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La foi de Youenn Cardinal

05 mars
Laurent Moisset raconte
Meilleur joueur de Proligue la saison dernière, l’ailier de Cherbourg trace un destin atypique dans le monde du handball.

La voix s’éclaircit, le débit devient plus fluide dès que Youenn Cardinal évoque l’Entente des Abers, son premier club dans le Finistère, 30 kilomètres au-dessus de Brest. Probablement mesure-t-il combien les effets de l’éloignement - de son départ vers Morlaix, Rennes, Créteil puis Cherbourg - ont assombri son quotidien. « Chaque jour, reconnaît-il, a pesé. Je suis, en effet, très attaché à la culture bretonne. Mon petit frère, par exemple, apprend la langue. Moi-même, je l’ai pratiquée tout jeune avant, au fil du temps, de perdre les repères. »

« Le handball ne construit pas une vie. »

Rien, d’ailleurs, ne semblait indiquer que Youenn Cardinal larguerait les amarres. S’’il sortait du lot, s’il trouvait le plaisir au jeu, il n’envisageait pas pour autant de faire une vie avec le handball. C’est plus par défi qu’il franchit le premier pas jusqu’au Cercle Paul Bert de Rennes, davantage pour connaître ses limites ou ses compétences qu’il rejoint, ensuite, le centre de formation de Créteil. « On veut, en général, apprendre à mieux se connaître, savoir, surtout, ce dont on est capable. Dans mon esprit c’était ça. Aller dans un club pro, essayer de jouer une année au plus haut niveau. Je n’ai jamais vraiment visé plus haut. » Et même s’il a très vite eu sa chance à Créteil, il a éprouvé beaucoup de difficultés à maîtriser l’environnement et le cadre de vie. « Je ne m’y sentais pas heureux, avoue-t-il. En fait, je n’ai pas de mots à poser sur mes états d’âme d’alors. Toutes ces barres d’immeubles, ce manque d’espace m’étouffaient. Je m’éloignais vraiment de ce que j’étais, un gamin qui a toujours vécu au plus près de la nature. La famille, ma compagne, si loin à Plouguerneau, me manquaient. »

C'est  sous les couleurs de Créteil que Youenn Cardinal a débuté sa carrière professionnelle en 2014

Dans son esprit, le départ était inéluctable et c’est Cherbourg - après avoir racheté sa dernière année de contrat à Créteil - qui lui offre un nouveau départ. La bouffée d’oxygène va, dès lors, regonfler son énergie. Deuxième meilleur buteur de Proligue la saison dernière, MVP de la saison, le Breton s’affirme dans le milieu. « Le club est familial, les relations très amicales et je joue beaucoup plus libéré. Tout est plus facile, d’autant que je me suis rapproché, également, de chez moi. » Le CV de l’ailier interpelle et incite Cesson à le faire signer, dès l’été dernier à partir de la saison prochaine. La réussite, le succès n’ont pas, cependant, chassé les incertitudes. Youenn Cardinal a pris conscience de la fragilité des choses et de la carrière.

« Le handball n’est qu’une partie de ma vie, il ne construit pas une vie. Il ne faut pas s’y accrocher par la force de l’habitude. J’ai évidemment beaucoup d’appétit pour le jeu, le duel avec le gardien mais tout peut s’arrêter du jour au lendemain. On peut se lasser, avoir moins envie. Si cela arrive, il est évident que je n’insisterai pas. »

A Cherbourg, le dernier MVP de Proligue s'est rapproché de ses terres et a pris une nouvelle dimension.

Tout le ramène vers ses origines bretonnes et la nature

Youenn Cardinal n’a pas de plan de carrière, des idées, en revanche, sur le sens à donner à sa vie. On le sait attiré vers d’autres territoires, décidé, à court terme, à prendre un virage plus direct vers la « vraie » vie. « Dans ce sport, j’ai découvert le plaisir, l’aventure humaine et on verra bien où cela me mènera. Mais je ne suis pas handballeur à vie. Le jour où l’activité deviendra un travail alimentaire, je changerai de cap. » Tout le ramène alors vers son enfance, ses origines et cette nature qui lui a tant manqué ne cesse de l’interpeller.

« Tout ce qui concerne l’écologie m’intéresse. C’est une voie dans laquelle je souhaite m’engager un jour. J’ai eu mon bac et je ne m’interdis pas de reprendre une formation dans les années à venir. J’ai la chance, aujourd’hui, de partager une belle aventure, le privilège de pouvoir, si je retrouve la Lidl Starligue la saison prochaine, savoir un peu plus ce dont je suis capable. Je suis fier de mon parcours mais pas dans la démarche d’aller plus haut, plus loin coûte que coûte. Une autre vie m’attend derrière même si lors des deux prochaines années, je vais me consacrer à temps plein à mon sport. »

L’ailier de Cherbourg, actuel deuxième buteur de la Proligue, se rappelle, finalement, au souvenir des grands anciens, capables de mener de front une carrière au plus haut niveau sans jamais négliger cet équilibre de vie qui passait par une autre occupation. Et c’est probablement cette prise de conscience qui, aujourd’hui, lui permet de s’épanouir pleinement dans le handball.

L.M
Crédits Photos J-P. Barge / S.Pillaud / L. Jordhery

LNH
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