close


Geoffroy Krantz : "Si Patrice Canayer ne vient pas me chercher, aujourd'hui je joue encore en D2 !"

03 août
Dans les souvenirs de...
Geoffroy Krantz a arrêté sa carrière professionnelle en 2018, après n'avoir connu que trois clubs : Montpellier, Gummersbach et Saint-Raphaël. Et si le demi-centre a habituellement la réputation d'un taiseux, il n'a pas hésité à partager avec nous les souvenirs marquants de son passé handballistique.

Mon premier match pro

En vrai, j’en ai aucune idée ! Mais vraiment…C’était avec Montpellier, ça c’est sûr, mais ça ne m’a pas marqué. J’ai pas eu de bizutage non plus, c’était assez calme dans ce club (rires) !

Mon dernier match pro

Celui-là je m’en souviens beaucoup mieux ! C’était à Aix, et c’était bien, il y avait encore de l’enjeu. On sortait de la finale de coupe d’Europe perdue contre Berlin, et si on perdait à Aix on finissait sixième du championnat. On avait été malmené mais on avait arraché le match nul qui nous suffisait. De l’émotion ? Pas plus que ça, j’avais bien préparé ma sortie et j’étais pas mécontent d’arrêter. Il n’y a pas eu de larmes ou quoi que ce soit, d’autant plus qu’on était plusieurs anciens à arrêter cette année-là, du coup on a plus vu cet arrêt comme quelque chose de positif.

Ma première coupe d’Europe remportée

C’était avec Montpellier, mais j’étais plus sur la liste que sur le terrain. D’ailleurs, pour la remontée contre Pampelune, j’étais dans les tribunes. C’était fou, mais je n’avais pas l’impression d’y avoir participé des masses. La première avec Gummersbach, c’était quelque chose. On joue devant 15.000 personnes à la Köln Arena, c’était la première fois en vingt ans que le club remportait un trophée, c’était la folie. J’ai remporté trois coupes d’Europe là-bas, mais la première, c’était fou, la ville était en ébullition. Et, en plus, j’avais beaucoup joué, donc ça m’a beaucoup marqué.

Le joueur le plus fort avec lequel j’ai joué

Nikola Karabatic, haut la main. J’en ai connu beaucoup des bons, des gars comme Guigou qui était impressionnant, même sur des postes où il n’évoluait pas beaucoup, mais Niko…On est arrivé en même temps à Montpellier et j’ai vite senti qu’il était pas comme les autres. Il était capable de faire énormément de choses, et surtout de tout enchainer en faisant ça bien. J’ai pu assister à la montée en puissance du phénomène.

Le joueur le plus fou

Greg Anquetil, là aussi, y’a pas de discussion, même s’il s’est un peu calmé sur la fin. Je vais rien raconter, y’en a trop, et puis il faudrait lui demander, je suis sûr que y’a plein de trucs croustillants !

Le joueur le plus dur que j’ai côtoyé

Des mecs comme Golic, Puigségur, Anquetil, étaient durs mais bienveillants. Ils avaient un objectif pour toi, et pour faire en sorte que tu l’atteignes, ils pouvaient être assez méchants. Ils étaient hyper exigeants et c’était parfois un peu compliqué à suivre (rires). Mais ce sont des gars comme ça qui font grandir une équipe, faut pas croire que les équipes qui gagnent des titres sont remplies de bisounours. Je m’en souviens comme d’une période dure mais agréable, hyper bénéfique pour la suite de ma carrière.

Le coach qui m’a marqué

Patrice Canayer, évidemment. Parce que j’ai beaucoup travaillé avec lui, bien sûr, mais aussi parce que c’est lui qui m’a amené là vers le hand pro. Sans lui, je serais encore en D2, sans savoir qu’on peut vivre du hand (rires). Tactiquement, Alfred Gislason a aussi été très important quand j’étais à Gummersbach.

Le meilleur moment de ma carrière

En termes d’émotion, je dirais la dernière coupe d’Europe remportée contre Tremblay. On est à -7 à un quart d’heure de la fin dans la Lanxess Arena et quand on lève la tête, on voit les gens sortir de la salle parce qu’ils pensent que c’est plié. Et quand tu vois ça, tu gamberges. Mais on a réussi à revenir, à aller chercher un nul qui nous donnait cette coupe d’Europe. Faut être honnête, c’était plutôt moche en termes de handball, mais en termes d’émotions, c’était monstrueux.

Le pire moment de ma carrière

La suspension, et d’assez loin. Sur le moment, tu ne sais pas du tout d’où ça vient, surtout que je m'étais porté volontaire pour le contrôle, tellement j'étais sûr que je n'allais pas avoir de souci. Quand le résultat tombe, tu te demandes ce qu’il t’arrive, et c’est des grands moments de solitude. Mais je crois que je m’en suis pas trop mal sorti, j’ai été bien épaulé par le club de Saint-Raph’ et les gens de ma famille. Mais franchement, prendre une telle sanction quand tu n’as rien fait, je ne le souhaite à personne.

Ma première Marseillaise à Bercy

C’est touchant (rires). Oui, touchant, parce que tu ressens une connexion avec le public, tu te retrouves devant 15.000 personnes à chanter ça et tu te sens un peu ridicule parce que t’es pas programmé pour chanter ça. Mais je ne vais pas mentir, je ne vais pas dire que c’était un aboutissement ou je ne sais pas quoi. Contrairement à un mec comme Niko qui voulait devenir le meilleur joueur du monde, je me suis plus laissé porter par les choses que je ne suis allé les chercher. Si Patrice ne vient pas me chercher, je suis encore en D2. Bah pour l’équipe de France c’est pareil, c’est un concours de circonstances qui fait que j’arrive en bleu.

La plus grosse embrouille à laquelle j’ai assisté

Une fois, on s’est bien chauffé avec Nicolas Moretti. C’était à la mi-temps d’un match de coupe d’Europe où on défendait comme des bourricots, et j’ai du faire une réflexion. Et bon, Moretti, c’est un mec un peu sanguin (rires). On n’en est pas venu au moins mais c’est la première fois où je me suis dit que ça pouvait péter. Mais on a été boire une bière après et fin de l’histoire. C’est souvent comme ça, à Montpellier, les mecs étaient meilleurs potes mais se rentraient salement dedans, pour le bien de l’équipe. Avant d’aller se réconcilier autour d’une bière. Dans le vestiaire, les embrouilles que j’ai vues n’ont pas duré bien longtemps….Ma femme me dit que le moment où on se dispute le plus, c’est quand on joue aux cartes avec Raph’ Caucheteux. Quand tu joues à la coinche avec lui, si tu t’engueules ça peut durer pendant des semaines (rires) !

Et maintenant ?

Je suis auto-entrepreneur dans plein de domaines différents. Je fais des terrasses en bois, du carrelage, je pose des rayons X dans un aéroport…J’ai bien coupé avec le hand pendant deux ans mais j’ai un scoop pour toi, je resigne pour cinq ans à partir de cet été (rires) ! Bon, blague à part, je vais juste entrainer l’équipe 2 des -15 de Saint-Raph’. Les dirigeants m'ont demandé et j’ai dit ok, même si je n’ai aucune expérience dans le domaine. Mais ça va, je ne serai pas seul. Après ma carrière, j’ai pris le temps de voyager, on est parti au Canada direct après la fin de ma dernière saison donc, au final, le hand ne m’a jamais manqué.

 

KD