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Pourquoi la Ligue des Champions sourit-elle à nouveau aux clubs de Lidl Starligue ?

01 avril
Laurent Moisset raconte
La réussite des clubs français en Ligue des Champions est autant due à la fascination que procure le jeu qu’au talent de ses acteurs.

La victoire, la réussite d’un club ne tiendraient qu’à un but de Karabatic, qu’à un arrêt d’Omeyer, qu’à l’exploit d’une individualité. L’idée s’est largement répandue ces dernières années dans tous les sports collectifs mais elle n’est qu’un leurre destiné à amorcer et captiver l’intérêt du spectateur ou du téléspectateur. Elle ne reflète pas, évidemment, la réalité, sinon le PSG aurait, depuis longtemps, remporté la Ligue des Champions. Elle n’est donc qu’une explication partielle et réductrice de l’énergique reprise en main des clubs de Lidl Starligue sur le handball continental.

L’an dernier à Cologne, Montpellier s’est imposé sur une certaine idée du jeu et au fil d’une solidarité sans faille. Le PSG a rempli les mêmes conditions, cette saison, tout au long d’un parcours en phase de poules où la qualité de son jeu a, toujours, sublimé le résultat. Nantes, fraîchement qualifié depuis samedi soir pour les quarts de finale de la grande fête européenne, a tracé le même destin, dressé sur sa volonté collective, mené par des principes de jeu où l’abattage commun détermine, ensuite, l’initiative individuelle. Désigné héros de Loire-Altantique, croulant sous les éloges de ses partenaires, Romain Lagarde (auteur de 8 buts) eut des mots forts, éclairants, si justes pour exhaler l’engagement du groupe. « On a poussé le camion tous ensemble, au bout de nos forces. C’est pour ça que la victoire est si belle et que nous sommes tous sur notre petit nuage. »

Romain Lagarde, décisif ce samedi, et Rock Feliho, patron du secteur défensif, sont des symboles de la philosophie du jeu nantais.

La volonté de construire une victoire à parts égales

La performance nantaise a, encore, un sens beaucoup plus profond. Elle met en lumière les vertus fondamentales du sport collectif. L’acharnement à défendre ensemble, la capacité des uns et des autres à serrer les dents et les coudes, la solidarité, la volonté de construire la victoire à parts égales. Des forces qui vont au-delà des stratégies, de la tentation individuelle et font, bien sûr, la beauté du sport.

On n’imaginait pas, forcément, Nantes capable d’un tel changement de cap après les fortes perturbations traversées au cœur de ce mois de mars. Trois défaites consécutives (Paris en championnat, Chambéry en Coupe de France et Rhein-Neckar Löwen en Ligue des Champions), fait rare quand on a le statut du « H », auxquelles il a fallu ajouter les annonces, plus ou moins prématurées, des départs de Thierry Anti et de Nicolas Claire au cœur du projet depuis si longtemps alors que Nicolas Tournat et Romain Lagarde, symboles de la jeunesse triomphante nantaise, seront, également, sur le départ à l’horizon de juin 2020.

Comment ne pas croire que de telles secousses n’allaient pas avoir de désagréables répercussions dans le money time de la saison ? Comment ne pas céder à l’idée que l’implication serait, fatalement, beaucoup moins prégnante ? Oui, comment ne pas se dire qu’à ce croisement de sa jeune histoire, le « H » devrait remiser ses ambitions dans l’armoire aux souvenirs ? Le sport garde, heureusement, ce pouvoir de réunir et de rassembler.

« Je ne vais pas dire, reconnaît le capitaine Rock Feliho, que nous n’avons pas été touchés par tous ces événements parce que nous ne sommes pas des robots. On a une liberté de penser. Nous en avons beaucoup parlé entre nous mais le projet, le club, sont toujours plus forts que l’intérêt particulier. On a des devoirs vis-à-vis du club, de l’entraîneur, de nos supporters. On s’est dit que l’on devait redevenir nous-mêmes et se battre. Malgré toutes les péripéties nous sommes des joueurs et on se nourrit de toutes les émotions. Samedi, oui, c’était spécial surtout parce que ce public nous a porté encore plus fort que jamais. »

Thierry Anti et son équipe seront pour la deuxième fois consécutif au rendez-vous des quarts de finale de Ligue des Champions.

L’intérêt particulier s’est effacé sous l’objectif commun

Thierry Anti aurait eu bien des raisons de relativiser son investissement puisqu’il s’apprête à vivre une étrange situation jusqu’à sa sortie du banc normalement programmée au mois de juin 2020, mais l’entraîneur n’a rien changé dans son fonctionnement. « Il a bien fallu digérer, explique-t-il. Ce qui compte le plus, c’est le morceau d’histoire que le « H » vient d’écrire en se qualifiant pour la deuxième année consécutive en quart de finale de la Ligue des Champions. » Respect du club, de la fonction, de son engagement, Thierry Anti a, également, dans l’intimité du vestiaire, largement contribué à la nouvelle prouesse.

« Oui, j’ai réuni les joueurs. Le message était le suivant : on reste ensemble, centré sur le sportif. Que cherche-t-on ? A vivre des moments forts et vrais. L’opportunité est devant nous. Les trois jours précédant nos retrouvailles avec les Allemands, j’ai senti mes joueurs bien, heureux, déterminés à l’entraînement. Et, pour tout vous dire, je ne crois pas avoir vécu un moment aussi riche sportivement et émotionnellement que ces soixante minutes samedi soir. Quel plaisir, quel bonheur. »

L’intérêt particulier s’est effacé sous l’objectif commun. Cela dit tout, en vérité, de l’état d’esprit qui règne dans les clubs de Lidl Starligue et leur permettent, aujourd’hui, d’avoir un temps d’avance sur leurs concurrents européens. Le constat autorise à de nouvelles folies, comme celle de voir Nantes bousculer le grand Barcelone et retrouver, avec le PSG, Cologne à l’issue de la saison.

L.M
Crédits Photos S.Pillaud

LIDLSTARLIGUE
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