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David Tebib : “Ce qui nous guide, c’est l’intérêt collectif.”

24 sept.
Entretien
Alors que le championnat de Lidl Starligue reprend dès ce soir, avec deux rencontres au programme, le président de la Ligue Nationale de Handball, David Tebib, revient sur les dernières annonces effectuées et partage sa vision pour les mois à venir.

David, tu es président de la Ligue Nationale de Handball (LNH) depuis cinq semaines, que retiens-tu de ces premiers jours ?

Ces cinq semaines sont passées à la vitesse de la lumière, nous avons abattu un travail important avec les équipes. Nous avons été proactifs dans plusieurs domaines. Le premier a été de sécuriser en priorité les acteurs du jeu, les joueurs et les entraineurs. Un travail collaboratif a été également réalisé avec la commission médicale. Dans le même temps, il a fallu réfléchir à la reprise, collecter toutes les informations que l’on avait sur les clubs et leur situation. Nous avons préparé avec les équipes de la LNH la conférence de rentrée qui a été une vraie réussite. En cinq semaines, nous avons fait un travail de titans.

Comment conçois-tu ton rôle de manager, à la tête de cette grande famille multidimensionnelle du handball ? 

Mon rôle est celui du chef d’orchestre. Je fais en sorte que toutes les composantes du handball professionnel travaillent ensemble dans la plus grande transparence, que tout le monde travaille en collectif et avance vite. Mon travail est de fédérer toutes les énergies.

“Ce qui me guide aujourd’hui, c’est la survie du plus grand nombre.”

Comment fait-on pour obtenir un consensus sur des sujets aussi vastes et avec des points de vue aussi différents ?

Le moment du vote est la partie émergée de l’iceberg. Pour arriver à une large majorité, il faut travailler en amont avec les équipes. Il faut préparer ses sujets, être sincère sur l’objectif recherché. Ce qui me guide aujourd’hui, c’est l’éthique, c’est à dire la survie du plus grand nombre. Tout ce qu’on doit impulser doit s’adresser au plus grand nombre, c’est comme cela que nous pourrons relever tous les défis.

Quand on t’écoute, on a une impression de grande unité et pourtant, une voix dissonante se fait régulièrement entendre. Comprends-tu la remise en question de ta neutralité, dans le sens où on imagine difficilement Jean-Michel Aulas à la tête de la LFP…

C’est une remarque qui a le droit d’être faite mais j’aurais aimé qu’elle ne se retrouve pas dans un journal. La LNH collabore bien avec le club de Nantes et la place de ce club est à l’intérieur de la ligue, en assemblée générale ou dans les groupes de travail. Avant d’accepter cette mission, j’avais souhaité consulter l’ensemble des composantes du handball professionnel. L’option que j’incarne est venue de l’ensemble des acteurs de la Ligue. Je comprends donc la question, mais elle est en décalage, c’est comme si une flèche avait été tirée à côté de la cible.

Pour l’instant, tu occupes une position d’intérim. As-tu vocation à aller au-delà ?

La seule chose qui compte, c’est le projet et non la personne. Avant de parler d’individus, parlons d’objectifs et de résultats. La Ligue Nationale de Handball a été une des ligues les plus proactives durant la période que nous avons traversé. La captation télévisuelle va être mise en place sur les cinq rencontres non retransmises par notre partenaire beIN SPORTS, nous avons mis en place un règlement clair en cas d’impossibilité de jouer un certain nombre de rencontres, que ce soit pour la Lidl Starligue ou la Proligue. Nous avons dévoilé une nouvelle charte graphique, qui symbolise le renouveau et la modernité que nous souhaitons incarner. Ce qui doit nous importer collectivement, ce sont tous ces sujets, pas la question de la gouvernance.

“Une telle couverture TV, c’est du jamais-vu.”

Concernant les diffusions des matchs cette saison, tu parlais récemment de “révolution”. En quoi cela en est-il une ?

