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"Djo" Boisedu est de retour

19 févr.
Laurent Moisset raconte
La carrière de Johan Boisedu se lit comme un roman. Grand voyageur, l’arrière réunionnais désormais plus vieux joueur de champ en Lidl Starligue, fait un retour remarqué à Ivry.

Dormagen, Balingen, Pontault-Combault, Créteil, Tremblay, Vernon, Saint-Raphaël, Dunkerque, Ivry, les Emirats Arabes Unis, le Qatar mais également le Koweit, Oman, la Tunisie, l’Arabie Saoudite et encore Puerto Sagunto, Cangas en Espagne, la route ne s’arrête jamais et raconte déjà tout de l’improbable parcours et des incroyables aventures vécues par Johan Boisedu, ce gamin de la Réunion interdit de séjour en Métropole à 18 ans et, finalement, obligé de s’expatrier.

« Mon rêve c’était un centre de formation mais le Conseiller technique régional décidait, chaque fin de saison, des jeunes qu’il allait recommander. Me concernant, je n’entrais pas dans ses radars. Il estimait que je n’avais pas le niveau et la porte s’est refermée. » Mais Johan Boisedu a, déjà, du caractère ainsi qu’une passion dévorante pour le jeu et lorsque Dormagen, en Bundesliga, se manifeste, il va franchir le pas. « En fait, j’ai eu un correspondant au téléphone et je n’y croyais pas. J’ai raccroché trois ou quatre fois avant de comprendre que mon interlocuteur était vraiment sérieux. Et je suis parti… »

Son destin d’aventurier est tout tracé et laisse deviner un monde de découvertes, d’incertitudes, aussi, dès que l’on sort du cadre, des habitudes et du confort. Jo Boisedu, à l’évidence, n’a pas choisi la voie la plus facile mais son caractère, très tôt, s’affirme et se construit au-delà des situations convenues. Il a cette rencontre avec Pascal Mahé, l’ancien capitaine des Bleus à l’époque des Barjots, en Allemagne « qui m’a pris sous son aile », avec Gudmundur Gudmundsson, son premier entraîneur, historique coach de l’Islande mais également champion olympique avec le Danemark en 2016 aux J.O de Rio. Oui, il a déjà cet appétit pour les aînés dont l’expérience, évidemment, enrichit son jeu et son vocabulaire.

Thierry Anti qui l’accueille à Pontault-Combault puis à Créteil sera de ceux-là. Et si son parcours hexagonal, englué dans l’incompréhension, parsemé de départs et de changements - six clubs en dix ans seulement - ne sera pas une réussite totale, il ne nourrira aucun regret et n’entretiendra aucune amertume.

Sous les ordres de Thierry Anti, Johan Boisedu (sur le banc, caché par Dragan Pocuca ) a remporté la Coupe de la Ligue avec Créteil lors de la saison 2002-2003

La polémique, les critiques et les jugements ne l’ont jamais atteint

« J’ai compris comment fonctionnait le système et que, par exemple, on ne te jugeait pas sur tes performances. Alors, bien sûr, j’ai commis plein d’erreurs. J’aurais pu être plus « rond », plus diplomate, ne pas montrer mes états d’âme, mais je n’aurais pas été moi-même. En vérité, j’ai joué où je le souhaitais et fait ce que j’ai voulu. » C’est sur ce credo qu’à 30 ans, il décide, une nouvelle fois de tout changer et de partir dans le Golfe à Dubai. Il laisse derrière lui un sentiment de confusion, comme s’il y avait eu un lourd malentendu entre le handball français et lui.

« Peut-être, sourit-il, que tout était déjà faussé lors de mon retour en France à l’aube des années 2000. Mon histoire remettait le système en cause puisque j’en avais été écarté dès le départ. On a aussi laissé entendre que je n’étais pas stable, que je n’étais pas allé au bout de mes capacités et que, peut-être, j’avais gâché ma carrière. Tout cela a glissé. Ce n’était pas mon ressenti. J’ai toujours pris du plaisir à jouer, eu conscience de la chance que j’avais. Maintenant, on n’est pas tous fait pareil et ma fierté est d’avoir quand même démontré qu’il n’y avait pas qu’un chemin pour remplir une carrière. »

