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Les premières fois de... Xavier Barachet

LNH - Publié le 10 avril 2020 à 18h14
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Après Arthur Anquetil, au tour de Xavier Barachet, l'arrière de Saint-Raphaël, de se livrer sur les grands moment de sa carrière, au rythme de ses premières fois.

Mon premier entraînement de handball

« Ca devait être en 1996, à l’âge de 8 ans. C’était à l’époque au Nice Handball Côte d’Azur, qui jouait en D1 ou D2. C’était Salle Pasteur, où le Cavigal joue toujours. (sourire) A l’époque je faisais du tennis et du basket, mais les horaires du basket ne correspondait plus avec le tennis, où j’étais pas mal. Du coup j’ai demandé à mes parents de faire du handball. A l’époque mon père, ma mère, mon parrain, ma marraine faisaient ou avaient fait du hand, donc je leur ai dit: « pourquoi ne pas essayer votre sport ? ». (sourire) Au final, j’ai tout de suite accroché, et j’ai arrêté le tennis ensuite car je me suis vite aperçu que j’étais plus sport-co que sport individuel. »

Avec le numéro 5... (DR)

La première fois que j'ai pensé à devenir pro

« C’est arrivé assez tard au final. Je vais donner l'air d’être de l’ancienne génération quand je dis ça, mais j’ai l’impression que la jeune génération a cette envie plus tôt que nous à l’époque. Moi, le hand, c’était surtout les copains. Je dirais que c’est arrivé l’année de ma Terminale, ma dernière année de Pôle Espoirs. C’est vrai qu’à ce moment-là, mon téléphone sonnait énormément. (rires) Je ne m’en rendais pas compte, mais j’avais pas mal de centres de formation qui m’appelaient. Là j’ai commencé à me dire que je ne devais pas être si mauvais que ça. (sourire) La question s’est vraiment posée à ce moment-là, car même si on me disait que j’avais un profil assez rare, moi je n’y pensais pas trop. Je voulais juste prendre du plaisir sur le terrain. Ce n’était pas forcément mon envie première d’être pro, et j’ai d’ailleurs continué les études jusqu’à ce que je sois pro. C’est arrivé petit à petit. »

Mon premier départ de la maison

« Juste après mon Bac, à l’été 2006. Je suis parti de Nice pour aller à Chambéry. A ce moment, pas mal de clubs me voulaient. Il y avait même Nîmes qui me proposait directement un contrat pro alors qu’à l’époque ça ne faisait pas du tout. Et puis ça s’est joué entre Montpellier et Chambéry, qui étaient les deux clubs phares de l’époque. Et j’ai aimé le discours de Laurent Munier et de Philippe Gardent à l’époque. J’ai aussi senti qu’il serait plus facile pour moi de continuer mes études en parallèle. Après à Montpellier, il y avait déjà William (Accambray) avec qui je jouais à Nice, et qui était parti une année avant. Ca aurait été plus facile pour moi. En plus c’était le club qui gagnait tout. Mais mon choix s’est porté sur Chambéry, c’est comme cela que je le sentais et je ne le regrette pas du tout. J’ai juste dû changer de région... et de température aussi. J’ai appris ce qu’était une raclette pour dégivrer le part-brise, je ne savais même pas que ça existait. (rires) »

Mes premiers entraînements avec les pros

« Ca change. (rires) Je sortais de mon petit cocon à Nice ou tout était tout beau, tout rose, et là j’arrivais dans la peau du petit jeune, et il fallait prouver, être bons. C’est ce que je dis aux jeunes à Saint-Raf en rigolant, c’est qu’on est vraiment sympas par rapport à ce qu’on a connu quand on était jeune. J’ai connu ça à Chambéry, mais Adrien Dipanda ou Raphaël Caucheteux ont connu ça à Montpellier. Quand tu étais jeune, tu le sentais tous les jours. C’était une sorte de test, et d’ailleurs, plein de jeunes sont partis à cause de ça. Si tu n’en pouvais plus d’en prendre plein la gueule tous les soirs, si tu abandonnais, ça faisait une sorte de sélection naturelle. Les plus forts dans la tête continuent, et c’est ce qui m’a permis de grandir. Maintenant j’en discute avec les anciens comme Benjamin Gille, qui n’était pas le dernier à être dur, et qui sont désormais des amis. Et puis, petite pression supplémentaire pour moi, à l’époque, il y avait Jackson (Richardson, ndlr) qui était là. C’était une légende, j’avais peur de lui faire mal, de mettre un mauvais coup. (sourire) »

