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Raphaël Caucheteux, entre ombre et lumières

26 févr.
Laurent Moisset raconte
Longtemps en panne de reconnaissance, le meilleur buteur de Lidl Starligue a surmonté bien des handicaps avant de compter dans le paysage. Retour sur son histoire.

Raphaël Caucheteux ne se cache pas derrière son petit doigt et sa franchise l’honore. « Je suis un individualiste, c’est vrai. Depuis tout môme j’ai voulu marquer plus que les autres. Cela a toujours été une obsession. Cela m’a joué des tours d’ailleurs quand je jouais au foot parce que je voulais toujours le ballon. J’étais grand, très fin et j’aimais bien me comparer à Peter Crouch l’avant-centre de Liverpool. Bon, cela n’a pas duré longtemps. »

De la même manière, il détonne au milieu de l’équipe de France juniors lors du Mondial 2005 en Hongrie. Outsiders sérieux, les jeunes tricolores doivent, très vite, mettre un mouchoir sur leurs ambitions mais pour Raphaël Caucheteux, dont c’est la grande première en bleu, il n’est pas question de rendre les armes. Pivot au départ de l’épreuve, il devient ailier gauche quand Audrey Tuzolana se blesse. Il veut tous les ballons, ne pense déjà qu’à marquer au risque même d’agacer ses nouveaux partenaires. Raphaël Caucheteux est un chien fou. Recalé au début des années 2000 lors d’un stage de détection pour entrer au centre de formation de Montpellier, il s’illustre quelques semaines plus tard à l’occasion d’un tournoi sur herbe au stade de la Rose puisque sa feuille de stats affiche treize buts en finale. « Patrice Canayer était là et le lendemain il m’a appelé pour me proposer d’intégrer le centre de formation. »

En 2006, au côté de Patrice Canayer, Raphaël Caucheteux, ici à droite de l'entraîneur héraultais, remportait la  Coupe de la Ligue avant de rejoindre Saint-Raphaël.

« J’étais devenu suffisant et je me suis cru arrivé. »

Mais on ne contrôle pas ce Montpelliérain pure souche. Impétueux, déterminé, obsédé par le but et par la vie, il n’est pas un modèle de régularité et à son retour des vacances de Noël en janvier 2006, il revient très vite sur terre quand Patrice Canayer lui annonce qu’il ne sera pas conservé à l’issue de la saison. Il en a trop fait oubliant les devoirs de son métier. « Après avoir signé mon premier contrat pro, je suis devenu suffisant. Je me croyais arrivé. La fête comptait plus que le haut niveau d’autant qu’avec tous mes potes d’enfance c’était tentant d’y succomber. »

La leçon, cependant, est retenue. Il part à Saint-Raphaël, le voisin sudiste contre lequel il a d’ailleurs disputé son premier match en pros deux ans auparavant. « Dans les cages il y avait Christian Gaudin devenu l’entraîneur et j’avais réussi un 5/5. » Loin de ses amis, du cocon familial, de son confort, la prise de conscience est forte et puissante. « Je n’ai jamais gardé la moindre rancœur contre Montpellier et Patrice Canayer, mais j’avais compris le message. Je ne voulais surtout plus connaître ce sentiment d’inachevé, cette impression d’avoir laissé passer quelque chose. Je me suis retrouvé seul et, franchement, cela m’a fait grandir. »

Il devient un autre joueur sans perdre son naturel et cette attirance vers le but. Pour sa première saison dans le Var il inscrit 111 buts à 88% de réussite. Les trois saisons suivantes, il affole encore les compteurs atteignant même en 2008-2009 un 92% de réussite. Mais il ne s’étonne pas de ces progrès. « J’ai touché à beaucoup de sports étant gamin et, surtout, le tir à l’arc. J’y ai appris la concentration, le sens de la visée. Ça m’a aidé pour être performant devant une cage de handball. »

En près de 12 saisons dans le Var, l'ailier français a marqué l'histoire du club et du championnat, enchaînant les journées avec régularité.

« J’ai souffert de ne pas être reconnu à ma juste valeur. »

Paradoxalement, ses performances ne lui valent que de trop rares mises en lumière. Il faut par exemple savoir qu’il n’a manqué aucun match de Lidl Starligue depuis son arrivée à Saint-Raphaël alors qu’il a entamé sa 12e saison, qu’il lui a fallu attendre l’Euro 2018 pour honorer ses premières capes sous le maillot bleu. « J’ai souffert, reconnaît-il, de ne pas avoir été reconnu à ma juste valeur. Ce sont des blessures que l’on n’imagine pas. » Comme celle, toute fraîche, de sa non sélection au dernier Mondial. « Cette saison, j’ai doublé les charges de travail, bossé comme un damné pour pouvoir disputer le Mondial. Quand tu apprends que tu ne pars pas, c’est une douleur. 

« Dans le milieu, on m’appelle Poulidor. J’ai toujours été le 2e. »

Mais Raphaël Caucheteux a la peau dure, le moral en acier et suffisamment d’auto-dérision, pour relativiser sa situation. « Saint-Raphaël n’est pas un club médiatisé et devant moi il y a une légende, Mickaël Guigou. Dans le milieu, on m’appelle Poulidor. J’ai toujours été le 2e. Par exemple, j’ai été nominé 7 fois pour le titre de meilleur ailier gauche du Championnat, je n’ai jamais été élu. Il y a deux trois ans, je marque près de 200 buts dans la saison mais Mikkel Hansen marche sur l’eau et en inscrit plus de 210. Pareil, l’an passé en Coupe EHF, je suis encore deuxième meilleur buteur. En fait, je n’ai été qu’une seule fois meilleur buteur de Lidl Starligue, c’était la saison dernière. »

Aussi y a-t-il un record pour lequel, il est prêt à tous les sacrifices. Son Graal, ses 1637 buts inscrits depuis le début de sa carrière en Championnat. Il s’amuse encore : « Celui-là, il va falloir venir le chercher d’autant que mon objectif c’est la barre des 2000. Rien que pour cela, je ne vais pas quitter la France. » Vissé à son objectif, il est intarissable sur le sujet. « Moi, j’ai toujours la banane le matin quand je me lève pour aller à l’entraînement. Le secret, c’est ça, le plaisir, l’envie. Donc, je bosse plus. Il y a des seuils en dessous desquels je ne dois pas descendre. 6 buts par match minimum, un taux de réussite entre 75 et 80%. C’est ancré dans ma tête. C’est un devoir. C’est ce que je répète aux jeunes : se battre toujours dans l’exigence. »

A 33 ans, le chien fou a gardé toute sa hargne. Il pense au prochain Euro, aux Jeux Olympiques de Tokyo. « Un objectif majuscule qui me fait avancer aujourd’hui, m’oblige tout en me motivant, à aller chercher d’autres ressources. » Et, avec lui, elles semblent inépuisables…

L.M.
Crédit photos Stéphane Pillaud

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