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Christophe Esparre, une vie de handball

27 mars
Histoires d'hommes
Entraîneur, prof agrégé, multifonctions, le technicien tient un rôle prépondérant à Créteil depuis vingt ans.

Christophe Esparre pourrait vous parler d’un temps où son entraîneur, le Croate Sead Hasanefendic, pointait le bout de son nez à Robert Oubron le vendredi, veille de match, laissant en semaine à Thierry Anti, son adjoint, le soin d’assurer les entraînements. Il faudrait même qu’il ressuscite une époque où de fantasques décisions éclairaient la piste du professionnalisme. En cette saison 1988-1989 -celle de son arrivée à Créteil au poste de pivot d’attaque- Jean-Claude Tapie présidait. Copie conforme du frangin à l’OM dans son souci de faire de son club un monument national, Christophe Esparre se souvient « que l’on pénétrait sur le parquet les jours de match sur la musique de Van Halen, l’hymne de l’Olympique de Marseille, que l’on portait le même maillot, blanc et bleu sur lequel s’affichait une pub, RTL, identique. » Avant d’ajouter : « Le Handball, alors, vivait de l’argent public et Jean-Claude Tapie arrivait avec son identité de privé. »

Enseigner, former sans jamais s’arrêter

Christophe Esparre devinait-il alors que les nouvelles perspectives de développement allaient clairement influer sur son destin ? Débutant en D1 à 16 ans et demi à Gonfreville, repéré ensuite à Saint-Maur et à l’ACBB, il n’avait pas attendu cette glorieuse saison 1988-1989 avec Créteil (champion de France, vainqueur de la Coupe et finaliste de la Coupe d’Europe contre Essen) pour dessiner les contours de son avenir. Prof de sport à 22 ans, il exerçait son métier tout en jouant et en entraînant les « espoirs » du club. A la charnière entre l’amateurisme et le professionnalisme émergent, le natif de Pau n’a d’autre objectif que de nourrir sa passion, clairement dirigée vers l’éducation et la formation des jeunes joueurs. C’est pourtant vers lui en 1992, après l’ère Tapie, que le club s’orientera pour manager l’équipe première.

« On connaissait des difficultés financières et beaucoup de nos meilleurs joueurs étaient partis. On a fait avec les moyens du bord mais au bout d’un an et demi j’ai été limogé. »

La malheureuse -mais tronquée- expérience devait-elle éteindre toutes ses ambitions de réussir dans le milieu ? « J’ai toujours aimé enseigner tout en gardant une activité avec le handball. Après Créteil, je me suis investi dans plusieurs petits clubs de la région parisienne avec les jeunes. » Avec les moins de 18 ans de Noisiel, il disputera même une finale de Championnat de France. Son travail et son investissement interpellent Thierry Anti, coach de l’USC, qui le fait revenir huit ans plus tard en tant qu’assistant mais, surtout, pour lui confier la mise en œuvre du centre de formation. « On a été les premiers, sourit-il. Le projet était fort avec cette idée directrice de sortir des joueurs locaux puis de les installer en équipe première. »

Exemple rare d’une adaptation permanente

Une vraie marque de fabrique qui, vingt ans après, caractérise toujours l’action du club de Val de Marne et que les Sissoko, Kervadec, Ferrandier, entre autres, incarnent, cette saison, en Lidl Starligue. Christophe Esparre, lui, n’a jamais quitté la barre. Il reste le directeur du centre de formation, la cheville ouvrière du club en charge également de la préparation physique tout en gardant un rôle prépondérant auprès de Pierre Montorier, l’entraîneur principal. Au fil des années son savoir faire s’est imposé comme une évidence et il est un exemple rare d’une adaptation permanente dans un milieu qui n’a jamais cessé d’évoluer. « C’est vrai qu’à mes débuts la tâche était plus facile. On préparait les matches avec deux heures d’entraînement. Aujourd’hui les aspects médicaux et stratégiques nécessitent une attention plus forte. Au début des années 2000, je me suis intéressé à la préparation physique, j’ai passé des diplômes. » Sans jamais négliger son deuxième métier qui l’a amené à développer ses connaissances. Prof agrégé et conférencier à l’université de Créteil, il affronte chaque jour un emploi du temps démentiel.

« Mais je passe d’un entraînement à un cours sans aucun problème. Les journées commencent tôt et se finissent tard mais je dirais que c’est un peu ma richesse et mon dilemme. »

Il n’a jamais, depuis 1992, repris les commandes de l’équipe première sans que l’idée ne lui vienne seulement à l’esprit. « Je n’ai jamais été demandeur, il n’y a donc aucun regret. Et puis, c’est une sorte de garantie de bon fonctionnement pour le staff. Les entraîneurs savent très bien que je ne suis pas là pour convoiter leur place. Ne constituant pas une menace, j’ai facilement été accepté.» La position l’a, d’ailleurs, amené dans des situations parfois originales. Adjoint de Thierry Anti avec lequel il a joué, de Benjamin Pavoni qu’il a formé, les expériences lui permettent, aujourd’hui, de poser un regard de sage avec beaucoup de recul sur l’activité.

« C’est probablement, remarque-t-il, Thierry Anti qui m’a le plus marqué. Avec Patrice Canayer, il a été un précurseur. Il a été le premier entraîneur professionnel à croire qu’entraîneur une équipe de handball allait devenir un vrai métier. Il y a mis toute son énergie, toute sa passion, tout son caractère. » Par discrétion, Christophe Esparre n’expliquera jamais combien son rôle aura compté dans l’évolution de son club. Entre ses mains sont notamment passés les Descat, Sissoko, Remili et on ne mesure probablement la place qu’il occupe auprès de l’entraîneur.

« Avec l’âge, l’expérience, je peux être, parfois, un recours en ressources humaines auprès de l’entraîneur. Je prends des stats, je peux l’éclairer sur les jeunes, échanger sur la préparation des matches. » Avec, toujours, cette foi et cette conviction qui apportent une forme de sérénité et un réel confort à son entourage.

« Beaucoup de sentiments se mélangent, confesse-t-il. Mon rapport avec les jeunes et la formation a été très fort, comme une raison d’être. C’est du hand, du sport, et il y a forcément une grande part d’affectif quand on voit les jeunes que l’on a accompagné atteindre le haut niveau. » Sa victoire, sa reconnaissance en toute discrétion.

L.M.
Photo Sportissimo & Sébastien Dru

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