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« Je suis très excité de découvrir l'après »

03 juin
L'Actu de la semaine
Jeudi, face à Cesson-Rennes, Thierry Omeyer jouera le dernier match de son immense carrière. L'occasion pour lui de revenir sur quelques grands moments d'un exceptionnel parcours.

Ma première licence

« C’était à Cernay en 1982. J’avais 6 ans et c’est la ville dans laquelle on habitait et mon père y entraînait. C’était naturel pour nous de prendre une licence avec mon frère jumeau (Christian, ndlr). On a essayé d’autres sports en parallèle du handball, comme le judo, un peu de gym, un peu de tennis ou un peu de natation, mais je n’ai jamais accroché. »

Ma première coquille

« C’est à l’âge de 12 ans que je me suis décidé à aller dans les buts. J’avais essayé un peu tous les postes, et on a fait un concours pour savoir qui irait dans le but. J’ai gagné et puis mon état d’esprit collait à ce poste, je savais que c’était un poste important pour gagner les matches. Ca m’a plus très rapidement. Et puis il y avait mon frère dans l’équipe, et lui marquait les buts. C’était encore un petit niveau, et on était un peu-dessus grâce à ça. Mais lors de la première année, j’ai dû terminer deuxième meilleur buteur. A l’époque on engageait des buts et quand j’étais énervé je remontais tout le terrain en dribble pour marquer. (rires) Et puis je tirais les penaltys. »

Mon premier contrat pro

« Je suis resté à Cernay jusqu’à 17 ans, et puis je suis parti à Sélestat une fois que j’ai eu mon Bac. J’allais au Sport Etudes à Strasbourg, et je jouais à Sélestat car je voulais jouer au plus haut niveau. J’ai eu la chance de faire quelques matches avec les pros assez rapidement et j’ai vite été intégré au groupe pro. A l’époque, le contrat pro n’était pas le plus important, ce que je voulais, c’était jouer en D1. » 

Ma première sélection

« 19 septembre 1999. Je m’en rappelle quand même. (sourire) En plus elle est écrite sur la carte postale que nous fait la FFHB. C’était la première fois que j’enfilais le maillot bleu. C’était à Dijon, contre la Roumanie, un match de qualification pour l’Euro 2000. J’avais déjà fait quelques rassemblements, un challenge Marrane, mais ça ne comptait pas dans les sélections. C’était un grand moment pour moi. J’avais joué la deuxième mi-temps et j’avais été plutôt performant »

Ma première médaille d'or

« C’était lors du Mondial 2001. C’était ma première grande compétition puisque lors de l’Euro 2000 je n’avais fait aucune feuille de match. Je venais d’arriver à Montpellier, j’avais découvert la Ligue des champions, et j’avais fait de belles performance avec les Bleus. Alors j’ai eu la chance de jouer en poules, puis de commencer en quarts de finale, et lors de la finale. Forcément, c’est quelque-chose de fort, devant ton public… C’était mon premier titre et c’était un titre de champion du monde. Ce n’est pas mal, non ? (sourire) Et puis je suis fier d’avoir boucler la boucle en remportant le titre pour ma dernière compétition, au même endroit, en 2017. Je ne pensais pas avoir cette longévité. J’ai eu la chance d’avoir pu être performant tout au long de ces années, et d’avoir pris quelques titres quand même avec cette belle génération. (sourire) Je ne pensais pas en remporter autant au début de ma carrière, mais l’appétit est venu en mangeant… » 

Mon départ à l'étranger

« C’était en 2006, à Kiel. J’avais envie de découvrir la Bundesliga car étant jeune et alsacien, j’avais vu pas mal de matches à la télé. (sourire) J’avais envie de découvrir un nouveau championnat, qui plus est dans un club historique comme le THW Kiel. Je voulais franchir un pallier et voir jusqu’ou je pouvais aller. Je voulais découvrir une nouvelle culture, parler une nouvelle langue, voir ce que ça faisait d’être un joueur étranger, être attendu. J’ai passé sept très belles années là-bas. » 

