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Yann Genty, le long chemin

13 févr.
Histoires d'hommes
L’homme et le parcours sont atypiques mais ils donnent un relief particulier à la reconnaissance tardive du gardien de Chambéry.

Il n’est pas toujours nécessaire de sortir d’une grande école pour réussir sa vie. Derrière, d’ailleurs, les destins dorés se cachent assez souvent des trajectoires compliquées. Elles n’ont, évidemment, pas que des aspects dévastateurs quand le caractère se forge dans l’adversité et que la volonté devient un guide inséparable. La lumière ne s’est donc pas arrêtée très tôt sur Yann Genty à l’aube des années 2000 alors qu’il bataillait à Villepinte en banlieue parisienne. Elle a, pourtant, émis quelques rayons dont, par exemple, Jérémy Roussel, l’actuel entraîneur de Massy, n’a jamais oublié l’éclat.

« A cette époque, début 2000, j’étais encore joueur à Villeneuve d’Ascq et j’ai joué contre lui. On voyait, déjà, qu’il avait quelque chose. Il était atypique, différent des autres gardiens. » Si l’air est connu aujourd’hui, il n’était pas très en vogue à une période où l’on recherchait au poste des grands gabarits, plutôt classiques dans leur expression et leur gestuelle. Patrice Annonay, doyen des spécialistes en Lidl Starligue à 40 ans, n’a pas oublié, lui aussi, sa première rencontre avec l’International. « J’étais encore à Angers et lui à Villepinte. On s’est retrouvé lors d’un tournoi à Landerneau en Bretagne. Ses différences sautaient aux yeux et il ne rentrait dans aucun cadre. »

« J’ai dû me battre pour l’avoir. »

La découverte, en tous cas, a marqué nos deux témoins et il n’est pas étonnant, qu’au fil du temps, ils aient tissé des liens avec Yann Genty. Ainsi Jérémy Roussel, tout jeune entraîneur à Aurillac en 2008, fit des pieds et des mains pour le compter dans son effectif contre l’avis quasi général. « J’ai dû me battre pour l’avoir. Yann n’avait, jusque-là, jamais joué parmi l’élite et pour notre première à cet échelon, les dirigeants, l’entourage voulaient s’appuyer sur un homme expérimenté. C’était peut-être un pari risqué pour eux mais il a été gagnant puisque Yann a été l’un des principaux acteurs de notre maintien. »  

Lors de la saison 2009/2010, Yann Genty évoluait en D1 sous les couleurs d'Aurillac, alors dirigé par le jeune entraîneur Jeremy Roussel

Le terrain est le lieu idéal pour apporter une réponse au doute, à la critique. Il reste, également, la référence, le point d’ancrage et le juge de paix quand le joueur est précédé d’une certaine réputation. « Il avait, effectivement, la réputation de ne pas être facile à gérer alors qu’en fait il avait juste du caractère. Il a besoin d’être coaché, challengé, besoin d’une relation étroite avec son entraîneur, de comprendre et de se sentir important. Mais j’ai d’abord vu que c’était un joueur, un enfant et quand on a ce tempérament-là, cette passion, toutes les barrières s’abaissent devant vous. »

Patrice Annonay a, très rapidement, compris que Yann Genty grandirait vite. Il a pu mesurer, mois après mois, en suivant ses performances comment il se construisait. « On parle d’un caractère, effectivement, d’un gars sûr de lui mais il faut essayer de comprendre pourquoi. Yann a perçu, très tôt, la particularité du poste. Il a pointé ses atouts, ses manques puis développé son mode de perfectionnement. De ses soi-disant faiblesses il n’a tiré que de la force et crée son propre style. Impossible de le définir, donc de le décrypter. Quelqu’un peut-il, aujourd’hui, me dire qu’il est moins efficace que les meilleurs ? »

« Comme Philippe Médard, c’est un joueur à l’ancienne, à l’instinct. »

Joueur, Nicolas Lemonne, qui a disputé la dernière saison de sa carrière à ses côtés à Cesson, trouve le mot bien trouvé faisant évidemment référence à son arrivée tardive dans la cage -à16 ans !. « Il a été joueur de champ assez longtemps pour que, finalement, ça l’aide beaucoup dans son rôle de gardien. Pour résumer donc, il sent le jeu, anticipe, piège l’adversaire, s’appuie sur une grande qualité de relance et, en général, il ne se trompe pas. Oui, son intelligence de jeu reste un gros plus. » Joueur, effectivement et fatalement fantasque, peut-être même fantaisiste, parfois, dans sa préparation. « C’est aussi son côté attachant. Dans cette façon de dédramatiser, de ne pas prendre tout au trop sérieux, poursuit Lemonne. A l’entraînement, il pouvait parfois être un peu ailleurs et puis un autre jour, il avait trouvé une veste lestée dans un coin, il l’enfilait et multipliait les montées et les descentes de gradin jusqu’à plus soif. » Laurent Munier, le directeur général de Chambéry, pointe aussi, cette forme de détachement, parfois même d’insouciance. « Il me fait penser à « Mémé » - Philippe Médard, ancien barjot et gardien de l’équipe de France. C’est un joueur à l’ancienne, à l’instinct. Quand il a grande envie, il se concentre et ferme la cage. Comme « Mémé », il réussit des parades qui viennent de nulle part. »

Yann Genty a également évolué 2 saison sous les couleurs istréennes (2010-2012)
« Le handball, aujourd’hui, est pro et carré mais Yann prend le temps. »

Déroutant encore quand les choses de la vie lui sont naturelles et qu’il reste, par exemple, insensible au statut qu’il défend désormais sous le maillot de l’équipe de France et celui, la saison prochaine, du PSG, l’un des grands d’Europe. « Dans la vie, se souvient Lemonne, il est très enthousiaste. Il n’était jamais le dernier à nous inviter pour une bouffe chez lui. Il est marrant, chambreur avec ce côté décalé qui plaît forcément. Je n’ai jamais eu l’impression, en tous cas, qu’il se mettait une grosse pression et j’ai passé une dernière année vraiment sympa avec lui. »

C’est probablement aussi parce qu’il n’a pas fondu dans le même moule que les autres que la reconnaissance est venue sur le tard, que le milieu s’est montré prudent et réticent. « Je lui ai souvent dit, témoigne Jérémy Roussel, que le train était passé mais, d’un autre côté, je pensais aussi que sa force de caractère était un atout de poids. Le concernant quand tout va mal, il ne baisse jamais la tête et ne rentre pas dans le rang. » Tous s’étonnent que Yann Genty ait été appelé si tard sur le devant de la scène mais tous s’en félicitent sachant qu’il porte d’autres valeurs.

« Le handball est très pro et carré, aujourd’hui, reprend patrice Annonay. Yann détonne un peu grâce à son détachement. Je l’ai croisé à la maison du handball au retour de l’Euro. Il était blessé, déçu aussi mais pas stressé. Il prend toujours le temps, ce recul si important également pour l’analyse. A chaque fois que je le joue à Chambéry, il m’emmène boire une bière afin d’échanger. On passe un moment ensemble et ces valeurs de partage l’honorent. »

Elles restent, en tous cas, le socle d’une carrière qui, à 38 ans, ressemble curieusement à des débuts réussis dans le grand monde.

L.M
Crédit photo S.Pillaud

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