Aujourd’hui, pouvoir proposer à la fois des affiches avec un dispositif technique premium, grâce à notre partenaire beIN SPORTS, une ligne éditoriale très marquée, avec un éclairage spécial sur le match du dimanche, et, en complément, cinq matchs en clair sur les sites des clubs et la plateforme LNH TV, c’est du jamais-vu. Je ne crois pas que d’autres sports aient impulsé une telle initiative, d’autant plus durant cette période.

Quel va être le modèle économique de ce dispositif et quels en seront les objectifs chiffrés ?

Certains matchs du WarmUp LNH ont été diffusés en Facebook Live et ont généré un très grand nombre de vues. C’est important compte tenu du contexte et vu qu’il s’agissait de matchs amicaux. Nous allons tester un modèle économique pendant une saison pour ensuite proposer le meilleur contenu à tous les fans de handball. Je vous en dirais plus très bientôt. 

En quoi ce WarmUp LNH a aidé la LNH à préparer la saison qui arrive ?

Comme un formidable laboratoire d’idées. Des clubs ont joué leurs rencontres en configuration championnat pour se mettre en place sur les conditions sanitaires. Cela nous a permis de collecter des données et d’occuper l’espace médiatique, d’être en mouvement dans une période difficile. C’était très satisfaisant d’autant plus que le public a été au rendez-vous.

“Notre objectif est clair : faire en sorte de jouer le plus de matchs possible.”

En quoi va consister le protocole sanitaire mis en place pour la reprise du championnat ?

Il sera basé sur des tests mis en place 72 heures avant les rencontres, avec une tolérance liée à certaines zones. Les cas positifs seront mis à l’isolement. Toutes les garanties nécessaires seront prises pour les supporters, avec le port du masque, des jauges limitées en lien avec les autorités concernées. On va chercher à donner le maximum de confort tout en sécurisant le plus possible le périmètre. Notre objectif est très clair : faire en sorte de jouer le plus de matchs possible.

Suivant leur répartition géographique, certains clubs vont être plus touchés que d’autres par les restrictions ou les annulations de rencontres. Comment s’organiser pour que le championnat soit le plus égalitaire possible ?

Nous avons souhaité que les règles du jeu soient connues dès le départ. Je salue l’intelligence des entraineurs et des joueurs, qui ont compris que c’était une saison où il allait peut-être falloir jouer plusieurs fois dans la semaine. On va essayer le plus possible de conserver la formule de base, c’est à dire de jouer 30 matchs en Lidl Starligue et 26 en Proligue. Ceci étant, à la ligue, notre job est d’anticiper le plus possible. C’est pour cela qu’on parle d’un nombre de matchs minimum dans les deux championnats et d’une formule dégradée pouvant aller jusqu’à un gel des championnats, sans montée ni descente.

A combien se monte le risque financier pour les clubs qui ne pourraient pas jouer dans des salles avec une jauge pleine ?

Nous réalisons des actions de lobbying avec les associations de clubs professionnels et d’autres partenaires. J’attire l’attention sur certaines zones géographiques où les choix qui ont été fait pourraient mettre les clubs en grand danger économique. On doit lutter le plus possible pour éviter de telles situations. Faisons confiance à la LNH et aux clubs pour avoir des jauges minimales qui nous permettront de traverser cette épreuve difficile.

Quelle place peut occuper le handball professionnel dans les prochains mois ?

Il ne faut pas rester focalisé sur le Covid. Nous devons avoir à l’esprit que cette séquence ne va pas durer éternellement. En attendant, comme l’ont rappelé le Président de la République ainsi que le Premier Ministre il faut continuer à vivre. Ce qui doit nous guider, à la LNH, c’est d’accompagner les  clubs professionnels pour jouer un véritable rôle d’ambassadeur auprès de leur territoire. Nous devons faire en sorte que le handball professionnel s’ouvre à de nouveaux horizons. Nous avons encore beaucoup d’idées pour relever tous ces défis.

 

Crédit photos : JB Autissier / Panoramic et S.Sauvage / PAUC