Mon premier match avec les pros

« C’était en mars 2007, dès la première année. Je suis arrivé blessé au genou puisque je me suis blessé à Nice en fin de saison (voir plus loin). J’ai dû revenir fin novembre, et j’ai fait un super gros match avec la réserve, et là « Boule » (Philippe Gardent, ndlr) m’a intégré au groupe pro. Le premier match, c’était à Istres et je m’en souviens bien car on a pris -12 là-bas. (sourire) « Boule » me fait rentrer à la fin du match car c'était plié, et il m’a fait tirer le penalty comme il aime le faire avec les jeunes pour les mettre en confiance. Et je l’ai mis. A ce moment-là je n’ai pas vraiment ressenti de pression car tout s’enchaînait super bien. Je prenais ce qu’il y avait à prendre. »

Ma première sélection

« En janvier 2009, face à l’Algérie, à Bercy. A ce moment-là, c’est un peu dans la lignée du début de ma carrière. C’était ma première saison professionnelle, et je ne m’y attendais pas trop. C’était un objectif dans ma carrière, mais je n’y pensais pas encore sur le moment. Il y avait Greg Detrez qui me disait que ça pouvait arriver, mais je n’y croyais pas du tout. Et j’ai fait ce stage de prépa pour le Mondial 2009 sans trop de pression. Au final, j’ai fait un super stage et de bons matches, notamment cette première sélection face aux Algériens. Et alors qu’à la base je pense que je ne devais pas faire la compétition, et bien j’ai été pris. Je ne m’y attendais vraiment pas, je tombais dans une équipe qui venait de remporter les JO (en 2008), avec des mecs comme Bertrand Gille, Didier Dinart ou Nikola Karabatic, que je regardais encore à la télé quand j’étais à Nice. (sourire) Mais j’étais le petit jeune, je n’avais rien à perdre, juste à montrer des choses. Je n’avais pas de pression. »

Mon premier titre

« On a remporté ce Mondial 2009, mais j’ai très peu de temps de jeu. C’est un peu magique mais je n’ai pas la sensation réelle d’être champion du monde. Simplement, à partir de ce moment-là, mon obsession c’est d’être le meilleur possible pour connaître ce sentiment. C’est ce qui arrive du coup lors du Mondial 2011, puisque lors de l’Euro 2010, on est champions d’Europe, mais j’ai aussi pas mal rongé mon frein. Là c’est la consécration car j’ai beaucoup de temps de jeu et le titre est là à la fin. Je sentais que je l’avais mérité celui-là. (sourire) »

Mes premiers Jeux Olympiques

« En 2012. Rien que d’y participer, c’était grandiose. Alors avec la médaille d’or au bout, que demander de plus ? (sourire) Au-delà du handball, ce que je retiens aussi c’est cette atmosphère dans le village olympique. On croise des sportifs de toutes les cultures, de toutes les tailles, de tous les gabarits. C’est incroyable. (rires) Et puis tous les meilleurs sportifs sont réunis au même endroit, c’est assez exceptionnel. Tu croises des stars le midi à la cantine, à la salle de muscu. J’ai d’ailleurs pris quelques photos, je me souviens de Novak Djokovic, mais aussi de LeBron James. Bon je ne suis avec lui sur la photo, mais je l’avais pris en douce quand il était à 1m de moi. (rires) »

Mon premier départ à l'étranger

« Dans la foulée des Jeux, à Madrid. J’arrive à l’Atletico, avec Talant Dushebaev. Cette expérience restera assez frustrante pour moi ça n’aura duré qu’un an, à cause de la crise qui a fait disparaître l’équipe. Après, même s’il y avait eu pas mal de départs, on fait une belle saison, avec une victoire en Coupe du Roi notamment. Mais ça reste frustrant car je me sentais super bien. J’ai appris énormément de choses là-bas, avec une autre manière de voir le handball, ce qui m’a beaucoup fait progresser. Il y avait aussi ce côté humain de Talant dans la gestion des joueurs, ce que j’avais moins connu avant. Toute cette façon de penser, cette vie à l’espagnol, j’ai adoré. Et je n’ai pas trop subi les foudres de Talant car en règle général, on m’avait expliqué que la première année, il te laisse tranquille car il y a beaucoup de choses à emmagasiner dans son projet de jeu, qui n’est vraiment pas comme les autres. Par contre sur la deuxième année, il est très exigeant car le projet de jeu doit être assimilé. Du coup, comme je n’ai fait qu’un an, je n’ai pas eu trop d’engueulades avec lui. (rires) »

