close


Mickaël Robin, plus d’une corde à son arc

02 mai
Laurent Moisset raconte
Le gardien de Créteil poursuit un cursus rare entre sport de haut niveau et études. Un exemple incitatif à l’heure où la question de la reconversion se pose.

Certaines références pointent clairement le statut du personnage. Mickaël Robin, par exemple, fait partie d’une classe à part, ces gardiens formés à Sélestat, Thierry Omeyer avant lui, Julien Meyer après, qui ont largement contribué à la renommée du poste de gardien de but en France. De la même manière, son parcours s’enrichit de glorieuses paraboles à Chambéry et Montpellier, les deux historiques à la bagarre dans les années 2000. Il pourrait, également, rappeler une pige de six mois à Barcelone en 2014 et une participation au Final Four de la Ligue des Champions à Cologne qui ont, d’ailleurs, changé sa philosophie.

« Ces quelques mois en Espagne m’ont ramené à l’essence du jeu : le plaisir. En France, on est trop tourné vers le métier. » Mickaël Robin a pourtant de beaux souvenirs comme ce premier match disputé sous les couleurs catalanes vingt-quatre heures seulement après son arrivée sans le moindre entraînement. Ou ce récital en Ligue des Champions avec Chambéry à Zagreb (25 arrêts à près de 60% d’efficacité) en 2009 deux semaines après que l’équipe de France ait posé son empreinte sur le handball mondial. Ces faits d’armes indiquent que le garçon aurait pu aspirer à une haute destinée « mais, rappelle-t-il, Thierry Omeyer avait gelé le poste avec les Bleus et mes blessures ont, plus ou moins, ralenti mes ambitions. »

Mickaël Robin, ici face au sélestadien Snorri Guðjónsson, a passé 2 saisons sous les couleurs de Cesson-Rennes (2014 à 2016).

Choix de vie, choix gagnant

Nourrissait-il, au fond, ce besoin de reconnaissance qui anime, en général, le champion ? L’étrange sentiment souvent porté jusqu’à l’obsession n’a jamais étreint Mickaël Robin. « Au sortir de ce parcours initial, j’aurais pu, effectivement, insister dans la même voie et me diriger vers des clubs confirmés. Mais, non. A ce moment-là, de nouvelles priorités se sont imposées. Dès l’âge de vingt ans, j’avais à l’esprit de me projeter, de penser à une reconversion et de ne pas me satisfaire d’une unique carrière de sportif professionnel. »

Il aura attendu huit ans, le temps de poser sa réflexion sur ses envies, ses passions. Pour être passé souvent (trop souvent) entre les mains d’un kiné, pour connaître (un peu) la profession que pratique son frère, il choisit Cesson et… la fac de Rennes où il entreprend ses premiers travaux d’étudiant. L’investissement l’oblige évidemment à réduire son activité, à s’organiser, surtout.

Comme il n’est plus question de coupe européenne, le calendrier du gardien libère quelques dates tout en lui épargnant des déplacements supplémentaires en cœur de semaine mais c’est, néanmoins, un véritable marathon qui l’attend. « L’idée, défend-il, n’était pas de sacrifier une activité au profit de l’autre mais bel et bien de les mener de front avec une même efficacité. Ma première année de kiné, je l’ai étalée sur deux ans afin de mieux appréhender la situation. » Pour autant sa vie s’accélère, les contraintes se multiplient sans que Mickaël Robin ne montre le moindre signe de découragement. Lorsqu’il s’engage avec Créteil il y a deux ans, son quotidien s’articule autour de l’entraînement, le métro pour rejoindre Assas, les cours et il passe ses week-end reclus dans son bureau. « Cela demande une grande discipline, sourit-il. Chez moi, il y a des post-it partout… les cours à rattraper, les rendez-vous. Il y a beaucoup de bachotage, cela demande un effort constant de mémoire et il faut être motivé. »

Ici face à son futur coéquipier Matthieu Lanfranchi, Mickaël a passé 2 saisons sous les couleurs de Chambéry (2008 à 2010).

Au bout de l’improbable périple…

Mickaël Robin arrive au bout de l’improbable périple puisque son diplôme sera validé cet été et qu’il est actuellement en stage dans un centre de rééducation à Valenton. Face à une nouvelle vie, le gardien cristolien n’a jamais négligé son rôle au sein d’une équipe qui va très certainement disputer les Finales de Proligue pour le titre de Champion et la montée en Lidl Starligue les 18 et 19 mai prochains à Saint-Brieuc. « Je suis fier d’avoir pu rester compétitif et que Créteil, notamment, me propose de prolonger de deux saisons mon contrat. »

 S’il est devenu un exemple dans un milieu où les joueurs négligent d’envisager leur reconversion, il milite, désormais, pour que les choses changent. « J’ai opéré un choix de vie à un moment de ma carrière. Il me semblait déterminant pour la suite de mon existence. Aujourd’hui, les joueurs, en général, retardent l’échéance, la prise de décision. Il y a encore des œillères alors que l’association des joueurs professionnels s’investit énormément dans cette mission. Le jeu n’a qu’un temps et il faut éviter de se trouver démuni, livré à soi-même quand la carrière s’arrête. On a encore beaucoup de travail afin de traiter le sujet. »

Mickaël Robin va, quant à lui, souffler un peu dès cet été, s’accorder un peu de bon temps avant d’engager un ultime défi sportif avec l’US Créteil. « On a passé deux saisons horribles avec, notamment, 11 défaites, la saison dernière, en Proligue. Le club a repris des couleurs, retrouvé de l’ambition, je crois en son projet. »

Plus tard seulement, il entamera sa nouvelle vie de kiné…  

L.M.
Crédit photos Patrick Gibert & Stéphane Pillaud

LNH
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques, commerciaux et de partage via les boutons de réseaux sociaux.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies