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Les premières fois de... Rodrigo Corrales

19 mai
Les premières fois de...
Après trois ans à Paris, Rodrigo Corrales va quitter la Lidl Starligue pour Veszprem. L'occasion pour lui de revenir sur quelques grands moments de sa vie et sa carrière.

Mon premier entraînement de handball

« Je devais avoir 11 ans. C’était chez moi, à Cangas, en Galice. Avant j’avais fait du football, mais aussi quelques sports nautiques comme le kayak, car c’est une ville maritime. J’ai commencé le handball un peu par hasard, à l’école, en suivant les potes. Il faut aussi savoir qu’à Cangas, il y a une équipe de handball en première division, donc nous avions comme exemple, comme miroir, ce qui se faisait de mieux. Grâce au handball, j’ai aussi pu commencer à voyager, d’abord en Galice, puis dans toute l’Espagne. Tout ça a fait que j’ai continué. Pour ce qui est du poste, je suis allé tout de suite dans le but. Au foot, je jouais déjà un peu dans le but. Et quand j’ai commencé le handball, j’ai vu tout de suite que comme j’étais un peu plus grand que les autres, et que mes copains avaient un peu de mal dans ce grand but. (sourire) Moi je me sentais bien, même si les entraîneurs voulaient que je joue sur le champ, pour profiter de ma grande taille. Mais ça ne m’intéressait pas trop, et je voyais que je n’étais pas très coordonné. A l’inverse, dans le but, je faisais des arrêts, je me sentais plutôt bon. J’étais déjà assez souple, agile. C’était naturel au final. » 

Crédit: Faro de Vigo

La première fois que j'ai su que je n'allais pas être pêcheur

Crédit: Faro de Vigo

« Toujours ! (rires) J’ai toujours su que je ne ferai pas comme mon père ou mon grand-père. C’est trop dur. C’est tellement de sacrifices… J’ai tellement d’admiration pour eux. Mais je savais aussi que ce n’était pas ce que je voulais. Je ne m’imagine pas traverser l’Atlantique sur un petit bateau comme ça. Car ce n’est pas un yacht ou un bateau pour une croisière de luxe. Tu es tout confiné. (rires) Et puis tu es loin de ta famille. Je me rappelle que mon père, qui est désormais décédé, partait 4/5/6 mois en mer. C’était dur pour nous, pour lui. Maintenant, on a l’opportunité de choisir, et si tu as envie d’être pêcheur, tu le fais. Mais si tu veux faire autre chose, tu as aussi cette possibilité. Mais à l’époque, c’était les années 70, tu n’avais pas le choix. Mon oncle et mon père ont fait pêcheurs en haute mer pas par plaisir, mais pour aider leur famille. Ce n’était pas le métier de leur vie à la base. Je suis admiratif de ce qu’ils ont fait… et je suis d’autant plus content d’être handballeur. Il faut se rendre compte à quel point je suis un privilégié. J’ai vu la souffrance de mon père, qui a dû renoncer à tellement de choses. Alors moi, je peux dire que j’ai renoncé à voir mes potes, que j’ai renoncé aux vacances durant mon adolescence pour ma carrière. Mais lorsque tu mets tout ça en perspective, ce n’est pas grand-chose. Et c’est pour ça que je reste conscient d’avoir une chance et une liberté énormes. » 

Mon premier départ de la maison

« J’avais 15 ans, c’était pour Barcelone. Je passais de la côte ouest à la côte est, il y avait plus de 1000 kilomètres. Et puis je passais d’une ville de 25000 habitants à une ville si énorme… C’était forcément un sacrifice de quitter la famille, les amis. Ce fut une décision difficile à prendre, mais Barcelone c’est le meilleur centre de formation en Espagne. C’était aussi un rêve. C’est le moment où je me suis dit que j’avais la possibilité de devenir pro. J’ai aussi compris que pour être pro, l’envie ne suffisait pas, il y a plein de choses à mettre en place. On se levait à 7h pour commencer par des entraînements spécifiques, de la musculation. Il fallait beaucoup de travail pour atteindre notre rêve. A cette époque, j’ai passé beaucoup de temps avec Bala (David Balaguer), Gonzalo (Perez de Vargas) ou Alvaro (Ruiz). On était une petit bande et on ne se quittait pas. On ne savait pas si on allait y arriver, mais on donnait tout. »

