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« Greg Anquetil a été ma muse ! »

20 juin
L'Actu de la semaine
Après avoir traversé tout l'ère LNH, entre Chambéry et Cesson-Rennes, en passant par Montpellier, Nîmes et Istres, Maxime Derbier stoppe sa carrière professionnelle, à l'âge de 32 ans. L'occasion pour lui de revenir sur les grands moments de sa vie de handballeur.

Ma première licence

« C’est une histoire un peu particulière puisque je faisais à l’époque de la gymnastique. C’était à Belley, dans l’Ain, là où  ont démarré Gueric Kervadec ou Cédric Burdet. Je faisais donc de la gym, et ça ne se passait pas très bien. Le prof nous obligeait à faire des grands écarts. (sourire) Du coup en plein milieu du cours, je suis parti en disant « j’en ai marre, j’aime pas », et je suis tombé sur un entraînement de handball. C’était l’école de handball et l’entraîneur m’a demandé pourquoi je pleurais. J'ai un peu bougonné et il m’a dit de rester. Une semaine plus tard j’avais ma licence de hand. (rires) »

Mon premier match avec les pros

« Je suis resté à Belley jusqu’en -18 championnat de France, puis je suis parti en sport-études à Chambéry, avec Jacky Bertholet et Rudy Bertsch. Et puis là ça a été très rapide puisque j’ai enchaîné avec le centre de formation, et j’ai profité des blessures des mecs de l’équipe première pour intégrer le groupe. Je n’avais même pas 17 ans. Mon premier match, il me semble que je le joue contre Pontault-Combault, à Chambéry. Ca s’était plutôt bien passé, mais il faut dire qu’à l’époque c’était une belle machine avec Stéphane Stoecklin, Vlado Sola ou Daniel Narcisse. Le travail des ailiers était facilité. (sourire) Dans la foulée, j’ai enchaîné avec les déplacements en Ligue des champions, et c’est forcément grisant quand tu es jeune. Je ne ressentais aucune pression, c’était 100% plaisir. Je n’avais pas de contrat, juste une licence. (rires) Mon objectif c’était d’être le plus performant. Après je ne dis pas que je ne me faisais pas engueuler, c’était quand même Boule l'entraîneur (Philippe Gardent, ndlr) ! (rires) »

Mon premier contrat pro

« C’était à Ivry, l’année de mes 18 ans. Chambéry me proposait un contrat de centre de formation, mais je voulais tout de suite entré dans la vie active handballistique. (sourire) Je voulais aussi changer d’environnement, de manière de fonctionner. A l’époque il y avait Luc Abalo, Audray Tuzolana et l’inamovible FX Chapon. On jouait la Coupe d’Europe et ce fut une belle découverte avec une équipe compétitive. Après ça m’a aussi permis de savoir que je n’étais pas fait pour la vie parisienne. (sourire) C’était assez compliqué pour moi d’arriver là, d’avoir un salaire, de résister à toutes les tentations de la vie parisienne. Je n’ai pas été capable de tout gérer, je l’ai reconnu assez rapidement. C’était difficile pour moi de me dire: « non, non tu ne sors pas faire la fête ». (sourire) »

Mon entraîneur le plus marquant

Crédit: Twitter G. Gille

« Rudy Bertsch. Sans aucun problème. C’est clairement lui qui m’a tout appris. C’était l’exigence un peu à l’allemande. Il était à la fois une mère pour nous, parce qu’il faisait très attention à nous, mais aussi un père fouettard. Il nous défonçait. (rires) Il courrait partout sur le terrain, c’était impressionnant. Heureusement que pas grand monde n’assistait aux entraînements car il aurait peut-être été interné rapidement. (sourire) Mais quand on voit les joueurs qu’il a sorti, des frères Gille à Daniel Narcisse, en passant par Stéphane Stoecklin, il en a sorti un paquet. Je pourrais également citer Patrice Canayer, que j’ai croisé une saison à Montpellier (2005/2006, ndlr). C’est une saison qui fut compliquée pour moi car j’ai eu de très gros soucis familiaux à cette époque. Je n’ai pas été capable de les gérer. Et Montpellier, c'était une machine qui tournait. Mais Patrice a été très très humain avec moi. Il a très bien compris que j’ai été un jeune, que j’étais loin de ma famille, et que c’était très compliqué à gérer pour moi. Que ce soit lui ou Robert Molines, le président de l’époque, ils m’ont très bien entouré. »

