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Louis Roche, à fleur de peau

19 févr.
Laurent Moisset raconte
La carrière n’est jamais écrite, le parcours pas toujours un long fleuve tranquille, pourtant, Louis Roche a dominé les éléments pour exister.

Louis Roche, le pivot istréen, aurait eu bien des raisons de ne pas insister dans sa quête d’une carrière professionnelle. Gamin aux Sables d’Olonne dans sa Vendée natale il joue au hand "pour faire du sport tous les jours avec les copains". La pratique répond à son besoin du partage et du vivre ensemble. Quand elle s’étire jusqu’au sport-études de Segré puis au centre de formation du HBC Nantes, elle décrit toute la passion mais, également, toute la détermination d’un môme qui forge ses convictions sur un engagement total. Cette volonté si tenace s’exprime dès ses dix-huit ans quand il intègre l’équipe France jeunes pour un Euro. "Trois mois auparavant j’avais été renversé par une voiture, se souvient-il, victime d’une fracture du péroné. Je ne devais pas être retenu mais un forfait de dernière minute m’a permis d’intégrer le groupe. J’ai été un peu un escroc parce que je n’étais pas totalement remis."

L’anecdote souligne combien le personnage est dur au mal et de quelle manière elle va, finalement, constituer le fil conducteur de sa carrière. Faute de confiance et de temps de jeu au « H », il rejoint Bordeaux à l’été 2012 en N1. Probablement pense-t-il s’ouvrir de belles perspectives après une montée en D2 et une deuxième saison qui voit le club girondin disputer les play off mais un dépôt de bilan le ramène à Nantes avec la réserve sans contrat professionnel "où je me suis débrouillé en logeant dans l’appartement de ma compagne et en vivant sur mes indemnités de licenciement".

Refoulé à Nîmes et à Hambourg…

S’il affronte la réalité de la vie, s’il se pose évidemment des questions, il garde, malgré tout, l’enthousiasme de la jeunesse. Il s’est rapproché de sa famille aux Sables d’Olonne, il s’entraîne chaque jour et joue le week-end avec la réserve du « H ». Il a également renoué le contact avec d’anciens partenaires passés à la vie active. Il travaille parfois dans le bâtiment comme s’il se préparait à prendre un nouveau virage.

Il a 23 ans mais aucune garantie concernant son avenir sportif. Peut-être même doute-t-il après deux essais infructueux lors de cette saison 2014-2015 à Nîmes et à Hambourg, alors dirigé par Christian Gaudin. "J’ai voulu tenter le coup dans le Gard mais je n’étais pas en possession de tous mes moyens en raison d’une blessure à l’épaule. Ca n’a pas marché. En Allemagne, il me semble que les dés étaient pipés. J’étais en concurrence avec un jeune joueur du crû et je pense que l’avis des anciens du club a pesé. Je n’en veux à personne mais à ce moment-là, j’imagine que mon horizon se couvre. Peut-être même faut-il passer à autre chose et, pourtant, je n’ai jamais assimilé cette période à une galère."

Louis Roche a déjà tout connu dans le métier et l’échec qui accompagne ses états d’âme ne meurtrit pas un cœur solidement accroché à son envie, chaque jour, de partager les émotions sur un parquet et quand en avril 2015 Chartres l’engage comme joker médical, il va connaître ses premières grandes sensations. "Cette année-là comment pourrais-je l’oublier ? On s’est maintenu en N1 avec la réserve de Nantes et j’ai connu la joie d’une accession en Lidl Starligue avec Chartres." Une revanche sur le mauvais sort et le début d’une solide réputation où sa marque de fabrique, l’agressivité, se grave sur tous les parquets de France.

"Etre agressif, réussir les deux trois premières neutralisations, c’est être moi-même. Il n’y a aucune méchanceté dans mon jeu mais j’ai été à bonne école à Nantes où Mahmoud Gharbi et Rock Feliho m’ont marqué. Alors, sur le terrain, les adversaires peuvent se dire que je suis un con mais, une fois dans le vestiaire, on boit un verre."

Préparation mentale, bénévole avec de jeunes handicapés

A Chartres, il s’inscrit durablement avant un arrêt brutal dans sa quatrième saison après l’éviction de son grand copain Robin Molinié en délicatesse avec ses dirigeants. Il découvre un autre aspect du handball. "Changement de président, de manager et une guerre froide s’installe. On formait une bande de copains et, d’une certaine manière, on est tous virés. C’était dur et le tournoi de playoffs à Saint-Brieuc la saison dernière a été un moment compliqué. Je me retrouvais seul dans ma chambre, Robin ayant été écarté. J’étais remonté contre le club. Tu n’es pas conservé, tu n’as plus envie. Ces deux derniers matches tu n’en as rien à faire, ils se présentent comme des contraintes. Et tu ne sais pas pourquoi, tu y vas, tu repars. Tu penses aux supporters, à cette page d’histoire à tourner avec une nouvelle montée."

Louis Roche pense aussi à tous ces jeunes de l'IME André Brault dont il s’est occupé pendant trois ans à Chartres, à leurs sourires quand il leur donnait des cours de cuisine et mangeait avec eux deux fois par semaine ou quand il revenait avec une victoire. Il ne peut pas baisser les bras. Une fois de plus. "J’ai toujours eu envie de faire quelque chose parallèlement au handball. Avec ces jeunes, j’ai beaucoup appris de la vie. Tu redescends sur terre." Chartres sera donc Champion de Proligue et Louis propulsé vers une nouvelle aventure à Istres. Une autre épreuve difficile au départ en raison d’une adaptation délicate mais, là encore, il trouve auprès d’un préparateur mental de l’armée, un ancien des forces spéciales, de nouvelles ressources, indispensables à son équilibre.

"Remettre les objectifs en place, suivre les actions à mener, c’est un travail passionnant, bon pour le mental. Chez nous aussi, la motivation est le nerf de la guerre." Louis Roche rêve-t-il ? Oui, à toujours s’améliorer, à gagner du temps de jeu en attaque pour devenir meilleur, à s’affirmer en Provence où il a retrouvé un groupe à dimension humaine et espérer, un jour, aller boucler la boucle à Nantes. Là où tout a commencé…

L. M.

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