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Patrick Cazal, un gars du Nord

24 juin
Laurent Moisset raconte
Durablement installé à Dunkerque, l’entraîneur réunionnais est une personnalité incontournable dans le paysage sportif de la région.

Cette histoire, finalement, n’aurait pas dû exister. Elle relevait même de l’imaginaire au printemps 2011 lorsque Jean-Pierre Vandaele, tout frais président après la disparition de Nicolas Bernard, croisait, pour la première fois, Patrick Cazal dans les coursives de la salle Dewerdt. Il savait l’adjoint de Yerime Sylla en partance, prêt à franchir le pas pour aller entraîner Paris. « Dès que j’ai évoqué le sujet et que je lui ai fait comprendre que je tenais à le garder, il m’a sèchement répondu que ce n’était pas la peine d’insister, que sa décision était prise. »

La situation semblait, en tous cas, indiquer un point de non-retour mais elle n’altéra pas les convictions du président nordiste persuadé que l’ancien International était l’homme capable d’incarner l’avenir de son club. « Dans son rôle d’adjoint, auparavant avec les moins de 18 ans, il avait montré de l’efficacité, du caractère et une approche très fine du métier. Dans mon esprit, il n’était pas question qu’il quitte l’USDK. »

La relation président-entraîneur à l’épreuve du temps

C’est en donnant sa confiance que le président parvint à renverser la tendance. Neuf ans plus tard, la marque ne s’est pas effacée. Elle reste d’ailleurs le fil conducteur et d’équilibre d’un club, vainqueur du trophée des Champions et de la Coupe de la Ligue 2013 et champion de France 2014 dès le début d’une collaboration qui va se prolonger puisque le technicien va rempiler dans les jours qui viennent. « Cela fait neuf ans, témoigne Jean-Pierre Vandaele, et j’ai toujours souhaité préserver cette relation. Nos échanges sont francs et directs, toujours d’homme à homme. » « On dit que tu n’es pas entraîneur tant que tu n’as pas été viré, reprend Patrick Cazal. Je suis chanceux parce que cela ne m’est pas arrivé. J’ai eu le bonheur, ici, de sentir la confiance, de disposer des moyens pour grandir, être ambitieux et me faire plaisir. Ce privilège m’a été offert par Jean-Pierre. »

Et pourtant l’histoire n’était pas écrite. Probablement même n’aurait-elle pas rencontré la réussite sans le soutien inconditionnel du président. Le parcours initiatique de Patrick Cazal peut, en effet, être comparé à un long parcours du combattant, construit sur l’incertitude et le doute quand au bout de sa carrière de joueur en 2008, il va pointer au chômage en panne de projet de reconversion.

« C’était au moment de la naissance de ma première fille. Pendant un an, j’ai vécu à son rythme. A l’époque, j’avais besoin de cette coupure. J’étais en souffrance physiquement. Il y avait beaucoup de ras le bol. Et, surtout, l’incertitude totale sur ce que j’allais devenir. »

« Je ne voulais pas vivre cette injustice. »

Est-ce désarroi qui a sensibilisé Nicolas Bernard, le président à cette époque ? Il propose au jeune retraité de s’occuper des moins de 18 ans, lui fait également passer un bilan de compétences et, bon gré mal gré, il remonte à la surface. « Le métier d’entraîneur était le dernier auquel je songeais. Je réagissais avec mon ressenti de joueur. On est plutôt égoïste et on porte, en général, un regard ingrat sur les entraîneurs. J’avais compris qu’en cas d’échec sa responsabilité était la première engagée, qu’en cas de succès, on minimisait toujours son rôle. Je crois que je ne voulais pas vivre cette injustice. D’ailleurs, je n’ai pas pris de plaisir cette année-là à diriger tous ses jeunes. J’y ai mis tout mon cœur mais l’envie était-elle là ? »

Pourtant, il fait l’unanimité et son bilan de compétences qui laisse clairement apparaître une propension au partage, au collectif, lui rappelle que son destin doit le rapprocher de la petite balle ronde. Promu adjoint aux côtés de Yerime Sylla, il retrouve la flamme au bout d’une semaine seulement. « Gagner, la compétition, le haut niveau, cette part de stress, tout cela m’a rattrapé et j’ai compris que ce métier était fait pour moi. »

Aussi n’a-t-il plus fléchi quand après trois ans de succès, Dunkerque n’a plus gagné. Il a, évidemment, appris beaucoup plus de son métier quand il a fallu recadrer, revoir le projet. « La souffrance de l’entraîneur se présente au moment des choix. Les décisions sont lourdes de conséquences parce que les joueurs ont une famille, un avenir à dessiner. Elles l’étaient d’autant plus parce que j’avais joué avec certains d’entre eux et partagé d’énormes émotions. Le plus dur est de savoir qu’ils t’en veulent, qu’ils pensent, encore, que tu as des à-priori sur eux. L’entraîneur, tout au long de sa carrière, est, inévitablement un incompris. »

Pourtant, Patrick Cazal, devenu un gars du Nord, a intégré toutes les facettes de son métier. Peut-être même, au moment de prolonger son bail après quinze ans de fidélité, n’a-t-il jamais été aussi passionné et déterminé. Son club s’est lancé dans le rajeunissement des cadres, a l’objectif de consolider sa formation et mise beaucoup sur la construction d’une nouvelle salle de 6 à 8000 places pour redonner de l’élan à son histoire. Il attend beaucoup des Pelayo, Billant, Garain, Bellahcene, Taboada, les leaders de demain et le retour de Benjamin Afgour renforce cette volonté de confier aux joueurs de la région les plus hautes responsabilités.

L’histoire de Patrick Cazal ne relève plus de l’imaginaire. Elle a pris du corps, du sens et promet de remplir de nouvelles pages glorieuses.

L.M
Crédit photos Sportissimo

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