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« Je n’ai jamais véritablement sorti les crocs »

21 mai
L'Actu de la semaine
A 40 ans, et après plus de 20 ans au plus haut niveau, Arnaud Siffert a choisi de tirer sa révérence. L’occasion pour lui de revenir pour nous sur les grandes étapes de sa carrière.

Ma première licence

« C’était en 1985, à Saint-Michel sur Orge, dans l’Essone. J’avais 7 ans. Des amis de la famille me gardaient, et ils étaient également dirigeants du club local. Mes parents voulaient que je fasse du sport, et ne savaient pas trop quoi me proposer. Ces amis m’ont dit d’essayer le handball, et ça m’a tout de suite plu. Je n’ai jamais arrêté. Je n’ai d’ailleurs jamais fait autre chose. (sourire) » 

Ma première coquille

« Je suis allé très vite dans les buts. J’ai fait la première année sur le terrain, un petit peu partout, mais très rapidement je suis allé dans le but. Personne ne voulait y aller à l’époque, la mode est venue bien après. Il faut dire que les ballons étaient durs et faisaient mal et que les buts étaient trop grands car il n’y avait pas encore les buts de mini-hand. C’était forcément un peu déroutant, mais moi ça m’a plu. J’étais efficace, personne ne voulait me piquer ma place, je pouvais jouer tout le match tranquille. C’était un bon compromis. (sourire) »

Mon premier entraînement avec les pros

« Je suis arrivé en 1993 à Massy. J’étais alors en cadets, et c’était le grand club de la région. J’ai eu cette opportunité de grandir là-bas et j’ai gravi les échelons tranquillement. Mon premier entraînement avec les pros, c’était au mois d’août, je devais avoir 17 ans. Mais je n’en garde pas un souvenir précis. Je me souviens plus de mon premier entraînement en 1985 que de celui-là. (sourire) A l’époque, je prenais ça comme une chance, mais je ne me disais pas: « c’est le début de quelque-chose ». Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Mon ambition n’était pas forcément de devenir pro car ça n’existait pas vraiment à Massy. Je voulais juste aller le plus haut possible. Je ne savais pas quelles étaient mes capacités. Mon rêve était de jouer au moins une fois en D1, ou au pire contre une D1 en Coupe. Et puis les choses sont allés très vite. Et me voilà avec plus de 500 matches de Lidl Starligue au compteur… (sourire) » 

Mon premier match avec les pros

« C’était en septembre 1997 à Pontault-Combault. J’étais le 3e gardien de l’équipe de D1, et l’un des deux, Pascal Boudsocq pour ne pas le citer, s’est blessé. Je me suis retrouvé à faire la pige sur le banc, et j’ai eu l’opportunité de rentrer sur un penalty. Et je l’ai arrêté, ça commençait bien. (sourire) C’était Emmanuel Courteaux qui a vu un petit jeune dans les buts et qui s’est dit qu’il allait tenter un chabala. Je l’ai bien lu. (rires) »

Mon entraîneur le plus marquant

« Je vais en citer deux. Je vais d’abord dire Thierry Anti car c’est celui avec qui j’ai collaboré le plus longtemps. Mais, c’est toujours par tranches de deux ou trois ans car c’est toujours vivant avec Thierry. (sourire) Il y a eu de très bons moments, d’autres plus difficiles. Encore aujourd’hui il y a des hauts et des bas. Thierry n’est pas quelqu’un de lisse, et moi non plus, même si j’essaye d’éviter le conflit. Mais forcément c’est un entraîneur qui m’aura marqué, avec beaucoup de positif, et aussi du plus difficile. Il aura jalonné ma carrière puisqu’il voulait déjà me recruter en 2000 lorsque j’ai signé à Paris et je vais finir avec lui. Après j’ai été très marqué par les trois années passées avec Patrice Canayer. J’ai vu la bête de travail à l'oeuvre. (sourire) C’est très enrichissant. Ce n’est pas forcément surprenant car de l’extérieur tu peux le concevoir, mais c’est quand même bluffant de voir autant de travail et de rigueur au quotidien. » 

Un entraîneur des gardiens ?

« Sur mes 22 ans de carrière, je dois avouer qu’en tant que gardien, on reste forcément à part et mis de côté. Je n’ai jamais eu la chance d’avoir un entraîneur dédié sur une saison complète. J’ai eu sporadiquement des gens qui ont eu envie de s’en occuper, comme Arnaud Calbry à Dunkerque. J’ai aussi eu des séquences à Montpellier avec Fabrice Grasset. A Nantes, Thierry Anti a toujours voulu s’en occuper, même si Grégory Cojean a fait quelques séances également. Mais ça reste sporadique avec des gens motivés pour le faire, mais nous n’avions personne de dédié. Tout le monde est d’accord pour dire que c’est un poste qui est extrêmement important dans le handball. On en a d’ailleurs le parfait exemple actuellement à Nantes puisqu’on traverse une période difficile dans le but et les résultats en pâtissent… C’est un poste que tout le monde met en lumière mais dont personne ne s’occupe, et que personne ne cherche vraiment à comprendre. C’est une petite frustration pour moi car j’ai vu l’évolution du handball en France, et beaucoup de choses ont évolué. Mais pas ça. J’ai eu l’ambition de me consacrer à cela après ma carrière, mais je vois aussi que les choses n’évoluent pas beaucoup. Il y a 2-3 entraîneurs de gardien en Lidl Starligue, il faut que ça continue. Daouda (Karaboué) fait aussi du très bon boulot au niveau fédéral. Mais je pense que ce n’est pas encore assez ancré dans les moeurs. » 

