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Ferran Solé, un héros très discret

04 mars
À la découverte de...
Meilleur ailier droit de l’Euro, puis du Mondial, Ferran Solé a une nouvelle fois impressionné par son sang-froid devant le but. Rencontre avec le discret ailier droit de Toulouse.

"Mais qui est cet ailier droit ?" En janvier dernier, au Mondial, lors du duel entre l’équipe de France et l’Espagne (33-30), certains observateurs néophytes ont pu s’étonner de la performance d’un certain Ferran Solé, auteur de 11 buts. Que ce soit sur penalty, sur son aile droite en contre-attaque, le gaucher de 26 ans avait rendu chèvre Vincent Gérard et Cyril Dumoulin. Une performance qui a forcément rappelé ses arabesques vues du côté de la Croatie, un an plus tôt, lorsque les Ibères devinrent champions d’Europe. Un Euro qui consacra le Catalan meilleur ailier droit de la compétition. 

De nouveau désigné comme la référence à son poste lors du Mondial allemand, Ferran Solé n’est pourtant pas un inconnu, lui qui évolue en Lidl Starligue depuis l’été 2016, du côté de Toulouse. "Et il joue aussi bien chez nous", soufflait d’ailleurs Philippe Gardent, son coach au Fenix, dans les coulisses du championnat du monde. Ce manque de reconnaissance relatif, le Catalan le doit notamment à sa réserve, sur et en dehors du terrain. "C’est quelqu’un qui est discret, confirme Yassine Idrissi, son gardien. Mais il tient tout de même une place importante dans le groupe." Une place que le natif de Sant Quirze del Vallès s’est rapidement construite à son arrivée, avec 123 buts inscrits dès sa première saison. 

"Je n'aime pas du tout tirer les penaltys"

Arrivé en provenance de Granollers, où il venait de passer douze ans, Ferran Solé avait à coeur de passer un pallier. "Granollers m’a donné ma chance très tôt, notamment en raison de la crise, puisque j’ai commencé à l’âge de 19 ans. Mais après 5-6 saisons, j’avais l’impression de stagner, de ne plus progresser. Il fallait que je parte pour un championnat plus fort", explique celui qui a grandi en admirant Luc Abalo, Mitza Dzomba ou Albert Rocas. Mission accomplie pour celui qui est même parfois utilisé sur le poste d’arrière en raison des blessures. "Mais là c’est plus dur car je ne suis pas vraiment réputé pour mon physique", sourit-il. 

Un sourire que l’Espagnol ne sort qu’à de rares reprises une fois sur le terrain. "C’est vrai que je peux paraître froid, concède-t-il. C’est l’impression que je donne et peut-être que je devrais me montrer plus communicatif. Mais je suis comme ça car je suis très concentré." Une concentration extrême qui donne l’impression que la pression glisse sur l’élégant gaucher. Pourtant, le cerveau est bien en ébullition, notamment lorsqu’il doit se présenter à 7m, pour tirer les penaltys. "En fait je n’aime pas du tout ça. Mais comme je les tire bien, on m’y envoie et je suis au final content d’aider mes coéquipiers, décrypte-t-il. Mais si le match est bouclé, avec un écart suffisant, je prie pour que l’arbitre ne siffle pas de penalty pour ne pas avoir à y aller. (sourire)"

"Les études m'ont énormément aidé"

Une réflexion étonnante de la part d’un joueur aux nombreuses facettes. En dehors du terrain, Ferran Solé a ainsi d’ores et déjà programmé la suite, avec un diplôme d’ingénieur industriel patiemment obtenu en parallèle de sa carrière. "C’est indispensable à mon équilibre, estime-t-il. Le handball, ce n’est pas que des bons moments. Les études m’ont énormément aidé quand je traversais une période de moins bien sur le plan du jeu ou parce que j’étais blessé. Ca te permet de penser à autre chose que le handball, de t’évader un peu." Une bulle d’oxygène que le Catalan s’est également construit à Toulouse. "On a un groupe d’Espagnols qui bossent ici et on se voit pas mal, confirme-t-il. C’est essentiel car si tu ne penses qu’au handball, ça devient trop de pression." Des amis espagnols qui ont forcément été mis à contribution lors de la première partie de saison ratée du Fenix, avec cette interminable série de 10 matches sans victoire.

"C’est la période la plus dure que j’ai pu connaitre depuis que je suis pro, je n’avais jamais vécu ça, reconnaît le gaucher, tout heureux de voir son équipe remonter au classement, avec 5 victoires sur les 6 dernières rencontres. On a tous monté notre niveau de jeu. On est en train de très bien jouer et si on continue comme ça on va vite remonter au classement." Une nécessité pour l’ailier droit, à qui il reste une année de contrat sur les bords de la Garonne. "Je suis bien ici et je compte aller au bout de mon contrat. Après, on verra. J’aimerais forcément jouer la Ligue des champions, conclut-il. Mais ce n’est pas quelque-chose qui m’inquiète. J’ai du temps devant moi et il me reste pas mal d’années de carrière." La tête froide, toujours. 

Benoît Conta