Mon coéquipier le plus fort

« Je dirais Nikola Karabatic même si j’ai eu la chance d’évoluer avec plein de grands joueurs. J’ai joué dans beaucoup de grands clubs, de jouer en équipe de France où il y a eu pratiquement les meilleurs joueurs du monde à tous les postes. J’ai eu la chance de jouer comme Niko, mais aussi comme Jérôme Fernandez ou Daniel Narcisse. Je pourrais tous les citer, de Michaël Guigou à Luc Abalo, en passant par les frères Gille. Il y a en a eu tellement. Et puis en club, que ce soit aujourd’hui à Paris avec Mikkel Hansen ou Uwe Gensheimer, ou à Kiel, avec Filip Jicha ou Stefan Lovgren. »

Mon adversaire préféré

« J’ai toujours aimé jouer contre la Croatie. C’est un duel qui a animé la génération des Experts. Au début, quand j’ai commencé, il y avait la belle génération avec Balic, Lackovic ou Dzomba qui nous dominait, notamment en 2003 et 2004. Et puis, on a réussi à inverser cette tendance en les dominant et en les privant de quelques titres (sourire). Il y a forcément cette finale de 2009, à Zagreb. C’est le match que tout le monde attendait. C’était vraiment un match fantastique à jouer, un immense défi. C’était vraiment ce qui nous faisait avancer ce genre de défis. Personnellement, j’adorais ce genre de matches. J’étais vraiment surmotivé. » 

Mon meilleur souvenir

« C’est dur d’en retirer un. Chaque titre a une saveur particulière. Maintenant les deux titres olympiques sont au-dessus des autres. Les JO, ça reste la plus belles des compétitions. Devenir champion olympique, c’est un sentiment assez incroyable… (sourire) 2008, ça nous a marqué, c’était la première fois. Mais 2012, il y a aussi une belle saveur car on jouait devant nos amis, nos familles, et il y avait tout ce public. On avait l’impression d’être chez nous. C’était exceptionnel. »

Mon pire souvenir

« Il y a des défaites qui nous ont fait grandir. En 2004, aux Jeux par exemple, on perd face à la Russie en quarts, et ça nous a servi pour la suite, même si c’était dur à encaisser sur le moment. C’était sans doute un peu trop tôt. Pareil pour la fameuse défaite au Mondial 2007, face à l’Allemagne, en demi-finales. Mais je ne changerais rien. En club, il y a également eu des passages difficiles. Quand tu perds en finale de la Ligue des champions, c’est compliqué. Il y a ces deux défaites avec Kiel face à Ciudad Real (2008 et 2009, ndlr), mais aussi la finale de 2017 avec Paris, que l’on perd à la dernière seconde, face au Vardar. Tu fais une super saison, une super demie, et c’est frustrant de s’arrêter là. » 

Le dernier chabala tenté par mon frère

« Je sais qu’il en a tenté, mais je ne suis pas sûr qu’il en ait marqué. (sourire) Je me souviens l’attendre là-dessus, mais je ne sais pas s’il a réussi à en passer un. Ça remonte à quelques années maintenant. En tout cas, c’était des duels toujours un peu compliqués. Je pense que dans le duel tireur-gardien, il a plus souvent gagné, mais il me semble avoir gagné le dernier match entre nous. (rires) »

La suite...

« Je veux m’investir pour le Paris Saint-Germain. Ça fait cinq ans que je suis là, et j’ai pris énormément de plaisir à jouer ici, à contribuer à faire grandir ce club, avec notamment ces cinq titres de suite en Lidl Starligue. Maintenant je veux continuer ce travail, mais plus sur un côté extra-sportif. Je suis impatient de voir ce dont je suis capable de l’autre côté. Pour cela, je vais terminer en septembre ma formation de manager général sportif d’un club, à Limoges, avec le CDES. Je ne pense pas que le terrain me manque beaucoup. J’ai 43 ans, j’ai 25 saisons derrière moi, et je suis arrivé au bout. Il est temps de passer à autre chose, et c’est une décision mûrement réfléchie. Je suis très excité de découvrir l’après. »

Benoît Conta 

LIDLSTARLIGUE