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Mathieu Bataille ne rend jamais les armes

18 déc.
Laurent Moisset raconte
Partenaire et capitaine exemplaires à Ivry, reconnu sur le tard, le pivot va connaître une forte accélération de sa carrière à Nantes la saison prochaine.

La carrière de Mathieu Bataille pointe une fidélité rare à Ivry. Il a 10 ans quand il y signe sa première licence. Deux bonnes décennies plus tard, 260 matches de Lidl Starligue au compteur, brassard de capitaine serré au biceps, c’est toujours avec le même enthousiasme qu’il apparaît en tête de la troupe rouge et noire sur le parquet d’Auguste-Delaune. Le sentiment d’appartenance n’est pas feint quand il dit « qu’ici on m’a donné ma chance alors que j’étais loin d’être le meilleur chez les jeunes. » Avec le temps s’est construit une relation de confiance, un attachement qui, très tôt, ont illustré les valeurs défendues par le club du Val-de-Marne, le sens du devoir, la solidarité, le don de soi si bien incarnés par le pivot.

« De sa formation jusqu’à son épanouissement en équipe professionnelle, souligne Pascal Léandri, le directeur général du club, Mathieu s’est investi sans compter. C’est un bosseur, un costaud, un solide qui, saison après saison, a toujours franchi une marche. C’est, évidemment, sous ce prisme qu’à Ivry nous considérons notre rôle, que nous défendons notre projet. »

« C’est quelqu’un qui ne se mettra jamais en avant. »

Mathieu Bataille renvoie l’image parfaite -idéale- du joueur de club. Disponible, vaillant, silencieux mais actif et si la classification banalise le rôle, elle ne l’a jamais empêché d’exprimer ses capacités. Il fait donc partie de ces joueurs dont on ne mesure pas l’impact sur un collectif, sur lesquels toute lumière extérieure ne s’arrête jamais, ou trop rarement mais dont l’apparence invisible rend indispensable. « C’est un taiseux, reprend Léandri, et donc quelqu’un qui ne se mettra jamais en avant. Pourtant c’est un joueur moderne, puissant athlétiquement et qui allie vitesse et force. Un de ces joueurs effectivement incontournables dans un groupe. »

Mathieu Bataille revient, lui aussi, toujours à la source du jeu, à cette époque juste avant l’adolescence où « l’on joue pour jouer » avant d’envisager une place sur le banc, un premier contrat professionnel, une titularisation chez les grands puis une installation à plus long terme dans l’équipe. « Et cela ne passe que par le travail, l’effort, l’envie. Et cela ne marche que si tu es animé d’un esprit collectif. » Voilà pourquoi il ne s’est jamais vraiment arrêté sur la performance personnelle « parce qu’en vérité on ne retient que la victoire de l’équipe. »

Mathieu Bataille n'est pas qu'un défenseur (ici en 2014 à la lutte contre Mohamed Mokrani, un ancien historique de la maison rouge et noire)
« Je n’ai aucune idée de l’image que je renvoie à l’extérieur. »

En ces temps de valorisation individuelle, forcément Mathieu Bataille est un marginal. Il ne revendique jamais un moment de bravoure, une part de réussite. « Je n’ai pas d’états d’âme et je n’ai d’ailleurs aucune idée de l’image que je renvoie à l’extérieur. Peut-être suis-je méconnu. Peut-être aussi m’a-t-on trop rapidement enfermé dans un rôle de défenseur exclusif. Pourtant, j’ai toujours attaqué même si cet aspect de mon jeu n’a pas été mis en valeur. Mais, en vérité, tout cela n’a pas d’importance car ma volonté est de me mettre au service de l’équipe. »

Il a des mots aussi forts mais toujours empreints de beaucoup de lucidité lorsqu’on lui parle d’une carrière linéaire passée jusqu’à présent dans une certaine forme d’anonymat. « Il y a eu, depuis onze ans que j’évolue parmi l’élite, quelques touches mais le projet qui m’était présenté n’était pas supérieur à celui d’Ivry. Partir pour partir n’est pas dans mon tempérament. Et puis, je ne vais pas me morfondre parce que Barcelone ne m’a pas contacté.»

Nantes l’a fait au début de la saison mais cette reconnaissance sur le tard n’a pas pour autant bouleversé la vie de Mathieu Bataille. « Je ne suis pas tombé de ma chaise, s’amuse-t-il, quand j’ai été approché. D’une certaine manière, cela voulait dire que l’on accordait du crédit à mon investissement sur le terrain, que l’on reconnaissait, effectivement, mon utilité. Maintenant, je ne me suis jamais considéré comme un joueur moyen. La seule morale, en fait, c’est que le travail paye toujours. »

Quand on s’étonne d’ailleurs de son départ à 32 ans, la réponse est tout aussi claire. « Je n’ai jamais vécu dans l’attente d’une nouvelle aventure probablement parce qu’Ivry a contribué à mon équilibre. J’y ai découvert toutes les valeurs et les vertus du sport collectif. J’étais donc plutôt très tranquille dans ma tête. Je m’étais fait à l’idée de finir ma carrière à Ivry tout en sachant que si une opportunité se présentait, qu’elle en valait la peine, je franchirais le pas. » Il n’est donc pas étonnant que le « H », en pleine rénovation, ait jeté son dévolu sur le pivot ivryen. Sa sagesse, son expérience, sa puissance sont de nature à apporter de nouveaux équilibres dans un groupe qui cherche son identité. Une certitude à ce sujet, Mathieu Bataille fera comme d’habitude ce qu’il sait faire de mieux : se rendre utile à l’équipe.

L.M.
Crédit photo Sportissimo