Ma première grosse blessure

« Je l’ai connu assez tôt, à Nice lors de ma dernière année. J’étais un peu le petit jeune qui faisait de bons matches, et qu’il fallait abattre. C’était face à Dijon et je me fais descendre en l’air, le joueur retombe sur moi et je me fais les croisés. Ensuite, c’est à l’épaule, lorsque je suis arrivé à Madrid. Déjà sur les Jeux, j’avais pas mal de douleurs, mais je ne voulais pas me faire opérer… Et puis les douleurs sont devenues trop importantes et je me suis fait opérer en mars 2013. Là ce fut compliqué car de nombreux joueurs ne sont pas revenus après une telle blessure. En plus, je me suis retrouvé avec une épaule en attelle et mon club qui dépose le bilan… (sourire) Et puis, plus de kiné à Madrid, j’ai fait ma rééducation à la maison. Je bossais comme un fou dans le jardin de mon père pour revenir. »

La première fois que j'ai pensé à arrêter ma carrière

« C’est arrivé oui. Je ne saurais pas dire quand, mais ça m’a traversé l’esprit. Quand on revient à un bon niveau et qu’une nouvelle blessure arrive, il faut repartir de zero. Mais, si je me suis posé la question, elle s’estompe vite? C'est présent sur les premiers jours, mais dès que l’opération a lieu, le protocole de rééducation se met en place, et on a un nouvel objectif qui se créé. Cette idée s’en va vite de la tête. De mon côté, j’ai pas mal connu de blessures, mais je sais que c’est aussi dû au début de ma carrière, durant lequel j’ai énormément joué. Mais c’est comme ça, et c’est aussi grâce à ça que j’ai connu tout ce que j’ai connu. Et puis je suis comme ça, j’ai toujours été un gros bosseur. A Chambéry je m’envoyais partout et je n’avais pas l’expérience de lever le pied. Tous les trois jours je jouais 1h par match et le lendemain je m’entrainais à 100%. A cette période-là, j’ai demandé énormément à mon corps et je l’ai payé par la suite. Et puis j’ai un jeu qui fait que je me fais plus souvent arracher le bras. Je ne joue pas à 12m, je vais plus dans les intervalles. Et quand on défend beaucoup, on prend aussi beaucoup de coups. »

La première fois que je me suis découragé à Paris

« J’ai fait la première année avec « Boule », puis la deuxième, avec Noka (Serdarusic). Là, je fais un bon début de saison et je jouais d'ailleurs 1h par match. Et puis un jour je lis une interview dans laquelle il dit: « il me manque un arrière droit », un truc comme ça. Là je me dis: « ah ouais quand même c’est bizarre cette histoire ». (rires) Et puis finalement je me blesse (rupture des ligaments croisés, ndlr), et je n’ai plus jamais rejoué… Et là ça a été dur, je l’avoue... On a été plusieurs à être dans ce cas-là. C’est décourageant car ce n’est pas mérité je trouve. Et puis, au-delà de mon cas personnel, c’était aussi au détriment de l’équipe. Il y avait des mecs qui jouaient tous les trois jours et qui ne soufflaient pas. On allait forcément le payer en fin de saison. Et c’est ce qui est arrivé sur les Final4 de Ligue des champions. Alors, oui, ce fut difficile à vivre. En plus, c’est arrivé du jour au lendemain, sans explication, sans un mot. On est mis sur le banc de touche, et on n’a plus le droit de ne rien faire. Je viens d’ailleurs d’avoir William (Accambray) en FaceTime il y a deux jours, et on arrive désormais à en rigoler… Au final, ça forge aussi, mentalement ça fait travailler dur. (sourire) »

Instagram du joueur

Mon premier retour à Saint-Raphaël

« Juste après Madrid, j’avais signé à Paris mais j’ai fait une première saison à Saint-Raphaël pour gérer mon "après-blessure" à l’épaule. Saint-Raphaël, c’est particulier car c’est le club phare de ma région. Depuis tout jeune ils m’ont toujours voulu.. Je savais, et je l'avais dit, qu’un jour je jouerais là-bas. Ca s’est fait à ce moment-là et j’y suis désormais revenu (depuis 2017, ndlr). J’ai vraiment trouvé mon équilibre ici. Je suis heureux et c’est le plus important je pense. Il y a des périodes à Paris où je n’étais pas heureux et moi je fais ce métier pour m’éclater. C’est avant tout une passion et j’ai retrouvé ça ici. D’un point de vue handball, même si les résultats sont un peu décevants, je trouve vraiment mon compte avec ce qui est proposé par Wissem (Hmam) et Rares (Fortuneanu). Et puis sur la vie familiale, on a tout ici. Je suis avec ma femme, mes deux enfants, les grands parents ne sont pas loin. Tout se regroupe... Je ne partirais pour rien au monde. »

Benoît Conta