plantin est aujourd'hui entraîneur à Nancy, en Proligue

Un syndicat en mouvement perpétuel

L’élargissement du rôle est sans limite et, à ce titre, les entraîneurs sont devenus, au fil du temps, des acteurs incontournables de l’activité dans sa globalité. Leur voix est, désormais, entendue à tous les niveaux. Ils sont, par exemple, représentés dans toutes les entités, toutes les commissions. « On travaille, notamment, avec la Fédération afin de faire évoluer le contenu de nos diplômes. On a d’autres compétences et on peut aussi exprimer des choses pertinentes. On veut se faire entendre parce que nous sommes au contact de manière quotidienne avec tous les aspects de la vie d’un club.» Thierry Anti va plus loin encore. « Notre rôle, aujourd’hui n’est plus seulement de bien connaître le handball. On nous demande d’être des communicants et nous sommes beaucoup plus exposés. » Une tâche XXL, évidemment, pour Thierry Anti qui reste un interlocuteur privilégié auprès de la DTN, de la Ligue, de l’EHF et qui avoue ne pas être au bout de sa peine.

« Il nous reste aussi à exporter notre savoir-faire, à imaginer et anticiper l’avenir afin de développer notre sport. On pourrait faire profiter l’Afrique, l’Asie et les Etats-Unis qui restent des terrains à défricher, de notre expérience. Je sais qu’avec le temps ce genre de projet prendra forme de manière concrète. »

Entraîneurs, on l’aura bien compris, est un monde qui bouge… 

L.M
Crédit Photos S.Pillaud / J-P.Barge / P.Riou

PROLIGUE
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