Ma première rencontre avec Gonzalo Perez de Vargas

Crédit: Instagram de Gonzalo PDV

« Il est arrivé à Barcelone un an après moi. Mais on s’était déjà rencontrés lors de différents rassemblements de jeunes avant cela. On a tout de suite accroché. Quand il est arrivé à Barcelone (en provenance de Tolède, ndlr), j’ai pu lui expliquer un peu comment ça fonctionnait. Avec Gonzalo c’est spécial, car on a le même âge, on est presque né le même jour (ils ont 13 jours d’écart). On était concurrents mais à côté de ça on a une super relation, on s’est beaucoup apportés mutuellement. On se comprend très bien, et ce qu’on a vécu à Barcelone, ça restera pour la vie. Maintenant, on forme la paire en équipe d’Espagne, et c’est vrai qu’on se complète bien. (sourire) Il y a le grand et le petit, avec chacun nos forces, chacun notre expérience. Mais notre principale force, je pense que c’est notre bonne relation. Quand il y en a un qui est sur le terrain, l’autre sur le banc est là pour l’aider, pas pour espérer à tout prix rentrer sur le terrain. On se connaît très bien, et ça facilite tout. Notre relation est saine et ce qu’on veut, c’est juste aidé l’équipe à gagner. »

Mon premier départ de Barcelone

« C’était difficile, forcément. J’ai passé sept années là-bas, j’ai gravi tous les échelons au sein du club. Mais j’ai aussi grandi dans ma vie d’homme, avec notamment la période adolescente. J’ai eu mon bac, j’ai vécu tant de choses… Maintenant, il a fallu partir car je n’avais pas le niveau pour jouer en équipe première. Et je suis parti à Huesca. Je voulais voir quel était mon niveau en ayant beaucoup de temps de jeu. Il fallait quitter le cocon et prendre de vraies responsabilités, pas juste jouer en tant que numéro 3. Alors il a fallu couper le cordon, quitter les potes. Mais c’était la meilleure décision possible. »

Mon premier départ d'Espagne

« C’était pour Plock, en Pologne, en 2014. Vu la situation du handball espagnol, ce départ devenait de plus en plus évident. J’étais bien à Huesca, j’ai beaucoup progressé, mais il fallait franchir un pallier. Partir en Pologne me permettait de jouer la Ligue des champions, de jouer face aux meilleurs joueurs du monde. Je voulais continuer à progresser car, tout au long de ma carrière, mon moteur a été de voir était ma limite. Ce n’était pas un souci pour moi de changer de pays, je n’avais rien à perdre, juste à travailler encore et encore. Bon, il faisait un peu froid, mais ce n’est pas le plus important, je suis arrivé dans une super équipe, et je me suis vite intégré, en apprenant la langue notamment. Et puis il y avait beaucoup de fans, le handball le handball a une vraie place là-bas. »

Crédit: Instagram du joueur

Mes premiers pas à Paris

« C’était en 2017. C’était évident. Quand j’ai reçu cette offre, je n’ai pas hésité. J’ai toujours voulu jouer avec les meilleurs joueurs du monde, et cette offre est arrivée… Comme je l’ai dit, j’ai toujours voulu connaître ma limite, alors c’était l’occasion idéale de continuer à progresser. En étant dans ce vestiaire, je voulais voir comment ces gars-là, qui ont tout gagné, ont gardé cette envie de tout gagner. Je voulais observer cette mentalité, cette façon de travailler. Et puis l’un de mes joueurs préférés, Nikola Karabatic, m’ a appelé personnellement pour savoir si je voulais venir jouer avec eux. C’était énorme. Ca m’a donné beaucoup de confiance. Je me suis senti un privilégié. Il y avait aussi le fait de jouer avec Titi Omeyer, qui a tout gagné sur une si longue période. Je voulais vraiment observer sa façon de travailler. Et puis, au-delà du sportif, c’était aussi une opportunité d’apprendre une nouvelle langue, de découvrir une nouvelle ville, une nouvelle culture… »

