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Zacharia N’Diaye, le combat d’une vie

18 sept.
Laurent Moisset raconte
Les blessures ont, longtemps, menacé la carrière du défenseur chartrain. A force de volonté et de détermination, il a, pourtant, su donner un sens à son engagement dans le sport.

Zacharia N’Diaye a, souvent, traversé Coubertin tel un fantôme qu’on ne voyait pas lors de cette saison 2012-2013 pour se rendre aux soins ou en rééducation. Probablement même a-t-il dû souffrir, intérieurement, de l’anonymat dans lequel le laissaient se morfondre les nouvelles stars fraîchement débarquées à l’an 1 du règne parisien des Qataris. Evidemment, l’homme n’a pas oublié… « Elles devaient se demander qui j’étais et ce que je faisais là. »

« Tout s’arrête d’un coup, plus personne ne s’intéresse à toi. »

A l’époque, Zacharia N’Diaye n’en était qu’à la moitié de son chemin de croix, inactif, handicapé depuis quatorze mois après une rupture du tendon rotulien et une rechute. Il était seul, surtout, mesurant, alors, l’équilibre qu’il faut retrouver sur un fil rompu par la blessure, le fléau du joueur professionnel. Il était seul parce que dans cette situation, on plonge facilement dans les oubliettes quand le public accorde tous les droits et les honneurs au travailleur actif mais n’offre même pas le bénéfice du doute au pensionné de la sécurité sociale.

Zacharia N'Diaye a remporté deux fois le Championnat (2013, 2015) sous les couleurs du PSG.

« Tout s’arrête effectivement d’un coup, sourit-il malgré tout. Plus personne ne s’intéresse à toi dès que tu n’es plus dans le circuit. Il peut y avoir un sentiment d’injustice, de grand vide qui s’accentue avec la sensation d’être inutile. » La situation est d’autant plus périlleuse et délicate que les pronostics des médecins ne semblent plus offrir la moindre perspective au joueur. « On m’a fait comprendre, poursuit-il, qu’il serait préférable, voire souhaitable, que je mette un terme à ma carrière. » C’est mal connaître le personnage, sa force de caractère, sa volonté d’assouvir une passion qui l’avait vu émerger dans le milieu à l’aube de ses vingt ans à Chambéry. La détermination, déjà, s’était invitée à son destin en 2006 lorsque victime d’une grave blessure à l’épaule, il avait pris le temps de remonter la pente en combattant les à-priori et les diagnostics forcément défavorables quand « mon épaule était complètement bousillée. »

A, seulement, 22 ans, il lui avait fallu, déjà, se réinventer, imaginer un avenir beaucoup moins scintillant que laissait supposer son rôle d’arrière-buteur. « Le un contre un, l’impact, le shoot, tout cela n’était plus au programme puisqu’après cette blessure j’ai perdu 50% de mes aptitudes au tir. Le plaisir, il a fallu aller le chercher ailleurs et renoncer, bien sûr, à devenir un acteur dans la lumière. »

Formé à Chambéry, Zacharia N'Diaye a joué 7 saisons chez les Savoyards (2003-2010).

« Lutter c’est refuser la fatalité. »

Défendre bien sûr pour s’offrir une nouvelle identité et le droit de poursuivre dans le métier. Défendre c’est s’accrocher, apprendre à souffrir, à travailler dans l’ombre, à oublier de rêver. Et c’est probablement sur cette philosophie que Zacharia s’est reposé pour reprendre pied dans la réalité quand, à Paris, il a dû faire face à son malheur. « Lutter, c’est refuser la fatalité, avance-t-il. Plus on me disait que j’étais fini, plus j’avais la certitude que je rejouerais et en pleine possession de mes moyens. » Ainsi, à sa propre initiative, il rend visite à des grands spécialistes du genou à Lyon et à Barcelone. On ne lui garantit pas une reprise heureuse et confortable mais on ne lui interdit pas cet espoir. Cela passe, inévitablement, par un véritable parcours du combattant où pendant des mois, à raison de quatre heures quotidiennement, la rééducation, les efforts, les douleurs entretiennent, paradoxalement, un esprit sans nuage.

« Toutes les conditions n’étaient pas forcément réunies puisque l’on me demandait même à Paris d’arrêter et de partir. J’étais devenu un poids, un souci mais, au fond de moi, j’y croyais. Il n’y a pas eu d’ailleurs un seul moment où je me suis appesanti sur mon sort. J’aurais pu gamberger, me nourrir de regrets. Mais, non, je préférais imaginer la sortie du tunnel. » Ces vingt-six mois de souffrances et de croyances n’ont jamais altéré ses convictions. Il s’est reconstruit, soutenu par les anciens du club, Patrice Annonay et Ibrahima Diaw, boosté par Philippe Gardent, déjà son entraîneur à Chambéry avant de venir à Paris. « Le coach a beaucoup compté, reconnait N’Diaye. Je crois qu’il a toujours cru en moi. Il ne voulait pas que je quitte Chambéry et une fois à Paris il n’a pas hésité à me faire confiance. »

La preuve, lors de la saison 2014-2015, il dispute 22 des 26 matches de Championnat, remporte le titre et la Coupe de France. « Il y a beaucoup de souvenirs qui se raccrochent à cette saison-là, ma dernière dans la capitale. Ce premier match contre Cesson, cette sensation incroyable après une aussi longue absence d’être prêt, sûr de moi, si bien dans ma tête. Et puis me retrouver au milieu de toutes ces stars qui ne me connaissaient pas… »

Zacharia N’Diaye n’a jamais plus été blessé depuis. Sa foi, sa détermination, beaucoup plus fortes que la raison, lui ont permis de renaître et de croire, à 35 ans maintenant, qu’il a toujours un avenir devant lui à Chartres …

L.M
Crédits photos Philippe Riou / Stéphane Pillaud

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