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Sanad, un Vert (presque) comme les autres

01 oct.
À la découverte de...
Troisième meilleur buteur de la saison passée, Mohammad Sanad semble reparti sur les mêmes bases cette saison. A 28 ans, l’international égyptien, maître dans l’art de la contre-attaque, recueille les fruits d’une intégration totalement réussie dans le Gard.

"Il y a quand même un truc que je ne comprends pas chez vous… Les restos sont fermés de 14h à 19h ! Ce n’est pas possible ça, en Egypte ! C'est 24h/24 !" Il a fallu creuser, mais on a trouvé un petit nuage dans le ciel de Mohammad Sanad. Avec l'apprentissage de la rude grammaire à la française, voilà la seule (petite) ombre au tableau. Pour le reste, "Momo" s’est parfaitement fondu dans le décor nîmois, et ce depuis son arrivée, à l’été 2017. "On a l’impression qu’il est là depuis 20 ans, confirme son coach, Franck Maurice. Il a acheté sa maison à Nîmes, sa famille est parfaitement intégrée. On sent un mec bien dans son projet de vie." Une impression confirmée par le principal intéressé. "Dès le premier jour, j’ai eu l’impression de connaître tout le monde, on ne m’a jamais traité comme un étranger. Tous les gens sont gentils avec moi ici", sourit l’ailier droit de 28 ans. 

Mais le chemin vers le Parnasse ne fut pas de tout repos pour le gamin d’Heliopolis, un quartier de la mégalopole du Caire. Joueur de squash jusque-là, il est poussé vers le handball par son père, qui estime alors que le fiston a les qualités pour y briller. Bingo. Alors qu’il grandit au sein du club de sa ville, il a 20 ans lorsqu’il est recruté par le plus grand club du pays, Zamalek, avec qui il décroche la Ligue des champions africaine, en 2011. "Mais mon rêve, dès mes 18 ans, c’était de partir en Europe, se souvient le gaucher. Mais c’est compliqué pour nous de quitter le pays. Il faut avoir un visa, et les clubs européens ont des réticences. Ils n’ont pas beaucoup d’expérience avec les joueurs égyptiens. Il y a plein de petites choses qui les freinent."

Crédit photo: FB du joueur

Franck Maurice: "Il a vite matché avec notre ADN"

En attendant de traverser la Méditerranée, Mohammad Sanad ne perd cependant pas son temps, en décrochant notamment un Bachelor en économie. "C’est dans notre culture de continuer les études. Tout peut s’arrêter un jour, et il faut préparer la suite", glisse-t-il. Au final, le costume et la cravate attendront tout de même quelques années. La persévérance du jeune homme finit par payer, en 2015, avec une offre venue de Hongrie et du modeste club de Komló, dans le sud du pays. "J’ai décroché un contrat d’un an, il fallait saisir cette chance. Je l’aurais regretté sinon", explique celui qui ne prend même pas un mois pour trouver ses marques. Tête bien faite, il fait rapidement valoir ses qualités et attire l’oeil de La Rioja, en Espagne, alors engagée en Ligue des champions. 

Crédit photo: USAM

Et si la mobylette fonctionne à plein régime sur son aile droite, l’expérience tourne court, suite au retrait du sponsor principal du club, Naturhouse. Nous sommes en juin, et l'avenir sur le Vieux Continent s'assombrit. "J’étais vraiment triste et déçu, je commençais à me faire à l’idée de retourner en Egypte", confirme l’ailier droit. Et puis le téléphone s’est mis à vibrer. Ce sera Nîmes. "On avait dans un premier temps décidé de partir avec deux jeunes sur le poste, puis David Tebib, le président, a eu vent de l’opportunité de recruter un joueur international, avec une expérience en Ligue des champions. On peut dire qu’il a eu le nez fin", se félicite Franck Maurice, qui voit débarquer un joueur taillé pour son projet de jeu. 

Contre-attaquant hors pair, l’Egyptien fait instantanément l’unanimité. "Il se projette très vite vers l’avant, avec une relation très forte avec Rémi Desbonnet. Il s’entend aussi très bien avec Julien Rebichon sur les engagements rapides. Il a vite matché avec notre ADN. Et puis il a un gros sens de la finition, auquel il a désormais ajouté les jets de 7m", décrypte le technicien gardois, qui n’a pas hésité à prolonger le contrat de son joueur jusqu’en juin 2023. De quoi en faire un exemple pour les jeunes égyptiens, actuellement très performants dans les catégories jeunes ? "Je l’espère, conclut l’intéressé. Je pense que tout ça est très positif pour le handball égyptien. On montre petit à petit aux clubs européens qu’ils peuvent avoir confiance lorsqu’ils nous recrutent, que l’on est capable de s’intégrer et de performer." Et même de se faire aux horaires des restaurants… 

Benoît Conta

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