Mon adversaire le plus difficile à jouer

« Thierry Omeyer. C’est dommage, il arrête maintenant, j’aurais pu faire une année de plus. (rires) Il avait vraiment l’ascendant psychologique sur moi. Je me souviens de l’année que j’ai passée avec lui à Montpellier. J’ai souvenir d’une séance de contre-attaques, et il m’a sorti 5/6 tirs de suite en me faisant tirer où ille  voulait. Ca m’a rendu fou. (rires) J’étais le dernier à courir comme un débile sur toute la longueur du terrain alors que tout le monde était assis sur le côté à regarder. Et lui il continuait, il ne s’est jamais dit: « allez je le laisse marquer, on va boire un coup ». Une fois qu’il est dans ta tête, c’est compliqué d’être encore lucide sur ce que tu as à faire. (sourire) » 

Mon coéquipier le plus fort

« Je ne peux pas dire autre chose que Greg Anquetil, avec qui j’ai passé un an à Montpellier. Il est au-dessus de tout. Je n’ai pas besoin de refaire sa carrière. Il a été le plus fort, et il a été ma muse car je me suis vraiment inspiré de lui sur toute ma carrière. C’est exactement ce que j’aurais souhaité être. Après, chacun son parcours par rapport à ses qualités et opportunités, mais clairement, il m’a impressionné. Je m’identifiais plus facilement à ce type de personne, un peu Barjot mais aussi très performant. Il n’était pas juste là pour déconner. Il était décisif en match, il savait l’ouvrir quand il le fallait. Il avait toutes les qualités pour être un leader. »

Mon adversaire préféré

« Je n’ai jamais eu trop de soucis sur les gardiens explosifs. La chance que j’ai eu, c’est d’avoir les qualités pour avoir une détente suffisante pour rester longtemps en l’air, et ce genre de gardiens te donne souvent la solution un petit temps avant que tu tires. Donc j’étais plutôt à l’aise sur des gars comme Rémi Desbonnet, Rémy Gervelas… tous les Rémi en fait. (rires) Il y a aussi Patrice Annonay qui est très explosif. » 

Mon meilleur ami dans le hand

« Jérémy Suty. On s’est connu très tôt dans les sélections jeunes et junior. Et puis il est de Bourgogne donc on se rencontrait aussi en comité, etc. On ne s’est pas côtoyés pendant un temps puis on s’est retrouvés avec plaisir à Cesson. On a eu nos gamins en même temps. C’est d’ailleurs le parrain de mon deuxième. C’est vraiment le grand copain. (sourire) »

Mon meilleur souvenir

« Mon premier match en Ligue des champions, avec Chambéry. On va à Metkovic, une des places fortes du handball à l’époque. Il y avait Ivano Balic, Ivan Cupic, il y avait une belle équipe (alors entraînée par un certain Ivica Obrvan, ndlr). On arrive à gagner là-bas de 5-6 buts (25-30, ndlr). Je suis sur le banc et après une dizaine de minutes, Mickaël Grossmann qui se fait les croisés à cause d’un coéquipier qui lui tombe sur le genou. Du coup on me lance dans le grand bain et je dois marquer 5/6 buts. Je retiens ce moment, pas à cause de mes buts, mais parce que je l’ai vécu à fond, je n’avais pas de pression. Pourtant la salle, c’était chaud, on nous jetait des piles dessus, derrière les bancs, il y avait une plaque de plexi pour nous protéger. A l’entrée de la salle, il y avait même un panneau avec un revolver barré, comme si c’était une simple interdiction de fumer. (sourire) C’était irréel, mais je l’ai pleinement vécu. Un copain m’a d’ailleurs gravé le match car il est ressorti sur YouTube, et m’a dit de le conserver précieusement. » 

