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À grands coups de « H »

05 mars
Laurent Moisset raconte
La reconstruction d’une équipe peut être problématique. Un moment sous la menace, Nantes a su contourner la difficulté pour retrouver, aujourd’hui, son équilibre.

Tout changement apporte son lot d’incertitudes. Il est d’autant plus inquiétant quand la décennie a été marquée par le progrès et la réussite, si brillamment illustrés par un titre de vice-champion européen en 2018. N’est-ce pas d’ailleurs à partir de cette défaite contre Montpellier à Cologne que Gaël Pelletier s’est posé la question de savoir par quels moyens et de quelle manière il pouvait relancer son projet ? Le président nantais n’a pas tardé à passer aux actes privilégiant la promotion d’Alberto Entrerrios et le renouvellement de son effectif avec l’arrivée de sept nouveaux joueurs en juillet 2019.

Une secousse sévère quand les certitudes et les garanties posées par Thierry Anti, l’entraîneur depuis dix ans, autour d’un projet de jeu porté par l’ancien meneur parisien Nicolas Claire ont amené le « H » jusqu’au firmament européen. Le choix de ce changement de direction prête fatalement à interrogations surtout lorsque la mise en route est poussive. Au soir du 16 octobre après une défaite désastreuse dans son bouillonnant palais des sports face à Toulouse (28-34), trois jours avant un déplacement décisif à Arendal en Coupe EHF pour la qualification à la phase de groupes, le doute, cette fois, habite les esprits nantais. Revenu sur le banc à côté d’Alberto Entrerrios, Gregory Cojean ne cache pas que l’inquiétude a gagné du terrain.

« La force d’un joueur doit être son adaptabilité. »

« La confiance est un maître mot dans le sport et nous en manquions cruellement. Inévitablement, il faut du temps pour reconstruire une équipe, un vestiaire mais les matches arrivent vite. » Que se serait-il passé si le « H » avait dérapé en Norvège ? Pas sûr qu’il aurait été capable de relancer la machine en Championnat et qu’Alberto Entrerrios ait pu garder la main sur son effectif. « On a beaucoup travaillé au quotidien, rappelle pourtant Aymeric Minne, afin de créer des habitudes et des automatismes dans l’équipe. Cela prend du temps. » Probablement aussi a-t-il fallu digérer le départ des cadres de la maison, trouver foi en de nouveaux hommes après une logique période d’observation.

« Le plus difficile, poursuit Cojean, est d’installer un climat de confiance, une équipe alors que chacun revendique un rôle. On avance forcément par petites touches et les joueurs, le plus souvent, commencent à adhérer quand les premiers résultats arrivent. Cela demande du doigté, de la patience, de la détermination. » La victoire à Arendal a donc servi de déclic et peut-être même effacé le passé. « Avec l’arrivée d’Alberto Entrerrios, observe le gardien Cyril Dumoulin, il a fallu intégrer des schémas encore plus précis alors que nous avions un groupe renouvelé. » En retrouvant de la solidarité, l’équipe a gagné en agressivité et, donc, en consistance défensive, sa marque de fabrique lorsqu’elle a écrit ses plus belles pages d’histoire. « Le changement, reconnait l’arrière Olivier Nyokas, pose, fatalement questions et problèmes mais la force d’un joueur aujourd’hui dans un monde professionnel doit être sa capacité d’adaptabilité. Quel que soit l’environnement, il doit être en mesure d’exprimer ses qualités au service du collectif. On l’a compris au fil du temps, peut-être aussi parce qu’on s’est rendu compte que l’effectif disposait d’un vrai potentiel. »

Aymeric Minne, le coup de fraîcheur

Le « H » a, de nouveau, galopé comme à ses plus beaux jours tout en renouant le fil avec un public définitivement conquis lors de l’empoignade avec Paris (29-29). Il s’est enveloppé d’une nouvelle fraîcheur avec, aux commandes, l’ancien Aixois Aymeric Minne, si longtemps désiré -son contrat a été signé trois jours avant la reprise en juillet dernier- et, désormais, l’objet de toutes les attentions. Alberto Entrerrios en avait fait la clé de voûte de son système offensif et la relation entre les deux hommes a, évidemment, énormément pesé dans l’équilibre de l’équipe.

« On a beaucoup échangé, confirme le joueur, il m’a conseillé, guidé. Sa présence a largement contribué à mon évolution. Mais, bon, le plus important est de voir que l’équipe partage la même envie, les mêmes convictions et que les joueurs se font confiance. » Minne a grandi, mûri. Il s’affirme comme l’un des grands meneurs de la Lidl Starligue sans que l’étiquette ne l’inhibe. « En signant au « H », je savais que j’allais dans un grand club et que j’avais donc l’obligation d’être le meilleur possible. Au départ, l’étape semblait difficile mais je pense l’avoir franchie. Je suis venu pour ça et porter ces couleurs-là était un rêve. »

Adoubé et adopté, du haut de ses 22 ans, Aymeric Minne n’a poussé qu’une première porte. Le « H » a, déjà, appris à s’engouffrer derrière lui, prêt à ouvrir un nouveau chapitre dans une histoire si riche depuis dix ans.

L.M.
Crédit photo Sportissimo

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