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Un Karabatic averti en vaut deux !

23 janv.
Avant match
L’équipe de France a rendez-vous avec la Croatie, ce mercredi, pour le dernier match du tour principal de l’Euro. Un match forcément particulier pour les frères Karabatic, Nikola et Luka.

Deux forces tranquilles. A la veille de France-Croatie, ce mardi, Nikola et Luka Karabatic ont donné une impression de sérénité évidente à l’heure de se présenter devant la presse. La veille pourtant, ils avaient déjà passé de longues minutes devant les médias au sortir de France-Serbie, jonglant entre le français, le croate, l’anglais ou l’espagnol. Cette fois, on démarre par une première partie avec la presse hexagonale, avant d’enchaîner avec une seconde exclusivement en croate pour le plus grand des frangins. Une première inédite à mettre en parallèle avec le bunker croate, où l’équipe vit reclue depuis le début de la compétition, avec interdiction d’approcher pour les médias étrangers. Lino Cervar, leur volcanique sélectionneur, a semble-t-il décidé de faire vivre son collectif à la limite de l’explosion pour mieux atteindre l’objectif suprême: la médaille d’or. 

Bien loin du fleuve tranquille des Bleus. "On ne peut pas comparer, estime Nikola Karabatic. Ici, le sport est un vrai moteur pour le pays. Avec le tourisme, c’est leur seule arme pour faire connaître le pays dans le monde. Que ce soit du hand, du basket ou du football, les supporters suivent, les gens se déplacent, il y a une immense ferveur. C’est le sport qui leur permet de mettre la Croatie sur la carte du monde. De Zagreb aux plus petit village des collines de Dalmatie, tout le monde les suit sur cet Euro." Ce cadre un peu fou, Nikola Karabatic l’a connu en 2009, lors du Mondial. "A l’époque, c’était puissance 1000, je voyais même des fake news sur moi dans les journaux people, souffle l’intéressé. Cette année, c’est plus cadré, je suis moins sollicité car mieux entouré. Le sport s’est professionnalisé."

"Si on me siffle, c'est qu'on me craint"

Reste le coeur. Car les deux frangins ne peuvent oublier leurs origines, celles de leur père, Branko, né du côté de Trogir, en Dalmatie. "On a été élevé dans cette culture, raconte Luka. Nos parents parlaient la langue à la maison, et nous passions nos étés en Croatie et en Serbie (leur mère, Lala, est d’origine serbe). Nous avons d’ailleurs une maison en Dalmatie, même si en grandissant nous avons aussi découvert d’autres endroits dans le pays. On s’est fait beaucoup d’amis ici."  Même son de cloche chez le grand frère. "Ici, je sais qu’où que j’aille on me reconnaît, et les gens ont toujours un mot gentil, me demandent une photo, un maillot, note celui qui sera tout de même sifflé sur chacun de ses prises de balle, mercredi soir. Cela ne me dérange pas. On siffle souvent la compétence. Si on me siffle, c’est qu’on me craint."

Une carapace que le Parisien s’est construite au fur et à mesure des batailles. "Au début de ma carrière, forcément, lorsque les hymnes démarraient, ça me faisait un peu bizarre d’entendre l’hymne croate. Plein de choses se passaient dans ma tête. Mais maintenant, il y a tellement eu de France-Croatie que j’ai l’habitude. Ce n’est plus pareil", évacue-t-il. Une sérénité que l’on retrouve chez le petit frère. "Je ne fais pas une fixette là-dessus, je reste concentré sur ma compétition, explique le pivot, qui n’était pas présent il y a neuf ans lorsque le grand frère est devenu champion du monde dans cette même Zagreb Arena, après notamment un tête à tête unique avec Ivano Balic. Cela reste un souvenir fort pour moi car je me souviens des larmes de mon père. C’était difficile pour lui car il était croate et en même temps fier de ce qu’avait accompli son fils. C’était des sentiments partagés."

Ce mercredi, en attendant une éventuelle finale, l’enjeu sera moins fort, voire même nébuleux puisque les Bleus pourraient attaquer la rencontre en étant déjà qualifiés pour les demi-finales. "C’est difficile à appréhender car tu ne peux pas occulter ce contexte. C’est le côté négatif de cette formule qui fait qu’on ne l’aime pas, nous les joueurs. Si tu rentres sur le terrain en te disant juste: « Il ne faut pas perdre de tant de buts », tu t’enlèves inévitablement de la pression et tu joues avec moints d'intensité… Et après, dans une ambiance comme celle-là, ça peut aller très vite, regrette le patron des Bleus. Et même si on est déjà qualifiés, c’est compliqué. Ce match on aurait préféré le jouer dans un contexte de véritable 1/8e ou 1/4 de finale." Une finale dimanche soir ferait également l'affaire... 

Benoît Conta, à Zagreb (Croatie)