Quand, en 2013, le Qatar, lancé dans une campagne de naturalisation en vue du Mondial 2015, pose son regard sur le Réunionnais, il fait, de nouveau, l’objet de sarcasmes et de critiques virulentes. Claude Onesta, le sélectionneur en personne, est même l’un des premiers à appuyer le commentaire. « Boisedu ? Il jouera plus facilement le Mondial avec le Qatar qu’avec l’équipe de France. Ce n’est pas l’idée que je me fais du lien avec mon pays. »

Pourtant, Jo n’a rien demandé et il n’entre d’ailleurs pas dans les plans de Valero Rivera. « Et quand bien même, s’amuse-t-il ? Je n’ai effectivement jamais joué en équipe de France mais mon parcours à l’étranger démontre que je suis un citoyen du monde. D’ailleurs, d’autres pays, comme l’Espagne par exemple, ont fait appel à ces naturalisations. C’est le même truc quand on disait que j’étais un mercenaire. Pourtant, je ne gagnais pas plus dans le Golfe qu’un bon joueur européen en Europe. Je crois qu’au fond on n’a pas toujours compris mes choix, ma volonté, cette envie que j’ai eu à 30 ans de voir du pays, de découvrir le monde et de nouvelles cultures. Mais je n’en veux à personne. »

Lors de la saison 2009-2010, Johan Boisedu a fait une pige à Dunkerque, alors son 6ème club dans l'Hexagone

A Dubaï, il côtoie Diego Maradona…

D’autant que cette vie-là, jamais ancrée par la force de l’habitude, entretient sa flamme. A Dubaï, à Al Wasl, il rayonne et se fait un nom dans le Golfe. Commence une autre vie, entrecoupée, de piges à Oman, en Arabie Saoudite, en Tunisie. « Les saisons sont courtes et si tu es en contrat avec un club, tu peux être prêté quinze jours, un mois ou pour une compétition à une autre entité. »

Globe-trotter, pigeon voyageur, Jo Boisedu est dans son monde, celui qui ne l’écarte jamais de nouvelles rencontres. Celle avec Diego Maradona, à Dubaï reste un souvenir fort. « Il dirigeait le club de foot et on le rencontrait lors de cérémonies organisées par notre club. Ma femme est espagnole, aussi le contact s’est fait naturellement. Il était dans une belle période, en belle santé. Il était très accessible et moi je rêvais comme un gosse. »

Rêver mais jouer toujours. Se remettre en question encore à 37 ans en bout de carrière. Il repart. A Valence, en Espagne, la ville natale de son épouse. Puerto Sagunto l’appelle en novembre de la saison 2017-2018. Un défi hors normes qui le fait, aujourd’hui encore, frémir. « C’était la Liga Asobal, je ne connaissais pas. Ça se tentait. » Il termine dans le top 10 des meilleurs buteurs du Championnat alors qu’il a manqué les huit premiers matches de la saison !

Jo Boisedu heureux après la victoire de Créteil face à Montpellier en finale de la Coupe de la Ligue 2003

39 ans et toutes ses dents

Mais tout a une fin et lorsqu’il arrête en mai dernier, à quelques semaines de ses 39 ans, la page handball, cette fois, semble définitivement tournée d’autant qu’il a refusé de nouvelles opportunités. Pouvait-il, cependant, ignorer celle d’Ivry aux portes de l’hiver ? « Je continuais de m’entraîner. Mais, bon, il m’a fallu me préparer sérieusement, perdre 15 kilos. » Pascal Léandri, le directeur d’Ivry, a sauté sur l’occasion. « Il connaît le Championnat, a bourlingué, est plein d’expérience. Jo, je l’ai retrouvé comme quand il est parti. Il est riche d’enthousiasme et de joie. Ça compte dans un groupe. »

Johan Boisedu s’amuse plus que jamais. Pour son premier match officiel la semaine dernière contre Cesson il a marqué 5 buts. « Ça vaut le coup de redécouvrir ce Championnat, la Lidl Starligue qui pèse si lourd maintenant. Il y a du plaisir à venir. Quand je pense, par exemple, que je vais jouer contre Melvyn Richardson, le fils de Jack mon modèle, que j’ai porté dans mes bras quand il était bébé. Voilà, j’ai repris mon sac à dos et je ne peux toujours pas dire quand j’arrêterai. Tant que mon corps me portera… »

Le Réunionnais n’en a toujours pas fini avec le handball.

L.M
Crédits Photos L.Hitier / S.Pillaud

LIDLSTARLIGUE
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