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Benjamin Desgrolard: "Opérer une reconversion aussi tranquille, c'est un luxe"

21 juil.
Dans les souvenirs de...
Au tour de Benjamin Desgrolard, l'ancien joueur de Massy et de Créteil, de se plonger dans la boîte à souvenirs pour revenir sur les petits et grands moments de sa carrière.

Mon premier match avec les pros

« C’était face à Pontault-Combault, je devais avoir 16 ans. C’était un match de championnat tout à fait normal, et j’ai été pris pour évoluer sur l’aile gauche. C’était un match qui ne comptait pas pour du beurre puisque je n’ai pas beaucoup joué. (sourire) Mais j’ai pu entrer et j’ai marqué mon premier but à cette occasion. Je n’avais pas trop la pression, à 16 ans tu ne l’as pas encore. A 16 ans, tu n’as pas encore grand-chose à perdre. Si tu te rates, tu auras d’autres essais devant toi normalement, tu as le temps de faire tes preuves. Et puis je suis rentré à l’aile gauche, c’est normalement pour ne pas toucher un ballon. (rires) Bon, j’en ai eu un quand même, et je n’ai pas trop réfléchi, j’ai fait mon tir préférentiel. »

Mon dernier match en pro

« C’était un match de playoffs, face à Chartres, en 2015. Je m’y perds un peu car on les a affrontés plusieurs fois, mais je crois qu’on fait match nul là-bas et on perd d’un ou deux buts à la maison (26-26 puis 21-23, ndlr). A la fin, plus personne n’arrivait pas à marquer tellement les deux équipes étaient cramées. Et c’était la fin du jeu pour moi… (sourire) J’ai arrêté assez jeune, à 29 ans, mais j’étais semi-pro, je bossais la journée pour m’entraîner le soir. J’avais un premier enfant, j’en voulais un deuxième… Si je voulais tout conjuguer, il fallait faire un sacrifice quelque-part. Après, j’ai arrêté tôt, mais ma première saison pleine, j’avais 17 ans. J’ai commencé le handball à 5 ans, puis j’ai fait toutes les sélections jeunes, donc il y avait un petit manque au niveau des vacances. (sourire) Je savais aussi que je n’irai pas plus haut et quand j’ai regardé dans le rétro, j’avais connu les sélections France chez les jeunes, j’avais joué en D1, j’avais joué la Coupe d’Europe, j’étais même passé un peu à la télé. (sourire) Je pouvais arrêter sans trop de regrets… »

Mon plus beau souvenir

« Je dirais la montée de Massy de la N1 à D2, en 2011. Je me souviens d’une petite fête à Nîmes assez sympathique. (sourire) Cette saison-là, on avait très mal démarré. Je crois que l’on était sixième à mi-championnat. C’était logiquement impossible de rattraper ça. Et puis du jour au lendemain, on s’est vu, on s’est parlés, on s’est un peu mis sur la gueule et on n’a plus perdu un match de la phase retour. C’était un vrai objectif pour moi de remonter le club à ce niveau-là. Quand j’ai démarré, c’était de la D2 et je ne voulais pas partir avec Massy en-dessous de la D2, et ce même si le contexte économique devenait de plus en plus compliqué. Mais, notre génération a su être patiente pour petit à petit progresser ensemble et devenir des vieux joueurs ensemble. (sourire) L’aboutissement de tout ça aura été cette montée en Lidl Starligue, il y a trois ans. Même si tout le monde n’était plus là, et notamment moi, on était tous super contents car il y avait une belle continuité par rapport au projet du club. Toutes les anciennes générations se retrouvaient dans cette montée. »

Mon pire souvenir

« C’est difficile car on peut toujours trouver du positif dans un échec. C’est l’avantage du sport. Mais je garde un goût amer des épisodes en équipe de France. On n’a jamais réussi à performer. C’était à chaque fois de grosses frustrations. On revenait tous déçus. Je crois que la dernière expérience c’était une 6e place au Mondial, mais sans avoir voix au chapitre. On n’était pas au niveau des Danois ou des Allemands. On n’y arrivait pas. Après, c’est vrai qu’on n’était pas les premiers à avoir ces échecs. (sourire) Il y avait la génération juste avant nous, celle de Tuzolana, Abalo, ou même Karabatic même s’il est montré très vite. On les croisait pas mal, et on voyait qu’eux non plus n’y arrivaient pas. Ca nous montrait un chemin un peu bizarre déjà. Puis, peu à peu, ça a changé. Une génération a donné l’exemple, et ça a pu déclencher la suite. »

Le meilleur joueur avec lequel j'ai joué

« (il hésite longuement) C’est très difficile, ça… Je sèche un peu. Après, à Créteil, on avait une équipe très homogène, et dire qui était le meilleur entre Gueric Kervadec, un ancien champion du monde, Benoît Henry, qui était un très bon joueur, ou Nerijus Atajevas qui était le plus impressionnant avec son énorme bras, c’est très difficile. Après, derrière, il y a Johan Caron en défense, ou Junior Réault. Mais eux, ce sont mes potes, je suis un peu partial. Mais, Junior par exemple, aurait mérité une autre carrière par rapport au joueur qu’il est. Je suis d’ailleurs très content qu’il ait pu jouer une saison en Lidl Starligue, pour récompenser un petit peu le joueur qu’il est. Un joueur comme ça, qu’il n’ait pas connu les sélections jeunes ou plus longtemps la D1, c’est dommage. Après, en sélection, on avait deux joueurs qu’on voyait aller le plus haut, c’était Samuel Honrubia et Vincent Gérard. Au final, ils sont allés tout en haut, même si j’ai pu être frustré que Vincent accède si tard à l’équipe de France. Après devant lui, il y avait Thierry Omeyer, et y avait-il besoin d’une concurrence ? A priori, non. Maintenant j’ai été très content de le voir performer comme ça au Mondial 2017. C’est un des rares gardiens qui peut te faire gagner un match de très haut niveau. »

