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Olivier Girault : « Thierry Omeyer et Michaël Guigou, c’est l’histoire du handball »

13 mars
Laurent Moisset raconte
Ancien capitaine des Bleus, aujourd’hui président de la LNH, Olivier Girault (235 sélections) évoque sa rencontre et les premiers pas de Thierry Omeyer et Michaël Guigou, ses partenaires en bleu, têtes d’affiche du Final4 ce week-end.

Michaël Guigou visera avec Montpellier une 11e Coupe de la Ligue, record absolu, au Mans. Sur sa route il pourrait retrouver, en finale, l’inusable Thierry Omeyer (6 trophées). Les deux hommes ont marqué l’histoire du handball français par leur talent, leur efficacité, leur longévité et le Final4 sera l’une des dernières occasions d’apprécier tous les savoir faire de deux incroyables bonshommes. Olivier Girault, le président de la Ligue, les a vu débarquer en équipe de France, grandir et s’affirmer comme les grands artisans des succès tricolores entre 2006 et 2017. Il en garde un souvenir attendri et, déjà, plein de nostalgie.

« Thierry Omeyer a débarqué en équipe de France après le Mondial 1999 au Japon lors d’un stage à Chartres et on a vu, tout de suite, qu’il était un gardien différent. Jusque-là, nos spécialistes s’inspiraient de l’école suédoise et yougoslave et appliquaient, en match, un mixte des deux styles. Thierry était, en fait, d’un genre atypique, si j’ose dire. Dès les premiers entraînements il arrêtait tout. Je l’avais joué pour la première fois en Championnat avec Paris contre Sélestat et son efficacité nous avait privé de la victoire. C’est en 2001, pendant la préparation au Mondial qu’il m’a scotché. A tel point qu’on lui a demandé de se calmer. Il arrêtait tout à l’entraînement et les attaquants risquaient de perdre toute confiance.

Au cours de sa carrière, Thierry Omeyer, ici face à Michaël Guigou, est entré dans la tête de nombreux tireurs.

« J’ai trois trophées chez moi, je les dois à Thierry. »

Il était au-dessus de tout le monde mais Daniel Costantini a, d’abord, eu le respect de la hiérarchie puisque Bruno Martini et Christian Gaudin ont tenu la cage jusqu’en demi-finale. A la surprise générale, le coach lui fait confiance pour la finale face aux Suédois alors qu’il avait suivi la compétition des tribunes. La différence de « Titi », déjà, s’inscrivait lors des entraînements et dans sa préparation des matches.

A l’époque, il n’y avait pas de technologie mais Thierry notait tout sur des fiches. Il connaissait tous les tireurs, leurs habitudes, leurs points d’impact privilégiés. Plus tard, il a entré toutes ces données dans son ordinateur. Il triait tout, pointait, surtout les joueurs imprévisibles. On a, rapidement, construit la défense autour de lui. On amenait l’adversaire où on voulait et le travail de Thierry en était facilité. Thierry est allé beaucoup plus loin ensuite dans l’analyse des shooteurs.

Il dévorait les vidéos, décortiquait le moindre de leurs gestes selon les circonstances du match. Par exemple, il savait quelle zone de tir ses adversaires privilégiaient dans le money time. Il avait encore cherché à comprendre leurs impacts quand ils manquaient de confiance. C’était tout un art et qu’il continue d’exploiter aujourd’hui.

Après, il y avait son intuition, sa compréhension du jeu, son instinct qui le rendaient invincible à six mètres. Puis, il a mangé le cerveau des ailiers. A tel point que j’ai vu les meilleurs buteurs refuser un tir devant lui. Il leur faisait tout simplement peur.

On a compris à ce moment-là que Thierry n’était pas qu’un gardien mais un joueur à part entière. Comme nous dans le champ. J’ai 3 titres chez moi et je dis toujours que je les dois à Titi. Thierry a écrit l’histoire de l’équipe de France. Même en 2011 en finale du Mondial contre le Danemark alors qu’il a été transparent tout le match et qu’il vit un calvaire, il ne vient à personne l’idée de le sortir. En prolongation, il effectue deux arrêts décisifs et la France remporte son 3e titre mondial.