Mon pire souvenir

« Je n’ai pas la date, mais je me rappelle d’une élimination en Coupe, avec Nîmes. On perd contre Montpellier aux tirs au but, et je rate le tir décisif (il s'agit de la demi-finale de Coupe de la Ligue 2008, perdue 31-31 puis 4-3 aux tab, ndlr). Le gardien c’était Daouda Karaboué, et je me rappelle exactement le tir que j’ai fait, la parade qu’il a faite. Ca m’a hanté, sans exagérer, pendant des années. J’arrivais à l’entraînement pour m’entraîner aux pénos et je me disais: « putain mais pourquoi j’ai pas fait ça ? ». Il est vraiment resté des années dans ma tête. J’ai eu la chance de lui en remettre après, mais ils n’ont jamais été aussi décisifs. »

Mon regret

« L’équipe de France. J’ai été présélectionné dans les listes élargies lorsque j’étais à Istres mais il y a eu un enchaînement de mauvais résultats. On est descendus en D2, puis je me suis blessé au poignet. Tout un tas de petites choses qui ont fait que… J’aurais voulu avoir au moins un maillot des A. Les petits maillots, en jeunes, je les ai, mais il me reste ce regret. Mais je ne peux pas dire qu’on ne m’ait pas donné ma chance, je n’ai aucune amertume à ce niveau-là. Si je ne l’ai pas eu, c’est que je ne le méritais pas. Maintenant c’est un regret car quand tu fais du haut niveau, tu veux toucher l’élite extrême, et à cette époque, surtout avec cette génération, ça aurait été de faire partie de cette équipe. »

Ma décision d'arrêter

« C’est plus amer... Je n’avais pas forcément prévu d’arrêter de cette manière-là, avec une descente. Ma décision date de décembre, et on était encore bien au classement. Ca a été compliqué lors des derniers mois, durant lesquels j’ai été mis sur le côté. Mais je ne veux pas rentrer dans les détails... Toujours est-il qu’il n’y a pas eu d’au-revoir. Ca faisait 6 ans que j’étais là. Je ne suis pas l’enfant du club, mais je faisais partie des anciens je pense. Ca se termine un peu en eau-de-boudin mais je ne veux pas m’arrêter là-dessus. Pour le reste, je prends cette décision car, si physiquement tout va bien, la balance sacrifice/plaisir s’est inversée depuis quelques années, et j’ai besoin de me ressourcer. Aujourd’hui j’ai juste besoin de profiter de femme/enfants/copains et de tourner la page. »

La suite...

« Là, tout de suite, je suis en train de pêcher avec les copains. (rires) Pour le reste, je vais rester dans la région rennaise. Pour ma reconversion, je vais m’orienter idéalement dans le domaine de l’environnement ou du management sportif. Je ne sais pas encore si je vais entamer une formation, ou si je démarre en bas de l’échelle, ce qui ne serait pas la première fois, mais ça fait déjà deux ans que j’y réfléchis. J’ai en tout cas envie d’aller vers quelque-chose qui me plaît. Je vais découvrir ce qu’est de bosser à un rythme plus classique. (sourire) Mais j’appréhende ça de la bonne manière. J’ai la chance d’avoir une femme qui n’a jamais été une fan de handball, et qui bosse à l’hôpital. Ca m’a toujours permis de garder les pieds sur terre, de connaître les galères de la « vraie vie ». Au final, j’ai juste à regarder comment elle en chie, et je vais faire pareil. (rires) » 

Benoît Conta

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