Mon premier titre avec l'Espagne

Crédit: Instagram du joueur

« Enorme. (sourire) C’était lors de l’Euro 2018, en Croatie. Personne n’avait prévu ça, même dans l’équipe. On avait cette aspiration d’aller le plus loin possible, forcément, mais c’est tellement dur une compétition comme ça. Tu es isolé pendant un mois, loin de ta famille, à vivre à l’hôtel, t’entraîner et faire les matches. Nous, cette compétition, on l’a pas très bien commencé avec des défaites face au Danemark et la Slovénie. Tout s’est joué face à l’Allemagne, champion en titre, pour la qualification pour les demi-finales. Et, là, on a super bien joué ce match, et on quelque-chose s’est créé. On venait de vivre un petit changement de joueurs, et on a pris beaucoup de confiance grâce à ce titre. Je pense que notre équipe, si tu regardes en détail, il n’y a pas forcément les meilleurs joueurs du monde à chaque poste. Sur le papier, ce n'est pas la meilleure équipe. Mais à la fin, collectivement, chacun connaît son rôle et on sait qu’on peut très bien joué ensemble et gagner des compétitions. Mais on a aussi conscience qu’on peut perdre contre tout le monde, comme lors du Mondial 2019. Mais chacun se sent important dans ce collectif car on sait qu’il y a beaucoup de matches en peu de jours, et que chacun aura son rôle à jouer. C'est notre force. »

Mes premières études de journalisme

« Ah oui, mais je n’ai pas fini encore. (rires) J’ai commencé lorsque j’étais à Barcelone, mais je n’ai pas terminé. Maintenant je continue et je cherche toujours à apprendre des choses. Quand je voyage avec l’équipe, il y a le match, mais j’essaye aussi d’apprendre quelque-chose. Si je sens quelque-chose de différent, ça aiguise ma curiosité. On a joué en Corse par exemple en Coupe de France et j’ai posé beaucoup de questions pour en savoir plus sur cette région, son histoire. C’est quelque-chose que j’aime. J’aime être informé, apprendre, et pas que dans le handball. J’aime bien. Alors pourquoi pas dans le futur devenir journaliste ? Quand je regarde beIN SPORTS, Thomas Villechaize, je le kiffe. Au foot, j’adore Omar Da Fonseca. Ca m’attire depuis petit et c’est pour ça que je continue d’apprendre, d’’apprendre des langues aussi (il parle l’espagnol, le catalan, le galicien, le portugais, l’anglais le polonais et le français, ndlr). Combien ? Je ne sais pas, il n’y a pas de limite ! Il y a toujours de l’espace pour le savoir. (rires) »

Mon premier mot de hongrois

« Juste bonjour ! (rires) Non je n’ai pas encore commencé à l’apprendre. (sourire) J’ai du taff qui m’attend. J’ai signé à Veszprem pour quatre ans, j’ai un peu de temps. Pourquoi signer là-bas ? J’avais plusieurs options, dont celle de rester à Paris. Mais je n’ai pas trouvé d’accord avec Paris. Je n’ai rien à dire sur mon expérience ici et je voulais d’ailleurs rester. Mais j’avais une offre d’un contrat de deux ans, et moi je voulais trois. Et on n’est pas parvenu à un accord. Veszprem est arrivé avec un contrat de quatre ans, je trouvais que c’était une belle marque de confiance. Il n’y a pas eu de question d’argent ou quelque-chose comme ça. Je n’ai pas demandé plus d’argent, mais je voulais trois ans et ils sont restés à un contrat de deux ans. J’avais besoin de stabilité dans ma vie et au final, nos projets ne correspondaient plus. Mais tout ça n’enlève pas la reconnaissance que j’ai pour Bruno (Martini) et tout ce que le club a fait pour moi. »

Mon premier Final4 avec Veszprem

« Ce Final4 n’aura pas beaucoup de sens… J’aurais commencé la compétition avec une équipe pour la finir avec une autre… Mais je pense aussi aux joueurs qui n’auront même pas l’occasion de finir le travail, comme (Gudjon Valur) Sigurdsson. Moi j’aurais aimé finir le travail avec Paris, essayé de gagner cette Ligue des champions. On a beaucoup travaillé pour ça et c’est un peu dur pour moi de devoir partir comme ça. J’aurais préféré la jouer ou bien l’annuler. Maintenant c’est comme ça. J’espère en tout cas que l’on reprendra un peu l’entraînement au mois de juin. Déjà parce que le handball nous manque beaucoup. (rires) Mais j’aimerais aussi dire au-revoir. J’ai vraiment vécu de belles choses ici et je n’ai que des bonnes choses à dire sur les gens ici. Ce qui est dur à accepter pour moi, c’est de ne pas pouvoir dire au-revoir au public, à mes coéquipiers qui sont devenus des amis. Alors si on peut se voir en juin, ça permettrait de faire les choses à peu près bien. (sourire) »

Benoît Conta

LidlStarligue