Depuis près de 20 ans, Michaël Guigou se confronte à Thierry Omeyer, à l'entrainement comme en match officiel.

« Michaël m’a rendu meilleur. »

On a raison de dire, aujourd’hui, que c’est un joueur hors du commun. Son parcours le démontre et quand je vois sa performance il y a dix jours contre Nantes à 42 ans, cette fraîcheur d’esprit, cette combativité, on n’a pas idée du vide qu’il va laisser. La remarque vaut, également, pour Michaël Guigou. Je l’ai découvert pour la première fois pendant l’Euro en Suède en 2002. L’équipe de France espoirs était en stage et nous sommes allés assister à un match amical. On n’a vu que Michaël. Il utilisait ses deux mains, accélérait et mettait tous ses adversaires dans le vent. Je me suis fait le film tout de suite. « Ce môme joue à mon poste et il va me mettre dehors. »

Quand il est arrivé chez les grands, j’ai compris qu’il fallait que j’élève mon niveau pour conserver ma place dans le groupe. Il avait toujours un temps d’avance sur les autres, une habileté unique. Son jeu n’a jamais changé. Il n’a jamais progressé parce qu’il avait déjà tout et exploitait au maximum ses qualités. C’était frustrant pour tous les autres. On progressait au fil du temps, on l’enviait, on le jalousait forcément. En vérité, il m’a aidé à aller plus loin, à m’entraîner plus. Oui, il m’a rendu meilleur. Finalement, on était compatibles. Moi, j’étais plutôt guerrier, lui avait le talent. Le mixte des deux faisait l’affaire au poste d’ailier. Et puis s’est installé entre nous une forme de complicité et de grande confiance.

Pour illustrer ce rapport, il y a ce match contre la Russie aux Jeux Olympiques de Pékin. Je fais la première mi-temps, Michaël débute la deuxième mais n’y arrive pas. Il vient me voir sur le banc et me demande de changer. Il y a eu aussi la finale, ensuite, face à l’Islande. C’est mon dernier match avec l’équipe de France et c’est Bertrand Gille qui me le rappelle. Je débute bien stressé avec des trucs plein la tête. A la mi-temps, Claude Onesta me demande de continuer mais je savais que je n’étais pas comme d’habitude. C’est à Michaël d’y aller. Et à trois minutes de la fin, il sort pour me permettre de savourer, sur le terrain, ma dernière sélection.

Entre nous, il n’y a jamais eu la moindre zone d’ombre. Peut-être finalement que je préférais le voir jouer tellement c’était beau à voir mais c’est un homme que j’appréciais. Un pince-sans-rire, pas forcément très bavard mais fidèle à ses valeurs. Ses potes sont toujours ceux de ses débuts quand il avait dix-huit ans. Il ne vit pas dans le passé ou le futur. On lui a reproché d’être hypocondriaque mais il connait, justement, très bien son corps. Il a su ne jamais le négliger ou le mettre en péril. La preuve, il a 37 ans aujourd’hui, joue comme à ses débuts avec la même vitesse, la même explosivité, la même efficacité.

Michaël c’est comme Thierry. Il est heureux de jouer. Je crois même que je ne les ai jamais vu aussi heureux que cette année. Probablement parce qu’ils savent la sortie proche mais ils ont cet appétit, cette capacité à tout prendre pour n’avoir rien à regretter. Tous les deux ont donné envie aux mômes, amené le public dans les salles. Il ne faut pas l’occulter pour comprendre leur apport dans la réussite exceptionnelle du handball français. Thierry et Michaël, c’est l’histoire du handball. Il faut en profiter au maximum, venir les voir parce que, comme Daniel Narcisse l’année dernière, ils laisseront un grand vide dans le paysage lorsqu’ils arrêteront leur carrière.

L.M
Crédits Photos S.Pillaud

LNH
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