Le meilleur joueur contre lequel j'ai joué

« Lucio Abalo. C’est forcément un joueur qui reste en mémoire. C’est un joueur spectaculaire et quand on était jeune, ce qu’il envoyait avec son poignet, sa détente, c’était hyper impressionnant. C’est un des premiers joueurs que j’ai côtoyé, au lycée ou en sport-études, et je l'ai ensuite vu partir à l’étranger, à Ciudad Real. Après, sur la deuxième partie de ma carrière, je citerais un Guillaume Saurina. C’était un excellent arrière de club, même s’il n’a pas eu sa chance en Bleu. J’aime ce genre de profil, un peu comme Arnaud Siffert, qui a toujours été un excellent joueur de club. »

Mon coéquipier le plus fou

« Junior Réault. Là au moins c’est facile. (rires) On a fait les 400 coups tous les deux, des -18 ans aux séniors. C’était mon acolyte de vie. Après j’ai remis le short à Hendaye, en N3, là où j’ai déménagé, et il y a une belle équipe de fous. Mais bon, les noms sont moins connus. (rires) »

La plus grosse fête

Massy, version 2014/2015

« C’était à Nîmes, lors de la fameuse montée en 2011. On avait fait un joli tour de la ville entre le restaurant et les Arènes… On avait Benjamin Vizio, un ancien Nîmois, qui nous avait servi de tour operator. Il y avait toute la génération avec les anciens comme Johan Caron et Junior qui sont encore dans l’équipe maintenant. On avait une jolie fête, même si on ne peut pas raconter tous les détails. Il reste juste une jolie vidéo, mais qui restera privée. (sourire) La légende selon laquelle à Massy, on ne réservait qu’une chambre d’hôtel pour poser les sacs ? C’est possible. (rires) Mais il y en avait peut-être deux quand même. Mais on prévoyait rarement de dormir effectivement. (sourire) » 

La plus grosse engueulade

« C’était aussi en 2011. C’est peut-être pour ça que c’est mon meilleur souvenir. Cette année-là, ça partait complètement en cacahuète. On n’était pas bien, plein de mecs avaient pris l’habitude d’arriver en retard à l’entraînement, de ne pas venir… L’investissement n’était pas la hauteur et ce soir-là on s’en est mis plein la gueule. Mais ça a toujours du bon. Après, à Créteil, sur ma deuxième saison, en 2088/2009, il y en a eu aussi de belles. On a fini septième, ce qui est pas mal, mais on sentait que les dirigeants cherchaient à recycler l’effectif, avec les départs de Nicolas Lemonne ou Benoît Henry. Les anciens partaient et cette saison-là, la transition ne s’est pas bien passée. Quelques explications de texte ont eu lieu pendant et après la saison. » 

Et maintenant...

« Je suis désormais au pays Basque où je bosse dans le marketing. Je revois les copains l’été pour profiter un peu du climat et de l’Océan. On a rénové une vieille maison, on est bien, et j’ai même repris une licence à Hendaye après deux ans d’arrêt. Et je m’éclate comme à mes débuts, en N3, avec un groupe de trentenaires qui sont devenus mes amis. Mon quotidien est partagé entre le handball et la vie de famille, un peu comme avant. Du côté professionnel, j’avais préparé ma reconversion depuis longtemps. Dès mon départ de Créteil, je suis revenu à Massy pour continuer mes études. A ce moment-là, j’aurais pu les stopper et choisir un club dans une autre région ou à l’étranger, et les choses ne se seraient pas passées comme ça. Mais j'ai fait ce choix, et ensuite, je me suis blessé à l’épaule. Et à 24/25 ans, le très haut niveau c’était terminé pour moi. J’ai alors amorcé la suite en alliant les deux, handball et travail. Même si on peut toujours regretté des choses dans une carrière, le fait d’avoir opéré une reconversion tranquille, c’est un luxe. Quand je vois où j'en suis, je ne regrette rien. » 

Un oeil sur Massy ?

« Pour le moment, j’ai raté tous les Billère-Massy depuis mon déménagement, donc je ne vais pas m’avancer sur le prochain. (rires) Maintenant, quand ils sont montés en 2017, j’avais fait le voyage exprès pour la finale des playoffs contre Chartres. Je suis venu juste pour ce match… et aussi la nuit derrière. On n’allait pas rester sans fêter ça. (rires) Mais dès que je le pourrai, j’irai voir un Billère-Massy. Même si l’équipe s’est pas mal renouvelée, et qu’il ne reste plus beaucoup de Mohicans de ma génération. Il reste Johan (Caron), Junior (Réault) et Enzo Cramoisy que j’ai connu tout jeune. Après le reste, ils étaient vraiment très, très jeunes. » 

Benoît Conta

Crédits photos: Massy Handball et Stade Hendayais Handball