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Olivier Girault : « L’Euro, c’est fantastique. »

10 janv.
Interview
Vainqueur en 2006, l’ancien capitaine des Bleus, dorénavant président de la LNH, porte un intérêt et une affection particuliers à la grande épreuve continentale. Décryptage.

Quel souvenir gardez-vous du premier succès à l’Euro de l’équipe de France en 2006 en Suisse ?

D’abord, la surprise. A ce moment de notre histoire, l’équipe était en chantier. Cet Euro devait, en effet, être un laboratoire. On avait décidé de changer notre jeu, de l’épurer. On s’interrogeait énormément sur nos aspirations et les moyens de les mettre en application sur le terrain. L’Euro en Suisse devait donc marquer une transition, servir de test pour la suite. On a survolé la compétition et on était franchement étonné. C’est le vrai début des Experts. Et une révélation sur les grandes capacités de cette équipe.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez toujours porté un grand intérêt à cette compétition ?

C’est son aspect sportif, son âpreté, l’engagement total et permanent qu’elle demande qui me fascine. Les meilleures équipes du monde y figurent. Forcément quand tu es confronté à la crème, tu dois aller chercher au plus profond de toi-même, physiquement et mentalement. J’aimais cette exigence, cette haute difficulté. Cette compétition n’a pas le même retentissement qu’un Mondial ou les Jeux Olympiques mais elle est fantastique.

Y a-t-il une manière particulière de l’aborder ?

En vérité il y a deux Euro. Le plus passionnant, le plus stressant aussi est celui qui précède les Jeux Olympiques. Nous sommes dans ce cas de figure cette année. Cela veut dire que les Internationaux vont enchaîner trois tournois majeurs en une année seulement. L’Euro, les J.O puis le Mondial en janvier 2021. L’Euro est la première étape avec une problématique supplémentaire puisqu’il s’agit d’aller chercher une qualification directe pour Tokyo. Vous pouvez imaginer ce qu’il se passe dans la tête des joueurs en termes d’enjeu, de doute et d’incertitude. Moi, j’aimais ça parce qu’il y a une dramaturgie qui s’installe, fatalement aussi des montées d’adrénaline. L’équipe est sous tension et il faut apprendre à gérer le phénomène ensemble.

« Les plus jeunes doivent aller créer leur histoire.  »

Les Experts avaient cette habitude, l’équipe de Didier Dinart, avec des cadres plus jeunes désormais, y est-elle préparée ?

Il y a le talent qu’il faut, une nouvelle génération peut-être aussi douée, mais, effectivement ils n’ont pas encore été confrontés à cet enchaînement. Didier Dinart et Guillaume Gille maitrisent tous les paramètres pour avoir vécu, et souvent, de tels événements. Ils vont être les guides, comme les autres anciens du groupe, Karabatic, Guigou, Abalo, Sorhaindo mais c’est aussi à tous ces jeunes d’aller créer et chercher leur histoire.

De quelle manière peut-on anticiper les risques que présente cette succession de combats en haute altitude ?

Les plus expérimentés, dans une saison comme celle-là, savent comment faire. Ils ont appris à gérer leurs efforts, en tous cas à les répartir. On prend l’exemple de Nikola Karabatic. Il a tout anticipé, tout fait pour revenir à son meilleur niveau après ses blessures. Il est sur tous les fronts avec le PSG, également, et l’accumulation des matches ne facilite pas les choses. Maintenant, avec son club aussi, les temps de jeu sont régulés afin qu’il puisse rester compétitif le plus longtemps possible. En ce qui me concerne, je pensais beaucoup à la prévention. En dehors des entraînements, des matches, j’ajoutais du gainage, du vélo, de la course ce qui, à mon avis, permettait aussi de lutter contre le stress de la blessure. Enfin, au niveau médical, les choses se sont grandement améliorées. Les staffs des clubs sont en rapport permanent avec celui de l’équipe de France. Cela favorise et valorise le suivi des Internationaux.

L’équipe de France est donc prête…

Oui. Maintenant dans un Championnat d’Europe on peut être vite puni. J’en ai disputé cinq et avant le succès de 2006, on s’est, parfois, fait massacrer. On avait, déjà, les talents mais pas l’expérience dans ce genre de compétition. On y a appris énormément avant de s’adapter et de maitriser l’événement. Tout va donc dépendre du degré d’adaptation des plus jeunes, de leur capacité à encaisser les exigences, à être dur au mal. Cette épreuve forge le caractère et elle est un formidable révélateur pour les joueurs mais, également, les entraîneurs. C’est un juge de paix parce que, là, tu ne peux calculer, il faut être à fond toujours. C’est donc une rampe de lancement pour ceux qui vont devenir les meilleurs joueurs de la planète. C’est souvent, dans cette compétition, que naissent les grandes équipes, qu’elles y découvrent leurs points d’équilibre et leurs certitudes.

Qu’attendez-vous de cette nouvelle édition ?

On est passé de seize à vingt-quatre équipes, ce qui démontre la densité du handball européen. Mais ce n’est pas comme dans un Mondial. Il n’y a pas de petites équipes. La France ouvre contre le Portugal qui l’a battue cette année. On aurait donc tort de croire que l’on peut se ménager la moindre plage de repos. Après, bien sûr, je suis curieux de voir comment nos plus jeunes joueurs vont se comporter. Dans notre Championnat, ils arrivent et progressent vite. Notre réservoir est riche, notre compétition nationale acharnée, cela peut et doit, évidemment, produire un beau résultat. Enfin, je vais garder un œil sur Nikola Karabatic. Il a ciblé, depuis longtemps, cette année. Il a repris son leadership et il va, incontestablement, peser sur les matches. Je vais me répéter : mais comme pour Daniel Narcisse et Thierry Omeyer avant qu’ils ne prennent leur retraite, il faut profiter d’un tel joueur parce qu’il n’est pas éternel.

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