Le meilleur joueur avec lequel j'ai joué

« Il y en a eu pas mal. (sourire) Mais je vais rester très classique en citant Michaël Guigou. Même si ce n’est pas celui qu’on voit le plus à l’entraînement, pas celui qui en fait des caisses, qui fait des gestes de folie... Mais je n’ai pas le souvenir d’avoir fait beaucoup d’arrêts pendant les trois années passées avec lui. C’est vraiment l’efficacité et la sobriété. »

Mon adversaire le plus difficile à jouer

« Je ne vais pas citer une personne, mais plutôt un style. Les ailiers scandinaves m’ont fait beaucoup de mal en Coupe d’Europe au fil de ma carrière. Ils sont capables de tout faire, et ils ont été très difficile à lire. Un Lars Christiansen était vraiment compliqué… (sourire) Globalement, j’étais moyennement serein quand on jouait contre les ailiers scandinaves. » 

Mon adversaire préféré

« Idem, je ne vais pas citer un joueur en particulier car sur une carrière ça s’équilibre. Il y a des phases. Il y a des top joueurs qu’on arrive à lire, et des joueurs moins connus sur qui on n’y arrive pas. En revanche, j’ai toujours bien aimé les bons bourrins sur les bases arrières. J’ai toujours bien aimé jouer contre les clubs allemands par exemple. (rires) »

Mon meilleur ami dans le hand

« Il y en a quelques-uns. J’ai eu la chance de croiser des gardiens avec qui je me suis toujours très bien entendu. De Bruno Martini il y a 20 ans à plus récemment Vincent Gérard ou Cyril Dumoulin. Ca vient en lien avec ce que je disais un peu avant. Les gardiens sont un peu mis à part et incompris. Et bien nous, on s’est bien compris. (sourire) Tout ça crée du lien. Ce sont des personnalités très différentes, mais avec qui j’ai partagé des choses fortes. Après je me suis toujours entendu avec ces gars-là, je ne sais pas pourquoi. J’ai peut-être un peu trop d’humilité pour me mettre en avant. Mais ça m’a permis de passer une belle carrière, et de bien m’entendre avec mes collègues. Je n’ai jamais véritablement sorti les crocs pour jouer la concurrence dans mon club. Je ne sais pas si c’est une qualité, mais ça m’aura permis de passer une carrière plutôt paisible sur ce point. » 

Mon meilleur souvenir

« J’en prends deux. Il y a la première finale de Coupe EHF, avec Nantes, en 2013. C’était à Beaulieu dans une atmosphère extraordinaire. J’ai fait un match que je ne m’explique pas encore, même si ça n’a pas suffi (défaite 24-26 face à Rhein-Neckar, ndlr). On était outsider, on a perdu, mais on en a profité un max je pense. Et puis il y a la finale de Coupe de France remportée avec Nantes, en 2017(victoire 37-32 face à Montpellier, ndlr). C’était pas mal du tout. (sourire) C’était mon premier titre avec Nantes, c’était à Bercy devant toute la famille, et j’ai eu la chance de jouer ma mi-temps avec le public nantais derrière mon but. C’était un partage durant 30 minutes, c’était exceptionnel. »

Mon pire souvenir

« Je vais quand même mettre la finale de la Ligue des champions perdue la saison passée (27-32 face à Montpellier, ndlr). Autant j’ai une finale perdue qui reste un bon souvenir, autant celle-là, perdue face à mon ancien club… C’est un match que l’on aurait pu gagner, que l’on a mal abordé… Tu sais que c’est une occasion probablement unique. Ca a du mal à passer. Le moment a été très douloureux. Il y a aussi cette défaite à Chambéry, avec Montpellier, en 2015 (défaite 29-27) à deux journées de la fin. On fait une saison exceptionnelle et cette défaite nous prive du titre. On a vécu une saison vraiment longue, éprouvante, et on échoue à 2m du bol de sangria… » 

La suite...

« Après avoir envisagé beaucoup de choses dans le handball puisque j’ai eu l’ambition d’être entraîneur, puis entraîneur des gardiens, je pense avoir besoin d’une vraie coupure. J’ai besoin de passer à autre chose et je m’oriente sur une carrière d’agent commercial pour une grande compagnie d’assurance, Swiss Life. C’est une opportunité de reconversion qui m’a été présentée par l’AJPH (le syndicat des joueurs, ndlr) et je m’en voudrais de ne pas la saisir. C’est un nouveau défi, et j’espère que ça va marcher car je pense que c’est ce qui me fallait, partir de zéro sur un nouveau défi comme cela.  Je ne sais pas si le handball va me manquer. J’en connais en tout cas deux qui sont plutôt contents que je ne reprenne pas la troisième semaine de juillet. (sourire) Je vais découvrir les week-ends, et ça risque de changer beaucoup de choses. Maintenant je vais aussi découvrir les journées de 8h. (rires) Ce ne sera pas facile, mais je vais découvrir la vie normale. J’ai hâte d’y être. » 

Benoît Conta

LIDLSTARLIGUE