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Nikola Karabatic : partir, revenir…

10 avril
Laurent Moisset raconte
Une zone d’ombre semble s’être répandue autour du triple meilleur joueur du Monde. Pourtant, son retour à la lumière n’est qu’une question de temps.

Son nom porte quelques vertus rares dans le sport. Le talent, l’efficacité, la volonté, l’indestructibilité. Depuis ses débuts, il y a dix-sept ans, Nikola Karabatic incarne le surhomme, le champion qui allie l’esprit et la force, l’intelligence et la puissance. Jamais au tapis ou entamé dans son armure. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles toutes les questions se posent depuis son opération au pied au mois d’octobre dernier, pour un hallux valgus (déformation de l’avant du pied), et un retour au premier plan qui tarde. Nikola Karabatic ne peut pas se blesser, comme il ne peut pas baisser le volume de son jeu. Comme il ne peut pas perdre, quelle que soit l’ampleur de la tâche.

Course, appuis, tout est différent

Le monde du sport est impitoyable finalement : autant il porte aux nues sans restriction ses champions, autant il interprète la moindre de leurs faiblesses comme l’amorce de leur déclin sans être, dans un cas ou l’autre, capable de faire preuve de lucidité. Quand, donc, Nikola Karabatic commence à se reconstruire, l’impatience du milieu annonce presque la fin de sa carrière. Il n’est pas sûr qu’inconsciemment, le principal intéressé n’en ait pas nourri, lui-même, ces dernières semaines quelques inquiétudes quand il a annoncé « une possible retraite internationale après les J.O de Tokyo en 2020 » tout en ajoutant : « Les cadences sont infernales et je suis à un âge où l’on prête davantage attention à son corps et à sa santé. »

L'envie demeure intacte comme en témoigne cette image prise lors de la finale de la Coupe de la Ligue, le 17 mars 2019.

Le propos a surpris quand on connaît le bonhomme, sa passion du jeu, son envie de jouer, d’être toujours le meilleur et un exemple dans son activité. Il s’explique, en vérité, après cinq mois au cours desquels il a trimé, bossé dur mais que ses progrès coulent au compte-gouttes. C’était, évidemment, prévisible. Nikola Karabatic n’a pas subi une intervention chirurgicale bégnine. Les suites de l’opération indiquaient qu’il devrait, dorénavant, se réapproprier son pied, habituer l’articulation à une nouvelle manière de courir, de prendre son impulsion, ses appuis ou encore de diriger le sens de ses courses.

« Il y a une donnée à ne jamais oublier avec Nikola, c’est un compétiteur et à ce titre il ne lâche rien. »

Au quotidien, Bruno Martini, le manager du PSG, a suivi ce travail de longue haleine. « Nikola est particulièrement appliqué et investi, ce qui lui a permis, dans un premier temps, de revenir assez vite, au bout de trois mois seulement. Maintenant, il a conscience que c’est un nouvel apprentissage au niveau moteur. Ce travail demande du temps et ne s’effectue pas sans inconvénients. D’autres douleurs apparaissent dans de nouvelles zones qui retardent, fatalement, la remise à niveau. »

Le PSG n’a pas douté quand il a prolongé son contrat.

Tous les spécialistes sont, d’ailleurs, très clairs sur le sujet : seul le temps favorisera le rétablissement et l’intéressé l’a bien compris lorsqu’il explique les raisons pour lesquelles son temps de jeu est, aujourd’hui, trop épisodique. « J’aide l’équipe en fonction de mes moyens du moment. » On a bien compris que le Parisien ronge son frein, s’impatiente, lui aussi. « Qu’il le soit est logique, continue Martini. Qu’il montre parfois un peu d’agacement, également, quand il a l’impression de ne pas évacuer toutes ses douleurs. Mais je crois qu’il accepte le fait que ce soit plus long parce qu’il a envie de jouer encore plusieurs années. »

Le PSG, en tous cas, n’a pas douté en début d’année dernière lorsqu’il a prolongé le contrat de son joueur jusqu’en juin 2022 en pleine conscience de l’intervention chirurgicale qu’il aurait à subir. « Il y a une donnée à ne jamais oublier avec Nikola, reprend Bruno Martini. C’est un compétiteur et à ce titre il ne lâche rien. »

De la même manière, les doutes qui semblent s’attacher à ses basques, les rumeurs intempestives annonçant son déclin sont autant de leviers sur lesquels il va appuyer pour se relever. C’est un peu sa marque de fabrique de se servir des mauvaises ondes pour redevenir le meilleur. D’ici au mois de juin et le Final4 de la Ligue des Champions à Cologne, Nikola Karabatic va sûrement trimer mais pour la bonne cause : rétablir son honneur et sa réputation.

L.M.
Crédit photos S.Pillaud

LNH
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